CANEVAS


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CANEVAS

 

Il a trop plu de mots, la phrase colle à la virgule sans parvenir au point

Par un trou dans l’arbre, le facteur dépose les lettres d’un autre alphabet

A l’orée des rivières on peut border l’épitre d’un ornement de riches heures

Les tréteaux crachent la flamme d’une chanson de geste pour que tes seins balles jonglent pendant que les garennes dévalent des ocres en parade

Le cheval est passé à table.

 

Niala-Loisobleu – 02/10/19

GRANDS FONDS 2 – Juliette Gréco:Jean De La Providence De Dieu


C’était en l’an dix-neuf cent deux
Quand Jean d’ la Providence de Dieu
Ouvrit la porte sans carte blanche
Son front était cuit et recuit
Par le soleil et les soucis
Son sac était lourd sur sa hancheMais la mer du Nord s’engouffra
Dans l’ bar où tenions nos états :
Y avait Machin, Chose et Langlois
Y avait Frances, et c’était moi !

Nous étions tous les cinq à l’aise
Dans le vieux bar de l’Irlandaise !

En ce temps-là, y avait Langlois
Machin et Chose, l’Irlande et moi

Le vent qui soufflait de la mer
Nous a pris dans ses bras de fer
Pour en emporter deux en douce
Il ne resta dans l’ cabaret
Après qu’ils se furent taillés
Car ils avaient l’ diable à leurs trousses
Que Langlois, moi et ce curieux
Jean de la Providence de Dieu !
Y avait donc Jean, et Cætera
Langlois, et la môme qu’était moi
Langlois, très fauché, mit les voiles
Pour retrouver sa bonne étoile
Alors nous ne fûmes plus que deux
Moi et la Providence de Dieu !

On m’ nomme aussi « Saint-Jean bouche d’or »
Me dit ce grand matelot du Nord
Et quand je chante ma complainte
Au petit jour, passé minuit
Ici ou là, comme un défi
Toutes les garces se croient des saintes !

Puis il disparut en chantant
Autant en emporte le vent…
Y avait Machin, Chose et Langlois
Maintenant, il n’y avait plus que moi !

J’étais seule devant les bouteilles
Elles m’offraient d’autres merveilles !
En souvenir de Jean, j’en bus deux
Et tout l’ reste à la grâce de Dieu !

Que sont devenus mes copains ?

À dire vrai, je n’en sais plus rien
L’Irlandaise a fermé boutique
Machin et Chose ont disparu
Dans le décor des inconnus
C’est la faute au vent hystérique :
Il fit entrer ce Jean de Dieu,
Sa Providence et ses bons vœux !

Ah, les bistrots des ports de mer !
Lorsque le vent pleure en hiver
Et vous prend pour toute la vie
Avec ses orgues de Barbarie !
C’était en l’an dix-neuf cent deux
Au Rendez-vous des amoureux

Pierre Mac Orlan

LES GRANDS FONDS


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LES GRANDS FONDS

 

Palette  démultipliée

raclant des ailes l’oiseau ratisse

et tire les corbeaux à bout portant

Sur ce chant d’erre du navire

quelle récolte se fit voir

depuis la rime semée

Tirer la longueur de corde nécessaire

pour aller dans les cales de l’épave pêcher l’ambre marin tenant le bleu dans sa gangue

Niala-Loisobleu – 02/10/19

ÉPHÉMÉRIDES


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ÉPHÉMÉRIDES

Toute initiale du monde

et son secret

et son oiseau

dans la pointe de mon couteau

La nuit la nuit

la lourde nuit silencieuse

la grande nuit

et son pourpre silence

Perle l’impondérable son

que lui consent en s’effeuillant

la rose

le pétale léger qui tombe et qui se pose

sur le marbre secret de notre angoisse mauve

Ma vie tenait à un fil

à ce fil invisible

et capital

de la grande toile d’araignée maternelle

Et brisé fut le fil

par mon vouloir

et par un temps de tempête morale

et ce fut elle qui mourut

maman

(je n’ose y réfléchir)

en lieu et place de mon désespoir

Il y eut divergence dans les souffrances

je devins seul

et crus que la partie resterait inégale

le temps étant toujours au choix

spirale ou vrille

un mensonge de plus aux lèvres du divin

Écrire aux fins de déchirer les apparences

écrire le soudain

l’imprévisible

sur le drapeau de vivre

écrire

amadouant

ou

poignardant toute réalité

écrire encore

pour vaincre

comme une carte égarée et gagnante

se retrouve parfois

dans la manche du désespoir

pour
Albert
Ludé

Les végétaux s’ils pouvaient

s’exprimer seraient avares de paroles

Aujourd’hui je fus un arbre et je le reste

Je me console et je me justifie

pensant

que je suis beau

déjà

comme une table de cuisine

Depuis l’idole d’or à la rose fanée

de la naissance à par delà la mort

dans la feuille et dans la fourmi

dans la racine et dans l’esprit

dans le viol et dans l’abandon

dans l’élégance du pardon

aimant

comme un oiseau qui de tout l’univers

a fait son nid

L’escalade pour une fleur

l’escapade pour une fille

l’estocade pour un peu d’honneur

la ballade des bons garçons

une chanson ailes de vivre

une saison nids de pinsons

une raison temps des cerises

vieux souvenirs vieux horizons

Je viens je suis je vis

de mon écorce noire

du sang de mes colères

du sang de mon amour

de l’oiseau fiancé à sa femelle chaude

des larmes qui s’égouttent du vague fait divers

de l’infirme noyé dans les vagues du soir

du baiser de la nuit

du salut de l’aurore

je vais je viens je vis

au-delà de l’espoir

et chacun peut le voir le savoir et le croire

Achille Chavée

Septembre 1944-
Juillet 1951