CHAMBRANLE


Nu-dans-un-intérieur-Pierre-Bonnard-The-National-Gallery-of-Art-Washington-e1552244682710

CHAMBRANLE

J’étais sur le pas de porte à l’aube du jardin. Le coq avait la crête en marche à la verticale du clocher. Durant la nuit nous n’avions pas compter les étoiles. Quant aux bateaux que le rail d’Ouessant avait cheminé nous n’aurions pu en savoir davantage. Les fleurs du tapis quant à elles n’avaient pas finies de faire l’affaire du chat. La carafe posée sur le chevet dont le niveau avait baissé devait porter l’empreinte de nos doigts. En cas d’ouverture d’enquête nous n’aurions pas eu d’alibi pour justifier une présence en un autre lieu. Les orages s’étaient regroupés durant la nuit. Au chai les barils s’en réjouissaient. Mais la route inondée s’en trouvant coupée, nous demeurâmes blottis dans les tâches du lit. Quelque part dans la maison on se sent proches. Les bottes tremblent encore sur la dernière marche du perron. J’avais un rêve dans le coin des yeux pour me sentir vraiment à l’abri. Je le sors et le couche sur le canapé. Une vieille maison forestière dont il ne reste qu’un souvenir remontant au débarquement allié dresse ses pans de murs dans un retrait respectueux. Quelques pierres blanches alignées veillent à tenir une raison de vivre en éveil. La mort dans un contexte métaphysique est un des arguments de maintenance de l’existence. Tu t’es blottie plus fortement, je t’embrasse, ton cou s’incline, la mer remonte sans charrier de sang. Le claquement de drapeau qui entoure l’orée garde une inexplicable conviction. Sans doute le temps d’une leçon en dira-t-il plus aux enfants. S’éloignent derrière le dernier jour le plus long un mélange de tabac de Virginie avec une boite de corned-beef vide qu’un chewing-gum mâche envers et contre tout pour en tirer une rage ce qu’il ne faudrait pas oublier. Allume le chevet que je m’endorme dans la paix de ton souffle régulier. Ma, les arbres ont repoussé des fruits;  laisse ce profil dans l’encadrement de la porte que j’attise mon rêve.

Niala-Loisobleu – 04/06/19

7 réflexions sur “CHAMBRANLE

  1. Te voici Julie dans la découpe-gabarit du chambranle, un autre jour en profil, ne t’habille pas tu es plus belle au naturel…
    N-L

    J'aime

  2. Mon,
    Nous ne chercherons pas à savoir comment la carafe se vide alors même que nous n’y touchons pas…Est-ce cette ampoule immense et blanche se balançant au-dessus de nos têtes qui nous fait ces rêves purs ou un don particulier à se bâtir une réalité autre dont les signes ne font que s’entrechoquer au quotidien? Il n’ y a pas de réponse au pourquoi du frisson sinon le sourire complice de l’air dès le matin…Et l’on se surprend à sourire aux fenêtres, à parler aux pavés sans voir les corps anonymes que nous croisons…(Et c’est bon!)
    Je sais que nous pouvons voler quand tout dort…

    Aimé par 1 personne

  3. Et des voleurs nous sommes à classer dans la colonne « honnêtes » ce qui ne fait bien sûr qu’ajouter à notre étrangeté.
    Tiens le lampion du plafond j’y mets la bougie-bougie neuve, celle qu’on dense le soir bien après minuit. quand la for^t sort ses vers le luisant…

    Aimé par 1 personne

Les commentaires sont fermés.