LA PLANCHE


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LA PLANCHE

L’eau ouverte du bout de cette idée folle et aucune arrière-pensée raisonnable. La blondeur du sable n’a pas à rougir de ce qui détourne de ce qui est écrit dans le livre que tes mains tiennent. Si près de l’autre que tous ces corps voisins se cuisant au soleil n’imaginent pas la hardiesse de tes pensées. Au large un paquebot se découpe sur l’horizon, tu montes à bord classe tous risques. Pour quel port appareille tes hanches ? La chaloupe des troncs enlace la campagne de pêche. Les falaises d’être tas disparaissent, la circulation remet le corps debout. Quand viendra l’heure du  retour laisse les dauphins te montrer le chemin, reste clandestin à ce monde voyeur et ne retiens pas ton désir. Fut le temps des contraintes des responsabilités imposées. Personne n’aura pu monter allumer la lune à part toi.

 

Niala-Loisobleu – 21/07/19

SOL MI RE


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SOL MI RE

Cette chaleur est charnelle

le train qui rayonne au plaisir va de la gare du choix à celle du désir

Sur le parcours des gués les pierres brûlent

raison pour laquelle les ponts gardent les pieds dans l’ô

Il y a un oiseau qui pêche dans le nid de ton corsage

Tiens tes oreilles aux méandres

quand l’écluse sera en vue

rien ne pourra plus plier

Jusqu’au poisson qui marche fait sortir l’hameçon qui retient sans blesser

Et chante de cette tessiture du ventre qui dresse le nerf émotif tout au long des vertèbres

A ta conche, couvert du résineux de mon essence je me baignerai dans ton bleu outremer

 

Niala-Loisobleu – 21 Juillet 2019

L’AMOUR DE L’AMOUR


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L’AMOUR DE L’AMOUR

 

I.

Aimez bien vos amours ; aimez l’amour qui rêve
Une rose à la lèvre et des fleurs dans les yeux ;
C’est lui que vous cherchez quand votre avril se lève,
Lui dont reste un parfum quand vos ans se font vieux.

Aimez l’amour qui joue au soleil des peintures,
Sous l’azur de la Grèce, autour de ses autels,
Et qui déroule au ciel la tresse et les ceintures,
Ou qui vide un carquois sur des coeurs immortels.

Aimez l’amour qui parle avec la lenteur basse
Des Ave Maria chuchotés sous l’arceau ;
C’est lui que vous priez quand votre tête est lasse,
Lui dont la voix vous rend le rythme du berceau.

Aimez l’amour que Dieu souffla sur notre fange,
Aimez l’amour aveugle, allumant son flambeau,
Aimez l’amour rêvé qui ressemble à notre ange,
Aimez l’amour promis aux cendres du tombeau !

Aimez l’antique amour du règne de Saturne,
Aimez le dieu charmant, aimez le dieu caché,
Qui suspendait, ainsi qu’un papillon nocturne,
Un baiser invisible aux lèvres de Psyché !

Car c’est lui dont la terre appelle encore la flamme,
Lui dont la caravane humaine allait rêvant,
Et qui, triste d’errer, cherchant toujours une âme,
Gémissait dans la lyre et pleurait dans le vent.

Il revient ; le voici : son aurore éternelle
A frémi comme un monde au ventre de la nuit,
C’est le commencement des rumeurs de son aile ;
Il veille sur le sage, et la vierge le suit.

Le songe que le jour dissipe au coeur des femmes,
C’est ce Dieu. Le soupir qui traverse les bois,
C’est ce Dieu. C’est ce Dieu qui tord les oriflammes
Sur les mâts des vaisseaux et des faîtes des toits.

Il palpite toujours sous les tentes de toile,
Au fond de tous les cris et de tous les secrets ;
C’est lui que les lions contemplent dans l’étoile ;
L’oiseau le chante au loup qui le hurle aux forêts.

La source le pleurait, car il sera la mousse,
Et l’arbre le nommait, car il sera le fruit,
Et l’aube l’attendait, lui, l’épouvante douce
Qui fera reculer toute ombre et toute nuit.

Le voici qui retourne à nous, son règne est proche,
Aimez l’amour, riez ! Aimez l’amour, chantez !
Et que l’écho des bois s’éveille dans la roche,
Amour dans les déserts, amour dans les cités !

Amour sur l’Océan, amour sur les collines !
Amour dans les grands lys qui montent des vallons !
Amour dans la parole et les brises câlines !
Amour dans la prière et sur les violons !

Amour dans tous les coeurs et sur toutes les lèvres !
Amour dans tous les bras, amour dans tous les doigts !
Amour dans tous les seins et dans toutes les fièvres !
Amour dans tous les yeux et dans toutes les voix !

Amour dans chaque ville : ouvrez-vous, citadelles !
Amour dans les chantiers : travailleurs, à genoux !
Amour dans les couvents : anges, battez des ailes !
Amour dans les prisons : murs noirs, écroulez-vous !

II.

Mais adorez l’Amour terrible qui demeure
Dans l’éblouissement des futures Sions,
Et dont la plaie, ouverte encor, saigne à toute heure
Sur la croix, dont les bras s’ouvrent aux nations.

Germain Nouveau

La doctrine de l’amour (1881)