FINIR PÊCHEUR – Gérard Manset


FINIR PÊCHEUR – Gérard Manset

Ça fait mal à l’homme
La célébrité
Finir dans l’eau salée
Juste savoir compter
Vider le sablier
Puis tout oublier
Parce que ça grandit l’homme
De vivre sans parler
De vivre sans paroles

Et d’apprendre à se taire
Regarder sans rien faire
Regarder sans voir
Les enfants qui dansent

Au bord du miroir

Mais c’est toujours trop loin
Toujours dans le noir
Inaccessible
Pareil au coeur de la cible
Et c’est toujours trop loin

Un jour, finir quand même
Que personne s’en souvienne
L’écrive ou le dise
Vider sa valise
Brûler les journaux
Les tapis, les photos

Sans rien vouloir apprendre
Pour que les enfants sachent
Qu’on va quelque part
Quand on oublie tout
Qu’on oublie les coups
Qu’on déplie, qu’on secoue
Que la folie s’attrape
Qu’on déchire la nappe
Maladie tout à coup
Que tu portes à ton cou
Comme un collier de fleurs
De larmes et de couleurs

Un jour, finir pêcheur
Mollusque divin
Peau de parchemin
Mais c’est toujours trop loin
A portée de la main

Inaccessible
Pareil au coeur de la cible
Mais c’est toujours trop loin

Un jour, finir meilleur
Tuer le mal de l’homme
Se libérer de tout
Prendre dans la mer
Les coraux, les vipères
Et tout ça dans la main
Sans lumière et sans gaz
Et sans barbe qu’on rase

Un jour, finir pêcheur
Avaler le compteur
Regarder sans voir
Le calendrier
Qui tombe en poussière

Qu’elle est loin, la terre
Qu’elle est loin, la terre

Le calendrier
Qui tombe en poussière
Qu’elle est loin, la terre
Qu’elle est loin, la terre
Le calendrier

Le calendrier
Qui tombe en poussière
Qu’elle est loin, la terre
Qu’elle est loin, la terre

 

 

L’EPOQUE 2019/25: « PRENDRE JOUR ».


 

L’EPOQUE 2019/25: « PRENDRE JOUR »

Voici  PRENDRE JOUR  le vingt-cinquième de cette nouvelle Epoque 2019 avec Barbara Auzou.

C’est un travail à quatre mains , merci d’en tenir compte dans vos commentaires.

P1050857 (1)

Prendre Jour / Niala 2019

Acrylique sur toile.

46×38

 

 

À genoux sans nul apprêt

 face à la fragilité de tout

 face à la part d’insaisissable

 et au grondement lourd

 des choses dans le temps,

 sans nulle feinte

nous aurons laissé

inviolé le sanctuaire des craintes.

 Tu disais : que vaut la vie

 sinon l’étreinte du corps choisi

 et sa plainte sans âge

dans la bouche du savoir?

Le coeur pourtant élevé trop haut

 un soir a failli

battu au lavoir

 d’un printemps sévère

 pour revenir à la nage

 et dans l’haleine marine

 d’une fleur testamentaire

 allant vers toujours plus d’eau

allant vers toujours plus d’amour.

 Au bec de l’oiseau picorant l’ultime autel

 du roseau hospitalier,

ce seul message laissé au ciel:

 

 Prendre Jour.

 

 

 Barbara Auzou