CACHE-CACHE


d609e1c4d05e8adc15b24d98a8315ad6

CACHE-CACHE

Le crayon encore dans l’arbre, un trait d’union  du fruit vient, la partie feuillue tremble

on se mange au couteau à initiales

La Vierge-Noire à l’épaule et les chiens en avant de la chaîne la promesse coule encore aux poignets qu’on est pas au lit

Qui aurait-pu remplacer les paumes, les talons, les reins et les guitares sur la planche à roulettes ?

Cette odeur de feu  fumé saure tout droit du torrent en quête de truite

Et à la terre le cheval laboure

Les enfants apprennent à tirer le sel sur les carreaux, les garçons aux cônes, les filles à la fleur ensachée dans la jute à sac

C’est un automne à gros tambour qui s’apprête aux peintures, l’herbe est plus verte qu’une feuille-morte

Nous avons défait la lune pour une rencontre en plein soleil. Bouche à bouche les enfants entrent en amour.

Niala-Loisobleu – 11/10/19

 

 

SABLE MOUILLE


b06dfc12901b9bd35009fc258c6a9d6d

SABLE MOUILLE

Les arbres bien dressés flottent des épaules au  miroir

l’eau où boivent les chevaux en recueille le liant

on entend le grincement d’armure se déboulonner

et pendant que la lice tire l’odyssée du pied

les marches tiennent la beauté au perron du palais

dont le goût reste collé à la peau ouverte sur la vallée

Les pierres sont scellées à ne pas craindre de rouler

la mousse qui borne la mer sur les jambes de la plage

a tout son vers.

Niala-Loisobleu – 11 Octobre 2019

POUVOIR TOUT DIRE


paul-eluard-copertna1

POUVOIR TOUT DIRE

Le tout est  de tout  dire  et je manque de mots
Et je manque de temps  et je manque  d’audace
Je rêve et je dévide au  hasard mes images
J’ai mal  vécu  et mal  appris à  parler  clairTout dire les rochers  la route et les pavés
Les rues et leurs passants les champs et les bergers
Le duvet du printemps la rouille de l’hiver
Le froid et la chaleur composant un seul  fruit

Je veux montrer la foule et chaque homme en  détail
Avec ce qui l’anime et qui le  désespère
Et sous ses  saisons d’homme  tout  ce qu’il éclaire
Son histoire et  son  sang son histoire  et sa  peine

Je veux montrer la foule  immense divisée
La foule cloisonnée  comme en  un cimetière
Et la foule plus forte que son  ombre impure
Ayant rompu ses murs  ayant  vaincu ses maîtres

La famille des mains  la famille des feuilles
Et l’animal  errant  sans personnalité
Le fleuve et la rosée  fécondants et  fertiles
La justice debout  le bonheur bien planté

Le bonheur d’un  enfant  saurai-je le  déduire
De sa  poupée  ou  de  sa balle ou du beau temps
Et le bonheur d’un homme  aurai-je  la vaillance
De le dire selon sa femme et ses enfants

Saurai-je mettre  au clair l’amour et  ses  raisons
Sa tragédie  de plomb sa  comédie  de paille
Les actes machinaux qui  le font  quotidien
Et les caresses  qui  le  rendent  éternel

Et pourrai-je jamais enchaîner la récolte
A l’engrais  comme  on fait  du bien  à la beauté
Pourrai-je comparer le  besoin  au désir
Et l’ordre mécanique  à  l’ordre  du  plaisir

Aurai-je assez de mots pour liquider la haine
Par la haine sous  l’aile  énorme des colères
Et  montrer la victime  écrasant les  bourreaux
Saurai-je colorer le mot révolution

L’or  libre  de  l’aurore  en  des  yeux sûrs d’eux-mêmes
Rien  n’est  semblable  tout  est neuf tout  est précieux
J’entends de petits mots devenir des adages
L’intelligence est  simple au-delà des  souffrances

Comment  saurai-je dire  à quel  point je suis contre
Les absurdes  manies que noue la solitude
J’ai failli en  mourir  sans pouvoir me  défendre
Comme en meurt un  héros ligoté  bâillonné

J’ai failli en  être dissous corps cœur   esprit
Sans formes et  aussi  avec toutes les formes
Dont on entoure pourriture  et  déchéance
Et complaisance et  guerre  indifférence  et  crime

Il s’en fallut de peu  que mes frères me  chassent
Je m’affirmais  sans  rien  comprendre à  leur  combat
Je croyais prendre  au  présent   plus qu’il ne possède
Mais je n’avais  aucune idée du  lendemain

Contre la fin de tout je dois ce que je suis
Aux hommes qui  ont su  ce que la vie  contient
A tous les  insurgés  vérifiant leurs outils
Et   vérifiant leur  cœur  et  se  serrant la main

Hommes continuement entre humains sans un pli
Un chant monte qui dit ce que toujours on dit
Ceux qui  dressaient notre  avenir contre la mort
Contre les souterrains de   nains et  des  déments.

Pourrai-je dire enfin la  porte s’est ouverte
De la cave où  les  fûts  mettaient   leur  masse sombre
Sur la vigne ou le  vin captive  le soleil
En employant les mots  de  vigneron lui-même

Les femmes sont  taillées comme l’eau ou  la pierre
Tendres ou trop  entières dures ou légères
Les oiseaux passent  au travers  d’autres espaces
Un chien  familier  traîne  en  quête d’un vieil  os

Minuit n’a plus d’écho  que pour un très vieil homme
Qui gâche son trésor  en  des chansons banales
Même  cette  heure  de la nuit  n’est  pas perdue
Je ne m’endormirai  que  si  d’autres  s’éveillent

Pourrai-je dire  rien  ne vaut que la jeunesse
En  montrant  le  sillon de l’âge  sur  la joue
Rien  ne  vaut  que  la suite infinie des  reflets
A partir  de l’élan des graines et  des fleurs

A partir  d’un mot franc et  des choses réelles
La confiance ira sans idée  de  retour
Je veux que l’on réponde  avant  que  l’on questionne
Et nul ne parlera  une langue  étrangère

Et  nul  n’aura envie de piétiner un toit
d’incendier  des villes  d’entasser  des morts
Car j’aurai  tous les mots qui  servent à  construire
Et qui font  croire  au temps comme à la seule source

Il faudra rire  mais on rira de  santé
On rira d’être  fraternel  à  tout  moment
On sera bon avec  les autres  comme  on  l’est
Avec soi-même  quand   on s’aime  d’être  aimé

Les frissons délicats feront place à  la houle
De la joie d’exister plus fraîche que la mer
Plus rien  ne   nous fera douter de ce poème
Que  j’écris  aujourd’hui pour effacer  hier .

Paul Eluard

Septembre  1950 Recueil  « dignes de  vivre  pouvoir  tout  dire »   Tchou Editeur

ENTRE DEUX


248149

ENTRE DEUX

 

La lune entrée dans le réveil tient les heures allumées  sur place

Le transatlantique qui vient à quai au lit est allumé comme une guirlande sur tous ses ponts

A bas de coupée un enfant nommé Jacob fait monter l’échelle de son camion de pompier

Le port est bu  au flux descendant de l’entonnoir des naufrageurs qui ont attaché le phare à l’ombre. Une bouteille se remplit d’espoir à la mer

Au levé de l’herbe la rosée a passé le sec d’un pas assuré. Les portes battantes du bar dirigent au dehors les doigts de Thélonious, les filles n’ont aucune attache avec la parole, le petit-matin les conduira au lit du vers vide.

 

Niala-Loisobleu – 11/10/19