PUISQU’EN FÊTE


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PUISQU’EN FÊTE

 

La tête à peine sortie et les pieds encore au lit que tu rêves bleu n’empêche le temps de se choisir noir

alors si la vie n’arrive qu’à tout et son contraire dans un ensemble contradictoire, je peins mon bout d’pain quotidien à la couleur des mots miens

en me rivant la girouette des contraires

je pars

et à chacun son axe

Niala-Loisobleu – 15 Juin 2019

 

LES MOTS ET LES COULEURS

Je pars pêcher l’ablette dans les trous de Loire
Je ne m’arrête pas, je suis à Montaigu
Je cherche le mouchoir perdu
De ma grand-mère
La pluie rend sa langueur à la plage dorée
Une noce descend à Saint-Paul par les grèves
Il est minuit, la lande est pleine de lapins assis en rond
Autour d’un korrigan très pâle qui parle de la mort et des marins

Je chasse la bruyère et le thym en Sologne
Fasciné par l’eau qui bout dans les marais
Je cours après les trains qui rôdent sur la lande
Je pars chercher la trace de l’ermite basque
Qui a laissé passer la frontière aux chevaux

La France, cette mer où je vogue à mon aise
Seul face au vent et au silence en moi
Autour de moi couché
Comme un long chien blanc à l’ordre levé
Je berce le sommeil des mares
Les secrets dans les cours cachées
La capitale du bon Dieu perdue dans les yeux de nos femmes
Le soleil mouillé des matins où coule une fille noyée

Le monde est un royaume étrange
Dont le prince fou est curieux
C’est un vieux prince sans enfant
Qui se promène et se pavane
Dans un long rideau gris et rouge
Ainsi je vais comme le vent

Je vais le long des palissades grises
Chercher le soleil des enfants
Je ne sais rien de moi, du monde qui m’appelle
J’apporte les mots grands ouverts
De mes routes, de mes folies
Ici et là les mots brûlés dans les regards, étalés sur les tables brunes
La chair, le sang, le jus et ce monde animal
Les mots qui courent sous les choses
Pubères, chauds, moites et vermillons
Courant le long des trains, le long des routes
Les mots pendus aux arbres et traversant les haies
Inconnus, murmurés, aperçus, devinés
Et ceux qui claquent le matin
Quand flottent des chansons marines
Du linge de femme au soleil

Assis sur les talus, les mots et les jambes pendantes
Et cet univers bariolé qui cherche sa femelle et ne sait pas pourquoi
Je pars, je n’aime que les mots et les couleur

Jacques Bertin