L’INOFFENSIF – René Char


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L’INOFFENSIF

 

Je pleure quand le soleil se couche parce qu’il te dérobe à ma vue et parce que je ne sais pas m’accorder avec ses rivaux nocturnes. Bien qu’il soit au bas et maintenant sans fièvre, impossible d’aller contre son déclin, de suspendre son effeuillaison, d’arracher quelque envie encore à sa lueur moribonde. Son départ te fond dans son obscurité comme le limon du lit se délaye dans l’eau du torrent par-delà l’éboulis des berges détruites. Dureté et mollesse au ressort différent ont alors des effets semblables. Je cesse de recevoir l’hymne de ta parole;  soudain tu n’apparais plus entière à mon côté; ce n’est pas le fuseau nerveux de ton poignet que tient ma main mais la branche creuse d’un quelconque arbre mort et déjà débité. On ne met plus un nom à rien, qu’au frisson. Il fait nuit. Les artifices qui s’allument me trouvent aveugle.
Je n’ai pleuré en vérité qu’une seule fois. Le soleil en disparaissant avait coupé ton visage. Ta tête avait roulé dans la fosse du ciel et je ne croyais plus au lendemain.
Lequel est l’homme du matin et lequel celui des ténèbres ?

René Char

 

ENTRE TIEN EMOI 114


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ENTRE TIEN EMOI 114

Mon paumier est en fleurs, je viens de mettre la dernière vis aux tournettes du  dernier cadre. L’air comme de la couleur sur palette reste mélangé, fluide et enchanté. Il pleut presque, mais c’est vrai qu’on est plus près du bord de l’ô que de la dalle du toit. T’as vu je te donnais le reflet de l’Epoque au fur et à mesure. On les sent passer n’est-ce pas, au point que quand ils touchent ton sein gauche ça cogne un max. C’est pas qu’ils le préfèrent à l’autre, physiquement c’est le même attrait pour chacun, c’est le symbole qui change l’attirance au côté. Le coeur on en parle à longueur de temps, mais si peu profondément que Nous, quand on y entre c’est  souvent qu’on en sort pas. Je lis ta poésie sur le ressenti du pinceau. Le chevalet est équin, des fois tu le fais se mettre debout sur la tête. Faut croire que ça le démange de venir te rejoindre au tapis. Puis à d’autres moments il enfourche le vélo et siffle comme un gavroche qui dit ce soir je vais guincher chez Gégène. Au guidon de tes hanches il prend le parcours du lé, bord de rivière et arrivé en montagne sur la corniche, bien qu’en danseuse, il veille à ce que ta poitrine fiche pas le camp chacun de son côté dans le vide Le chien saoul de tomates passe entre les rayons et la menthe qui m’a tourné la tête me fait me redresser sur une roue. Tu me dis que t’as fait trapéziste dans un Chagall (un vrai) alors je monte le cirque pour qu’on aille jusqu’au bout de la marguerite. C’est toujours à ce moment là qu’une vache entre dans la cuisine en réclamant son meuh. Voici la mer, voici les vagues, marchons jusqu’à la ceinture dans le sel. On rentrera s’égoutter au grenier. Je sais pas comment t’exprimer le bonheur que je ressens. Tellement j’ai de la musique dans le bout des doigts, laisse-moi les brancher pour que tu sois la seule à l’entendre. Que serait peindre vraiment dans cette triste époque si tu l’avais métamorphosée.

Niala-Loisobleu – 5 Octobre 2019

EXCLUSIVITE


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EXCLUSIVITE

 

Ceci est à personne d’autre

alors un like peu sut faire

sinon je m’enrôle à Fesses de Book pour causer de fesses

-ça va

-bien

-et toi

-oh chouette

-super

-chez toi ?

-non chez moi

-ah si tu commences à 

Et ceci sous un texte de poids que bien sûr les commères ne se sont pas aperçues, aussi pour parler d’émoi, ce matin je m’ai trouvé un poil noir  qui avait du passer la nuit contre ma zigounette. Pourtant j’ai pas découché, alors comme j’ai fait le ménage, ça doit être un coup du balai, l’est blagueur, surtout le dimanche il aime jouer aux grands fétiches.

Niala-Loisobleu – 05/10/19

 

LES GRANDS FÉTICHES

I

Une gangue de bois dur
Deux bras d’embryon
L’homme déchire son ventre
Et adore son membre dressé

II

Qui menaces-tu
Toi qui t’en vas
Poings sur les hanches
A peine d’aplomb
Juste hors de grossir?

III

Noeud de bois

Tête en forme de gland

Dur et réfractaire

Visage dépouillé

Jeune dieu insexué et cyniquement hilare

IV

L’envie t’a rongé
Je menton

La convoitise te pipe

Tu te dresses

Ce qui te manque du visage

Te rend géométrique

Arborescent

Adolescent

v

Voici l’homme et la femme

Également laids également nus

Lui moins gras qu’elle mais plus fort

Les mains sur le ventre et la bouche en tire-lire

VI

Elle

Le pain de son sexe qu’elle fait cuire trois fois par jour

Et la pleine outre du ventre

Tirent

Sur le cou et les épaules

VII

Je suis laid!

Dans ma solitude à force de renifler l’odeur des filles

Ma tête enfle et mon nez va bientôt tomber

VIII

J’ai voulu fuir les femmes du chef

J’ai eu la tête fracassée par la pierre du soleil

Dans le sable

Il ne reste plus que ma bouche

Ouverte comme le vagin de ma mère

Et qui crie

IX

Lui

Chauve

N’a qu’une bouche

Un membre qui descend aux genoux

Et les pieds coupés

x

Voici la femme que j’aime le plus

Deux rides aiguës autour d’une bouche en entonnoir

Un front bleu

Du blanc sur les tempes

Et le regard astiqué comme un cuivre

British
Muséum,
Londres, février 1916.

 

Blaise Cendrars

GRANDS FONDS 7


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GRANDS FONDS 7

Par l’hublot entrouvert

au premier quart

l’alizé de ton regard marque  à la carte

le plat du jour à naviguer vers

Séjour de poisson-volant

je ne te mangerais pas au mess

Niala-Loisobleu – 06/10/19