HORREUR CULTIVÉE


Ne me voyant plus

Dans un réflexe pavlovien je tapais des pieds au fond trottoir

Des petites chauve-souris se jettent dans ma barbe, l’une m’enfile un paquet de carembard dans mon dernier œil en usage

Je m’ebrous

Renversé

Par une file de petits monstres masqués promenée par des sorcières adultes

J’arrive pas à rire

J’émophile

Pour le pouls je dois reconnaître qu’on marche même pas sur la tête

On en a pu…

Niala-Loisobleu – 31/10/19

ASSEMBLAGE


Dans la pénombre du sommeil la trotteuse du rêve promène tes seins autour de ma présence dans la couche. Debout à l’appui du buste, tête en bas, ils picorent dans les traces laissées. A deux pas la grange restée ouverte tient la dernière botte rentrée apparente.

La chambre située sous le grément baigne dans un mélange d’actes nés de promesses tenues.,,

N-L – 31/10/19

NEIGES


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NEIGES

Et puis vinrent les neiges, les premières neiges de l’absence, sur les grands lés tissés du songe et du réel ; et toute peine remise aux hommes de mémoire, il y eut une
fraîcheur de linges à nos tempes.
Et ce fut au matin, sous le sel gris de l’aube, un peu avant la sixième heure, comme en un havre de fortune, un lieu de grâce et de merci où licencier l’essaim des grandes odes
du silence.

Et toute la nuit, à notre insu, sous ce haut fait de plume, portant très haut vestige et charge d’âmes, les hautes villes de pierre ponce forées d’insectes lumineux
n’avaient cessé de croître et d’exceller, dans l’oubli de leur poids.
Et ceux-là seuls en surent quelque chose, dont la mémoire est incertaine et le récit est aberrant.
La part que prit l’esprit à ces choses insignes, nous l’ignorons.

Nul n’a surpris, nul n’a connu, au plus haut front de pierre, le premier affleurement de cette heure soyeuse, le premier attouchement de cette chose fragile et très futile, comme un
frôlement de cils.
Sur les revêtements de bronze et sur les élancements

d’acier chromé, sur les moellons de sourde porcelaine et sur les tuiles de gros verre, sur la fusée de marbre noir et sur l’éperon de métal blanc, nul n’a surpris, nul n’a
terni

cette buée d’un souffle à sa naissance, comme la première transe d’une lame mise à nu…
Il neigeait, et voici, nous en dirons merveilles: l’aube muette dans sa plume, comme une grande chouette fabuleuse en proie aux souffles de l’esprit, enflait son corps de dahlia blanc.
Et de tous les côtés il nous était prodige et fête.
Et le salut soit sur la face des terrasses, où l’Architecte, l’autre été, nous a montré des œufs d’engoulevent !

Je sais que des vaisseaux en peine dans tout ce naissain pâle poussent leur meuglement de bêtes sourdes contre la cécité des hommes et des dieux; et toute la misère du
monde appelle le pilote au large des estuaires.
Je sais qu’aux chutes des grands fleuves se nouent d’étranges alliances, entre le ciel et l’eau : de blanches noces de noctuelles, de blanches fêtes de phryganes.
Et sur les vastes gares enfumées d’aube comme des palmeraies sous verre, la nuit laiteuse engendre une fête du gui.

Et il y a aussi cette sirène des usines, un peu avant la sixième heure et la relève du matin, dans ce pays, là-haut, de très grands lacs, où les chantiers
illuminés toute la nuit tendent sur l’espalier du ciel une haute treille sidérale : mille lampes choyées des choses grèges de la neige…
De grandes nacres en croissance, de grandes nacres sans défaut méditent-elles leur réponse au plus profond des eaux ? — ô toutes choses à renaître, ô
vous toute réponse!
Et la vision enfin sans faille et sans défaut!…

neige sur les dieux de fonte et sur les aciéries cinglées de brèves liturgies; sur le mâchefer et sur l’ordure et sur l’herbage des remblais: il neige sur la fièvre et
sur l’outil des hommes

— neige plus fine — qu’au désert la graine de coriandre, neige plus fraîche qu’en avril le premier lait des jeunes bêtes…
Il neige par là-bas vers l’Ouest, sur les silos et sur les ranchs et sur les vastes plaines sans histoire enjambées de pylônes ; sur les tracés de villes à naître
et sur la cendre morte des camps levés ;

sur les hautes terres non rompues, envenimées d’acides, et sur les hordes d’abiès noirs empêtrés d’aigles barbelés, comme des trophées de guerre…
Que disiez-vous, trappeur, de vos deux mains congédiées ?

St-John-Perse

ENTRAÎNÉE PAR MON CŒUR


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ENTRAÎNÉE PAR MON CŒUR

Entraînée par mon cœur
Dans une mélodie
De signes
J’ai vu le ciel
Avant le ciel
Sur la plus haute
Branche d’un arbre
Digne
Sortant de ma réserve
J’ai consacré mes yeux
À sa beauté
Suffisamment attestée
Et accroché mon rêve
Aux nuages
Ensemble
Avec la plus grande
Intensité
Nous avons ri
Nous avons pleuré
Pour attiser le feu
De nos priorités !

Maria Zaki
Extrait de:

Soudain les roses pourpres

INTÉRIORISÉE


L’odeur intime de tes mots m’indique la couleur des dessous choisis par ton instant profondément féminin

C’est un privilège hautement porteur de chercher les plumes seyant à ses zèles

Au coeur de l’arbre la sève monte à l’écorce sans hésiter.,,

Niala-Loisobleu – 30/10/19

PENDULE EN EXIL


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PENDULE EN EXIL

De mercure le temps s’étire

Par les basses d’une viole prise au cadran

Rauque voix du temps qui n’avance pas

Sortir du gousset-souricière d’un bond de libellule traversant le marécage

Entrer entre les deux cuisses de la fraîcheur et nager dans l’herbe cristalline

Echange sans équivoque, où sans chercher la forme est couleur de vivre à créer

Loin de l’aride son de cordes vocales sèches

Sans appel à boire un ciel plein son vers

Niala-Loisobleu – 30/10/19