L’ALLÉGRESSE


René Char

 

L’ALLÉGRESSE

 

Les nuages sont dans les rivières, les torrents parcourent le ciel.
Sans saisie les journées montent en graine, meurent en herbe.
Le temps de la famine et celui de la moisson, l’un sous l’autre dans l’air haillonneux, ont effacé leur différence.
Ils filent ensemble, ils bivaquent!
Comment la peur serait-elle distincte de l’espoir, passant raviné? 11 n’y a plus de seuil aux maisons, de fumée aux clairières.
Est tombé au gouffre le désir de chaleur — et ce peu d’obscurité dans notre dos où s’inquiétait la primevère dès qu’épiait l’avenir.

Pont sur la route des invasions, mentant au vainqueur, exorable au défait.
Saurons-nous, sous le pied de la mort, si le cœur, ce gerbeur, ne doit pas précéder mais suivre?

René Char

SOUS L’ARBRE


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SOUS L’ARBRE

Les neiges d’antan devenues roulantes mis à part un bonhomme  sur la chaussée on est plus bloqué dans ce coin. Tant de soleil se faufile à tatin que les paumes s’en renversent en entrant dans le coeur du jardin. Un silence corps à corps au milieu du soir tombé au bas de la vallée laisse la place au dénivelé de la pensée écrite à la craie. Le chien a caché la balle. Avec autant d’oiseaux et une cigogne l’air ne se retient plus de chanter. Je suis à la butée des  étoiles à portée. Le livre ouvert se tient assis sur la chaise métallique. De mon crayon j’y inscris mon nom.

Sous l’arbre
un bruit de voiture glisse
Les marguerites n’ont pas baissé la tête

De leurs lèvres jointes ils arrosent les tomates à la langue de chez-nous. Le vent, le regard en dessous remonte à la peau. Le vert plein déborde d’amour

Niala-Loisobleu – 27/05/19

ENTRE TIEN EMOI 92


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ENTRE TIEN EMOI 92

 

J’ai vu ses yeux

Un bel étang de femme-saule perdue dans un espace étrange
Le songe lointain des contrées et ses lèvres d’oiseau mouillées
Si bien que du bout de mes doigts j’aurais voulu les essuyer

Comme au matin, une fontaine, son sourire d’enfant comblé
Plus clair que l’infante Isabelle et plus vif qu’un jet d’hirondelles
Que l’oriflamme du matin et le miroir d’une sirène
Le page blond du printemps et l’alauda des mutinés

Est-il permis d’être aussi blonde à en rendre jaloux les blés
De Beauce et de Brie rassemblés au bord du chemin de sa course ?
Et je les entends murmurer que Dieu les a abandonnés
Et moi, Dieu je lui en sais gré pour la beauté qu’il m’a donnée

Vivace comme un fil de anche si le vent lui a ordonné
Ou si le vent l’a ordonné à la tendresse abandonnée
Comme un bouquet d’herbes de rives, humide et tiède sans parler
Humide qui me rend humide, les yeux entre rire et pleurer

Et sa joie à pleines dents blanches c’est Chartres au matin ressuscitée
Naïve et farouche Gavroche, ma farouche avec le menton
Ma naïve avec ses fredaines, ma fleur de neige et d’eau
Mon clown-enfant, ma barbouillée, ma korrigane libérée
Ma blonde enfant, ma tant aimée

Je vais apprendre à me taire, je vais apprendre à écouter
Passer le vent entre ses lèvres et je vais devenir léger
Je vais devenir léger
Et puis de laiteuses tendresses, je vais apprendre à calmer ces craintes d’enfant effrayé
Qui a peur du noir et appelle. Et je vais devenir berger

Jacques Bertin

 

 

Les mêmes ? Oui et non, qu’importe qui a voté, Marine on la doit à Macron dans la disparition d’une gauche droite et vice-versa…

Je te regarde

ton ventre que je fais rond

pourquoi Gavroche n’est-il plus sur la barricade

Louis, 24 ans,

m’a-dit j’ai pas été voté parce que je voulais pas que Macron passe…

A-t-on entendu de raisonnement plus affligeant ?

Revoilà Gribouille…

Tu sais Ma, oui tu sais combien l’Education Nationale s’efforce de sortir l’individu de la clarté élémentaire….

Niala-Loisobleu – 27/05/19

 

 

CE MATIN


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CE MATIN

Silence de nuit complète à cinq heures
Janacek en quatuor à son dernier amour
Debussy pour
Chouchou fabrique un gollywooks
J’ai le tome de
Martin sur les genoux

De quoi hier ce lendemain était-il fait
Dont ils ne savaient rien nous le savons
Eux qui furent égaux dans cette nescience
Nous fiers comme des rieuses de veillée
Qui savons cela
Tout cela de plus
A la fin au moins cela qui n’est rien d’autre

Le gros caillou remonte
Dans la nuit tombe et en tombant retombe
Ils en sont à la fin d’aujourd’hui
Nous bien sûr au début de ce jour
Et eux là-bas hier encore à
L.A là
La faucheuse qui n’existe pas plus qu’un dieu
Les fauche eux et euses

Ce qui échappe avec le mot qui échappe ce n’est pas seulement un autre mot mais ce que les mots de la phrase comme des doigts tressent en laissant fuir

Une houle rostrale d’espace pousse

Le spacieux mascaret du vide

Rien qu’inventive expansion de nébuleuses en proue

Mais où donc est passé le temps ?

Des monades

sur la terre comme au ciel

implosent en trous noirs

Le centre est le sommet

Ce point le plus exposé au soleil

Il y a une écaille de la terre partout

À chaque seconde qui est plus proche

Du soleil que toutes les autres

Il y tombe à pic — pour un œil

À ce moment qui passe au zénith et que

Le reflet d’un éclair aveugle

Comme à l’orchestre tour à tour

Un spectateur s’allume

Au réverbère en diamant de la star

Qui lui tape maintenant dans l’œil

Pénélope c’était donc ça

La tapisserie d’un jour

Dont la nuit aura feint l’amnésie

Mailles de biens, d’échappée, de renonces

Faux filées de lecture et ratio de lumière

Elle lègue aux familles régnantes

La joie de ses derniers moments

De chacun on pourra dire

Il avait essayé plusieurs fois de se tuer

Veille à te regarder

pour te faire disparaître

La flèche touche une chose dans la nuit

Qui en devient sa cible
Un sens nous sommes

avides de signes

J’ai tout à me reprocher

dit le poème mot-dit

Car vous n’êtes pas irraprochables

— par l’anneau d’un comme visible ou non —

amis ennemis phases et phrases.

D n’y a jamais que groupes de ressemblances

faisceaux de semblants pour la pensée

qui s’approche du comme-un des mortels

cette anthropomorphose qui pourrait échouer

 

Michel Deguy

 

Ce matin , Ma , plus qu’hier je voterai pour toit

Niala-Loisobleu – 27/05/19