L’EPOQUE 2019/28 – « LE RUISSEAU »


L’EPOQUE 2019/28 – « LE RUISSEAU »

 

Voici LE RUISSEAU  le vingt-huitième de cette nouvelle Epoque 2019 avec Barbara Auzou.

C’est un travail à quatre mains , merci d’en tenir compte dans vos commentaires.

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L’EPOQUE 2019/28 – LE RUISSEAU

Acrylique s/toile 46×38
Niala

Toute la vie s’écoule au-dehors de ce coeur battu

qui nous incombe

Et pour la fraîcheur et pour tes courbes tues

nous demeurons les migrateurs des tempêtes

et les gardiens du ruisseau au galet

plat de nos vies enchaînées

On a rassemblé nos saules sous la coulée heureuse et imprévue

où tombent tous les cris des silences maritimes

On a donné au navire où embarquer l’éternité

nos noms intimes faits de sable et d’espérance

Comme moi tu sais que la mer a bien trop de mémoire

pour pardonner les mains oublieuses et résignées

du vouloir ébloui et têtu de l’enfance

Barbara Auzou

16 réflexions sur “L’EPOQUE 2019/28 – « LE RUISSEAU »

          • Extrait de « La vie et une brûlure, pas un calcul » par Jean-Paul Michel

            Nous voulions la douleur du vrai, nous l’aurons eue. Encore aimons ses héros ses saints, l’un eût-il pris même à revers le vrai, suivi le chemin de sa torse édification poétique, pour l’y ramener sans illusion coupable. Mieux.
            Encore il faut comme au premier jour allumer sur la colline d’en face le feu de signes qui de flamber en torches seul, pourrait répondre du feu de ce qui est.
            Répondre. Non clore.Faire vibrer la corde à quoi tiennent les accords réels.A moins, que vaudrait un chant? les menues traverses d’une vie? »

            In « Défends-toi, Beauté Violente »

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            • LA NUIT DE MOSCOU

              Ah dans ses propres pas que marcher est étrange
              Comme tout a changé et comme rien ne change
              Cette ville n’est plus la même après vingt ans
              Et c’est toujours la même et c’est la même neige
              Les étoiles des tours les longs murs le
              Manège
              Mais la nuit n’est plus noire et j’ai les cheveux blancs

              Je ne reconnais plus les endroits où je passe
              Pouchkine a traversé depuis longtemps la place
              Et maladroitement comme des mots écrits
              Les grilles des jardins sur la candeur d’hiver
              Semblent recopier pour les couples ses vers
              Le long des boulevards faits pour la flânerie

              Devant
              Tchaïkovski la rue est jaune et blanche
              Décembre a souligné sa carrure et sa manche À peine les frimas ont-ils poudré son front
              Et le geste d’airain vient à jamais suspendre
              Un air que la sculpture est seule pour entendre
              Qu’un glissement de
              Zim pas même n’interrompt

              Des sautoirs de clarté tracent les perspectives
              L’ombre fuit sur les toits à cette heure tardive

              Et multiple
              Babel a 1 assaut du néant
              Au-dessus du lacis familier des venelles
              Des édifices blonds postés en sentinelle Étoilent la ténèbre à leur front de géant

              ô maisons de rondins
              Auvents verts
              Palissades
              Le voyageur ici reconnaît les façades
              La cour où le dvornik alors fendait du bois
              Le décor a gardé la même architecture
              Mais tout y a changé d’échelle et de mesures
              Jusqu’à l’homme de chair et le son de sa voix

              Ici tout a grandi tout a changé de rôle

              Les ponts mêmes ont pris de la largeur d’épaule

              Pour passer par-dessus la nouvelle
              Moskva

              Les quais majestueux dans la pierre l’escortent

              La rivière est profonde aux vapeurs qu’elle porte

              Et naturellement à la
              Volga s’en va

              Moscou ne cesse pas de croître et de bâtir
              Et comme sur son lit se retourne et s’étire
              Une femme en rêvant qui trahit ses pensées
              Et cherche en son sommeil de nouvelles amours
              Moscou de tous côtés étend ses membres lourds
              Par les chantiers échelonnés de ses chaussées

              Elle tient dans ses bras qu’en tous sens elle allonge

              L’avenir son amant l’avenir dans ses songes

              Et d’où
              Napoléon
              Bonaparte l’a vue

              Sur la
              Butte-aux-Moineaux aujourd’hui
              Monts
              Lénine

              L’avenir son enfant lui rit et s’illumine

              Dans l’Université porteuse de statues

              Ici j’ai tant rêvé marchant de l’avenir
              Qu’il me semblait parfois de lui me souvenir
              Et ma fièvre prenait dans mes mains sa main nue
              Il chantait avec moi les mêmes chansons folles
              Je sentais son haleine et déjà nos paroles
              Traduisaient sans effort les choses inconnues

              Ici j’ai tant aimé la nuit et le silence

              Tant de fois égaré mes pas comme une enfance

              Tant de fois à plaisir j’ai perdu mon chemin

              Tant de fois retrouvé mes fantômes en loques

              Ombres de mon passé dans un pereoulok

              Dont le nom m’échappait comme l’eau de la main

              Que j’ai finalement au fond de ma rétine
              Confondu ce qui vient et ce que j’imagine
              Sans savoir que tout songe est le deuil d’aujourd’hui
              Que l’homme voit la flamme et ne peut pas la dire
              Et s’il ne se perd plus où nos yeux se perdirent
              Plus tard par d’autres feux ses yeux seront séduits

              L’histoire entre nos doigts file à telle vitesse
              Que devant ce qui fut demain dira
              Qu’était-ce

              Oublieux des refrains ou notre cœur s est plu
              Comment s’habituer à ce qui nous dépasse
              Nous avons appelé notre cage l’espace
              Mais déjà ses barreaux ne nous contiennent plus

              Pour borner l’existence à notre témoignage

              En vain de nos tombeaux nous marquons les gagnages

              La luzerne franchit la pierre et se déploie

              Et nos miroirs polis auront à reconnaître

              Non les flambeaux défunts mais ceux-là qui vont naître

              Et non pas notre songe et non pas notre loi

              Dans ce siècle où la guerre atteignait au solstice
              Les hommes plus profonde et noire l’injustice
              Vers l’étoile tournaient leurs yeux d’étonnement
              Et j’étais parmi eux partageant leur colère
              Croyant l’aube prochaine à toute ombre plus claire
              A tout pas dans la nuit croyant au dénouement

              Étoile on oubliait les douleurs et la crainte
              Le minotaure à ce détour du labyrinthe Étoile comme une eau dans notre aridité
              Toi qu’on pouvait toucher en montant la colline Étoile si lointaine étoile si voisine Étoile sur la terre étoile à ma portée

              Je mettais son contraire au lieu de toute chose
              J’imaginais la vie et ses métamorphoses
              Comme une féerie énorme et machinée
              C’était un jardin bleu tintant comme un cristal
              Où les pieds fabuleux marchaient sur des pétales
              Et cependant les fleurs jamais n’étaient fanées

              J’attendais un bonheur aussi grand que la mer
              Et de l’aube au couchant couleur de la chimère

              Un amour arraché de ses chaînes impies
              Mais la réalité l’entend d’une autre oreille
              Et c’est à sa façon qu’elle fait ses merveilles
              Tant pis pour les rêveurs tant pis pour l’utopie

              Le printemps s’il fleurit et l’homme enfin s’il change
              Est-ce opération des elfes ou des anges
              Ou lignes de la main pour les chiromancies
              On sourira de nous comme de faux prophètes
              Qui prirent l’horizon pour une immense fête
              Sans voir les clous perçant les paumes du
              Messie

              On sourira de nous pour le meilleur de l’âme
              On sourira de nous d’avoir aimé la flamme
              Au point d’en devenir nous-mêmes l’aliment
              Et comme il est facile après coup de conclure
              Contre la main brûlée en voyant sa brûlure
              On sourira de nous pour notre dévouement

              Quoi je me suis trompé cent mille fois de route
              Vous chantez les vertus négatives du doute
              Vous vantez les chemins que la prudence suit
              Eh bien j’ai donc perdu ma vie et mes chaussures
              Je suis dans le fossé je compte mes blessures
              Je n’arriverai pas jusqu’au bout de la nuit

              Qu’importe si la nuit à la fin se déchire
              Et si l’aube en surgit qui la verra blanchir
              Au plus noir du malheur j’entends le coq chanter
              Je porte la victoire au cœur de mon désastre
              Auriez-vous crevé les yeux de tous les astres
              Je porte le soleil dans mon obscurité

              Louis Aragon

              Aimé par 1 personne

  1. Il n’est question que de vie et d’espoir dans ce diptyque heureux, lumière et Vibrations d’une fraîcheur vivifiante .

     » Quand les âmes se font chant  » François Cheng :

     » S’abîmer en toi au plus secret
    De soi, au creux de ce qu’on n’avait
    Osé dire et espéré. Le monde est là,
    Tel qu’il était dans l’enfance, jailli
    Du dedans, clair et rond, rond le ciel,
    Ronde la terre. Plain-chant le fruit.

    A l’unisson mésange et cascade.  »

    Merci à tous les deux pour cet instant de paix.

    Aimé par 2 personnes

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