CHAMBRANLE


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CHAMBRANLE

J’étais sur le pas de porte à l’aube du jardin. Le coq avait la crête en marche à la verticale du clocher. Durant la nuit nous n’avions pas compter les étoiles. Quant aux bateaux que le rail d’Ouessant avait cheminé nous n’aurions pu en savoir davantage. Les fleurs du tapis quant à elles n’avaient pas finies de faire l’affaire du chat. La carafe posée sur le chevet dont le niveau avait baissé devait porter l’empreinte de nos doigts. En cas d’ouverture d’enquête nous n’aurions pas eu d’alibi pour justifier une présence en un autre lieu. Les orages s’étaient regroupés durant la nuit. Au chai les barils s’en réjouissaient. Mais la route inondée s’en trouvant coupée, nous demeurâmes blottis dans les tâches du lit. Quelque part dans la maison on se sent proches. Les bottes tremblent encore sur la dernière marche du perron. J’avais un rêve dans le coin des yeux pour me sentir vraiment à l’abri. Je le sors et le couche sur le canapé. Une vieille maison forestière dont il ne reste qu’un souvenir remontant au débarquement allié dresse ses pans de murs dans un retrait respectueux. Quelques pierres blanches alignées veillent à tenir une raison de vivre en éveil. La mort dans un contexte métaphysique est un des arguments de maintenance de l’existence. Tu t’es blottie plus fortement, je t’embrasse, ton cou s’incline, la mer remonte sans charrier de sang. Le claquement de drapeau qui entoure l’orée garde une inexplicable conviction. Sans doute le temps d’une leçon en dira-t-il plus aux enfants. S’éloignent derrière le dernier jour le plus long un mélange de tabac de Virginie avec une boite de corned-beef vide qu’un chewing-gum mâche envers et contre tout pour en tirer une rage ce qu’il ne faudrait pas oublier. Allume le chevet que je m’endorme dans la paix de ton souffle régulier. Ma, les arbres ont repoussé des fruits;  laisse ce profil dans l’encadrement de la porte que j’attise mon rêve.

Niala-Loisobleu – 04/06/19

AUX LISIERES


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AUX LISIERES
I

Nous avons longtemps cru qu’il nous suffisait d’allonger le bras pour toucher le ciel et tenir en laisse le vieil horizon

si longtemps qu’en nous le geste demeure à la vue d’une femme à l’aube surprise lavant dans ses larmes le jour et la nuit

que plus rien ne reste à la fin que l’ombre pour raser de frais au fil de l’amour nos corps effondrés dans la chambre avec

le ciel comme un bas sur le parquet nu.

II

Amour, disais-tu. J’entendais lisières genêts, passerelles. Tes yeux résistaient. Ce n’était pourtant qu’un seuil à franchir.

Déborder le corps et qu’amour soit d’eau vive, non comme ici lac où tournent tournent poissons et noyés, le ciel, les nuages

les belles promesses. Reste, disais-tu.

Je voyais mourir les hommes aux barrières

battre comme un bleu crevé par l’orage

leurs bras affolés leurs ailes d’Icare.

Guy Goffette

ENTRE TIEN EMOI 100


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ENTRE TIEN EMOI 100

Ils n’eurent guère à attendre pour comprendre que le rêve qu’ils venaient de faire concomitamment n’était pas projeté au cinéma du quartier. Au moment où leur coque changea de niveau ils reconnurent les lés de leur couchette, cabine du pont supérieur dans la forêt lacustre. Un rêve comme en vrai chantonnait la maîtresse d’une lointaine école qui leur en apprenait encore des décennies après. Les choses de la vie comme a dit Sautet, c’est comme une roue qui ne cesse jamais de tourner. Il faut plus de temps pour comprendre le fond des choses que pour refroidir le fût du canon. Ainsi on apprend à trier le vrai du faux et à ranger le bon dans les souvenirs et le reste par-dessus bord, c’est périssable donc plus polluant. Quel beau matin. Si soyeux qu’on ne voyait que pétales en marguerite, boutons d’or, clairière imberbe, au centre de cette source miraculeuse. L’école buissonnière et ses caniveaux bordés de façades mystérieuses retenant l’histoire du cri dans la parole donnée. De chaque côté du cheval de garde la mer dressait la mémoire du sel. En petits cônes sur le pavé mosaïque du carreau. Miroir du ciel uniquement dans son bonjour. Un enfant regarde pour devenir grand sans quitter sa boîte de puzzle. La boule percée du bilboquet cogne cotre les murs n dévalant les escaliers. Au jardin la ligne des arbres élève plus qu’elle n’arrête. Son ombre isole pour donner au corps le plaisir d’être nu sans reproches. Allons vite au jardin nous retrouver 100, Ma…

 

Niala-Loisobleu – 04/06/19