4 réflexions sur “HELENE MARTIN – LE FEU (ARAGON)

    • TROIS FRAGMENTS DE L’HYMNE IMPOSSIBLE

      La terre est un savoir !
      D’où les eaux, d’où les rochers jaillissent.
      La nuit, la plaine et la mer fondent un savoir proche des murs.
      Et, là, là ! la, solitude aux couleurs de la nudité des choses,
      Le soleil gravit les collines…
      Il redescendra dans les champs,
      Dans les mares, dans l’herbe.
      Autant de mares, autant de portes
      Par où le ciel rejoint le chaume…
      Arbres meurtris, chemins détruits,

      La campagne se tait.
      J’en conjure, en accepte la paix.
      Le silence
      Signifie-t-il que les talus… si hauts, face au dieu du
      Tout,
      Que les talus, de l’orbe des planètes au labyrinthe des plantes,
      Ferment sans cesse une prison ayant la forme d’un vallon ?
      D’un vallon protecteur.
      Et, grâce à l’humus, à quelque manne
      Humide, à la richesse de la rosée, au repos déjà solennel
      Du matin, je me voue à l’espace… À sa beauté je m’inféode
      Bien avant que les heures ne brillent…
      Ah ! je mesure à loisir
      Le petit jour…
      Sur l’horizon le soleil s’arrondit, s’exalte.
      La nuit le couronne…
      Ah ! le soleil nous dicte et nous
      Vole une réponse !
      Alors la pluie, infime, élémentaire,
      Orne des traces qui m’enchantent, étouffe à présent le fanal
      Qui, augurai, fatal, à la surface, à l’intérieur des gouttes,
      Vacille et les épuise…
      Imagination, quête et création
      D’un royaume.
      Et je serre ou je lâche une poignée de brindilles.
      Je me veux serviteur, gardien, complice et tenant du poème épars
      Des sens.
      Serviteur des maisons dans leur sommeil.
      D’une

      grange,

      D’une charpente…
      Un édifice, un creuset…
      Le ciel pourvoit À notre besoin d’infini…
      Le temps compose et cohabite
      Avec les vagues !
      Avec les vagues, avec les vagues.
      Avec
      Des sentiers que nul ne sonde !
      Avec des carrières, des grottes
      Doucement désertes…
      Avec de nouveaux rochers sous la voûte

      des écueils,

      Héros de l’abîme !
      Et le jour vient à les surprendre au niveau de

      la mousse,

      De l’écume.
      Audacieux, plus qu’audacieux, presque audacieux,
      Nous les interrogeons

      Restons fidèles à la tendresse de la lymphe

      Laissons-nous conduire à l’unité des fleurs.
      Unité abondante.
      Et

      La règle est de croître…
      Du côté d’une frontière ou d’une ligne

      d’îles,

      La très chaste et très vénérable et redoutable
      Vénus
      Nous domine. À l’aplomb des toits les étoiles clignotent,
      La nuit s’en empare !
      Ah ! me soumettre à la naissance du soleil, À sa plénitude…
      Avoir le désir d’accompagner pas à pas sa solitude.

      Pur, précieux, facile embrasement des bâtiments de l’éther,
      De maints bassins monumentaux !
      Le jour se relance et nous

      drosse

      Le long d’une plage…
      JJ vogue.
      Il abrite un port abrupt.
      J’en scrute et j’en occupe, en défends la grandeur.
      Je m’en inspire.
      J’ordonnerai, je retrouverai, dirai, surgeons, drageons.
      Surgeons ! détaillerai à souhait les mots d’un éloge des feuilles.
      Un baume se répand sur la blessure des bois.
      La lune au bout de

      nos doigts

      Varie et nous séduit.
      Nous devinons que le brouillard consume,
      De la tôle des hangars aux piliers du temple et de la base des

      hangars

      À la grange, allume et consume un absolu de transparence.
      Notre lot?
      Guetter, prudemment,
      Fépiphanie du feu. Épier le

      retour

      Du guide obscur…
      J’oublie, à fouler le sol, je rêve ou j’évoque
      La bataille des saisons.
      Je recherche et m’attribue le butin
      Que l’automne pille.
      Et l’hiver le confie au matin.
      Les mois

      commandent

      De sauver la sève…
      Au gré d’une voix, d’un chant parfait.
      Immobile, immobile et mobile, encore immobile et mobile,
      Le soleil détecte une route, instaure un paradis de roseaux (dont
      La pointe nous frôle) et lui dispute la mer.
      La mer recule,
      Nous apprend l’orgueil du jusant.
      Le vent, le tisserand.
      Hisse une voile, la détisse…
      Appareillage ou naufrage
      En guise de message.
      Attentifs, actifs, sereins, captifs,
      Il nous échoit de saisir, de choisir la sainte poussière,
      D’épouser la fortune inégale !

      Pierre Oster

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