ÊROS SUSPENDU


René Char

 

ÊROS SUSPENDU

 

La nuit avait couvert la moitié de son parcours.
L’amas des cieux allait à cette seconde tenir en entier dans mon regard.
Je te vis, la première et la seule, divine femelle dans les sphères bouleversées.
Je déchirai ta robe d’infini, te ramenai nue sur mon sol.
L’humus mobile de la terre fut partout.

Nous volons, disent tes servantes, dans l’espace cruel, — au chant de ma trompette rouge.

René Char

 

Coupés à la racine les poils sont là sur la table, sortis du pouls, ils gisent inertes hors de la chair de pool. L’écaille étoile le vernis . Par l’anneau fêlé une amarre a filé. A travers les failles la ligne de fond tressaille en fouettant la masse liquide de ses hameçons, sursauts vivants. La nacre du coquillage où la perle s’incruste, nielle l’ouvrage sans démordre. Dans les fougères couchées le vélo s’est relève pour monter à cheval, l’éclusier tourne le manège  à la manivelle. Une façade ouverte en ogives assemble les tessons de couleur dans des griffes de plomb pour se saisir de la verticale solaire. Les épiciers continuent d’éplucher les prix pour faire la soupe.

La glace me renvoie une vieille image.

Niala-Loisobleu – 11/04/19

4 réflexions sur “ÊROS SUSPENDU

  1. Il est des êtres rares et tremblants dont la puissance du don atteint des sommets, qui n’acceptent pas la désertion , l’éclipse de vie qui leur laisse des croissants blancs sur l’ongle de l’âme alors même qu’ils mettaient en commun le décompte des étoiles et soignaient le rat pelé (!)
    de leur éternité…
    B.A

    Il s’alarme à l’idée que, le regard appris,
    Il ne reste des yeux que l’herbe du mensonge.
    Il est si méfiant que son auvent se gâte À n’attendre que lui seul.

    Nul n’empêche jamais la lumière exilée
    De trouver son élu dans l’inconnu surpris.
    Elle franchit d’un bond l’espace et le jaloux.
    Et c’est un astre entier de plus.

    René Char, Corail

    Aimé par 1 personne

Les commentaires sont fermés.