LA CHUTE


766111

LA CHUTE

 

Cette nuit dans laquelle nous tombons

pareils à de longues larmes disparates

ne sera-t-elle jamais assez épaisse pour ralentir cette descente

glu noire marne sanglante que parfois liquéfient des volcans

d’intensité multipliée par les grondements les battements d’ailes

hors de la bouche livide dont les ruisseaux de pierre mesurent l’effort

fait pour contenir ce cataclysme dans des limites à peu près souriantes

semblables aux jambages passionnés qu’inscrit l’index humide et doux d’un vampire ou d’une reine

sur les cartouches

les papyrus de poudre noire sèche dure

de la mort?

Ici

ce ne sont plus des yeux de filles

des doigts énamourés mais l’air

qui comme une bière lourde se prolonge

en mousse opaque malgré les rues mangées de lueurs
Grande lépreuse de lumière tu te promènes accompagnée du cliquetis de tes ongles et tes colliers s’agitent comme les fruits de phosphore de l’arbre qu’à grands coups
les
Fils du
Vent font trembler puis se déraciner

L’Univers est un orgue aux tuyaux qui s’éraillent dans cette église monstrueuse bâtie par les truelles de

la folie sans même une franc-maçonnerie pour unir les visages par des signes inconnus mais qui pourraient transparaître parfois comme les couches souterraines que
révèle la coupure des ravins

Ses tubes d’acier sont ravinés et s’amollissent

détestables entrailles

canaux sordides entrelaçant leur labyrinthe

aux trajectoires des fusées à peine incandescentes

que lâchent des prêtres à soutanes déchirées au fond de caveaux pleins de boue

Les viscères sont moins noirs perdus au ventre d’un cheval

que ce bouquet de tiges funestes plus creuses que le sureau

Us sont moins sales et forment un moins ignoble carnaval

mais ô ma douce lèpre que ne cueilles-tu leurs rameaux ?

Tu te ferais ainsi un beau diadème sonore une couronne perlée de mots

Il est vrai que tu n’as pas besoin de cette tiare animale
Tu es trop souterraine pour cela et trop hallucinée par les seuls vrais émaux

ceux de tes pas ma jolie lèpre

plus sûrs que toutes les paroles et les incantations magiques

 

Michel Leiris

FOND DE JARDIN


766510

FOND DE JARDIN

 

Ces murs d’herbes gardent au frais l’absence arrogante des fleurs délavées

confié à leurs parfums d’arômes forestiers ton corps s’embaume

On vit un enfant se blottir dans le bassin de sa mère

un petit-bateau au doux nom de fille est à quai

Sur leurs échasses de longs becs puisaient par l’école de signes – le sémaphore corrigeait l’épreuve

La claire proche baille l’huître sans détartrer la coquille qui carrosse le chemin du marais. Sous l’aisselle du buisson fluvial j’ai posé la dernière algue à reproduire. Lâche pas ta barque j’entends venir l’éclusier.

 

Niala-Loisobleu – 03/07/19

MYSTIQUE AUTRE CHAMBRE


A l’horizon de l’autre musique je vois Barbara sans besoin d’étiquette riant au nu du rosier grimpant

L’autre côté des portes

Dépassement atteint

Mon encre de Chine bave en bulles sur le tapis-volant

Sampan de chemise

Les majorettes ont levé la jambe

Le tambour-major avale sa canne

On voit à l’intérieur du mystère

Eclairé par une reconnaissance non exhaustive du possible

Je t’ai

Permis

De dire

La vision de nos choses

Tu n’écris plus Barbara tu es le réel

ce que le tableau dévoile à nos sens

L’accès à l’Autre Chambre

Niala-Loisobleu – 02/07/19