Qu’est-ce qui passe ici si tard ? Jacques Bertin


Qu’est-ce qui passe ici si tard ?

Se demande la femme à genoux dans son âge
Est-ce que je vais me laisser glisser au sol
Les mains dans mon ventre serrées vers la cinquantaine ?
Est-ce que j’irai à nouveau seule
Dimanche dans ce restaurant de la gare ?
Qu’est-ce qui fait que les jours s’alignent comme des maisons
Bordées du petit jardin propre des pudeurs
Où l’on n’entre jamais ? Est-ce que personne ne voit
Tard le soir la fenêtre éclairée où je veille ?
Qu’est-ce qui passe ici si tard ?

Qu’est-ce qui passe ici si tard ?
Dans le silence impitoyable de cette chambre
Qui est comme un sanglot jamais crevé
Elle se regarde dans la glace et ne sait plus si elle est belle
Car la beauté réside dans la confiance que tu portes
À tes seins, à tes cuisses, à ton ventre et à cette
Lumière acide de ta bouche
À la vie qui, sur ta peau pourtant morte, pose
Des caresses car l’âge n’existe pas

 

Jacques Bertin

 

 

 

 

 

 

ENTREMETS


Je m’approche d’un autre parfum où resterait plus de naturel que d’adjuvants

À la courbe des herbes folles traîne un passage de garenne

une touffe de poils prise en collet dans la marque de territoire animal fait de son mieux pour échapper au simulacre de sauvegarde de la nature

Ce qui garde une vue d’ensemble résiste dans l’intimité du regard

Les rapprochements aléatoires ont du mal

L’intelligence artificielle se développe dans sa monstruosité.

Niala-Loisobleu – 26/04/19

ENTRE TIEN EMOI 77


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ENTRE TIEN EMOI 77

 

Il va falloir quitter La Cayenne et reprendre le tour, la route tend sa palette tartinée de couleurs à mettre. La Mère a chauffé la canne de son sourire.

Les premiers kilomètres tiennent les heures

l’horloge parle au fur et mesure que les fenêtres s’ouvrent

les sirènes appellent au départ dans une odeur de café noir

La traversée s’avance, la tête penchée sur l’épaule de la jetée où le phare coupe le petit-jour de son signal

LA GLACE D’ENCRE

 

Les étoiles qui sortent du foyer sont plus rouges. La tête s’incline assez près du tuyau qui a l’air d’être son cou et ceux qui sont derrière regardent dans la glace.
L’air tiède à la veillée souffle dans la chambre et s’en va.

Les paysans n’y sont pas, les bêtes non plus. Mais il reste le tableau et la prairie qui rappelle l’été quand la nuit ne voulait jamais descendre parce qu’on n’allumait pas de
feu. La nuit n’est-ce pas l’hiver lui-même qui flotte sur les cheminées

 

Pierre Reverdy

Gare de l’Est la locomotive attendait son premier wagon, Le convoi est devenu si long qu’il arrive presque à relier le départ à l’arrivée

Nous prendrons le bac pour l’île laissant le pont aux touristes

Bonjour Ma,

les pages vont se couvrir de chaleur humaine.

 

Niala-Loisobleu – 26/04/19

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