LÂCHE DE BRIDE


Copie de LE JARDINIER - 2010 - NIALA

LÂCHE DE BRIDE

L’eau tremblerait plus que ta main

A rincer l’écume du cheval parvenu aux semailles

La dernière maison fleurit derrière le volet tenant le jour

J’ai planté le premier mot de l’enfant que tu portes en même temps que tu l’écrivais

Le bateau de papier alors ponté d’encre s’est tissé des jambes

Niala-Loisobleu – 06/04/19

ENTRE TIEN EMOI 56


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ENTRE TIEN EMOI 56

 

Un transport le long du jardin de la Garenne de Villemomble est labouré en sillon dans la montée du plateau d’Avron. Un train en contrebas lime son va-et-vient jour et nuit. La nuit est souvent déchirée d’éclairs de d.c.a. Alertes aériennes en permanence qui attrapent les vitres à faire trembler dans l’assourdissement des bombes. Les alliés arrosent le triage de Noisy-le-Sec. Ma relation avec la guerre est devenue quotidienne. Le jour dans le sillon je vois depuis la passerelle passer des trains où sont enfermés des femmes, des enfants et des hommes, comme des bestiaux. Ils sont partis de Drancy vers les camps d’extermination en Allemagne. Je ne le saurais pas immédiatement. Nous on vient jouer avec des harpons qu’on a fabriqués pour attraper ce qui est consommable dans les wagons ouverts qui passent. Et en haut des champs, le plateau est creusé d’une champignonnière entourée de prairies où paissent des vaches.

 

ENTRE CENDRES ET COQUELICOTS

Notre époque sait-elle sur l’homme et la femme, sur le bien et le mal, plus de choses que le
Bouddha
Mahomet ou le
Christ ?

notre époque est-elle en progrès sur le passé ? avance-t-elle plutôt essoufflée très loin derrière les passions qui ont assuré les belles foulées
des maîtres d’autrefois ?

est-il plus périlleux de vivre à la fin du deuxième millénaire qu’au temps où les puissants pouvaient librement mettre en danger les jours des potes comme
Cicéron,
Socrate,

Giordano
Bruno,
Vanini,
Toussaint-Louverture,
Léon
Trotski ou
Gandhi ?

aujourd’hui aussi on risque de partir en déportation sans billet de retour, on peut être brûlé vif à domicile.
Pour un mot de trop sur le
Coran un expert en religion a le pouvoir de

t’arracher la langue et les yeux.
N’importe quel bricoleur du sacré au coin d’une rue peut te zigouiller au couteau, d’un coup de matraque ou d’une seule overdose.

Un ayatollah barbu, assis à la droite ou bien à la gauche du
Bon
Dieu, peut encore donner l’ordre qu’on aligne

un après-midi tes poèmes sur une plage et qu’on les mette en croix face à la mer comme les deux mille jeunes gens pris jadis au piège d’un généreux conquérant
!

René Depestre

 

 

Une maison blanche sort d’un petit-tableau comme un train qui emporte en faim de semaine chercher ses violettes. Du ciel brouillé tant de voeux viennent. Que le grincement d’une langue venimeuse tait ses crocs à laisser que le bruit de la flûte laisse sortir du panier. Un visage à la renverse penché sur le trouble cache sa clarté. Le mauvais cheval borgne le crime en don du ciel. Maître Corbeau s’est fait renard. J’écoute et j’entends le vrai train. Il est ferry good. Sur son papier écrit ce n’est pas la même histoire que l’encre dépose. C’est poésie, poésie, poésie. Force dans la veine d’une exception ,juvénile. De la valise non-ouverte je jette les dessous sales l’affaire. Ma, ta liberté retrouvée.

Niala-Loisobleu – 06/04/19

 

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ENTRE TIEN EMOI 55


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ENTRE TIEN EMOI 55

 

Il n’arrêtera qu’avec moi le manège des Tuileries. Entre tant avec l’obélisque et mes chevaux de Marly  Ils ont fait une tentative de grande roue qui a fini en bouillon de moules. Monet m’a mis un goût de jeu aux paumes avec une façon très personnelle de caresser les femmes avec mon âme. On se raconte comme on se rappelle la risée des copains. Mon concept du bonheur a été totalement gouverné par l’esthétisme. Tout ce qui me ravit ne peut qu’être beau. Cependant avant d’en avoir touché la réalité, que d’erreurs par lesquelles on doit passer. Il n’y a pas que fillette pour se gourer. La pureté oblige l’innocence au premier degré. Femme je crois que t’apprendre est à différencier de te prendre  que sous la ceinture. Heureusement que ma première fois fut une vraie réussite. Jamais ne m’en serais sorti autrement.

 

PAS ET LE SAUT

 

Parvenu à un certain âge, l’on s’aperçoit que les sentiments qui vous apparaissaient comme l’effet d’un affranchissement absolu, dépassant la naïve révolte : la
volonté de savoir jouer tous les rôles, et une préférence pour les rôles les plus communs parce qu’ils vous cachent mieux, rejoignent dangereusement ceux auxquels leur
veulerie ou leur bassesse amènent vers la trentaine tous les bourgeois.

C’est alors de nouveau la révolte la plus naïve qui est méritoire.

Mais est-ce que de l’état d’esprit où l’on se tient en décidant de n’envisager plus les conséquences de ses actes, l’on ne risque pas de glisser insensiblement bientôt
à celui où l’on ne tient compte d’aucun futur, même immédiat, où l’on ne tente plus rien, où l’on se laisse aller? Et si encore c’était soi qu’on laissait
aller, mais ce sont les autres, les nourrices, la sagesse des nations, toute cette majorité à l’intérieur de vous qui vous fait ressembler aux autres, qui étouffe la voix du
plus précieux.

Et pourtant, je le sais, tout peut tourner immédiatement au pire, c’est la mort à très bref délai si je décide un nouveau décollement, une vie libre, sans tenir
compte d’aucune conséquence. Par malchance, par goût du pire, — et tout ce qui se déchaîne à chaque instant dans la rue… Dieu sait ce que je vais désirer!
Quelle imagination va me saisir, quelle force m’entraî-ner!

Mais enfin, si se mettre ainsi à la disposition de son esprit, à la merci de ses impulsions morales, si rester capable de tout est assurément le plus difficile, demande le plus
de courage, — peut-être n’est-ce pas une raison suffisante pour en faire le devoir.

A bas le mérite intellectuel! Voilà encore un cri de révolte acceptable.

Je ne voudrais pas en rester là, — et je préconiserai plutôt l’abrutissement dans un abus de technique, n’importe laquelle; bien entendu de préférence celle du
langage, ou rhétorique.

Quoi d’étonnant en effet à ce que ceux qui bafouillent, qui chantent ou qui parlent reprochent à la langue de ne rien savoir faire de propre? Ayons garde de nous en étonner.
Il ne s’agit pas plus de parler que de chanter. « Qu’est-ce que la langue, lit-on dans Alcuin? C’est le fouet de l’air. » On peut être sûr qu’elle rendra un son si elle est
conçue comme une arme. Il s’agit d’en faire l’instrument d’une volonté sans compromission, — sans hésitation ni murmure. Traitée d’une certaine manière la parole
est assurément une façon de sévir.

Francis Ponge

Les quais furent ceux d’une gare mixte. Orsay: ferroviaires, la Seine: fluviaux. Sur les premiers j’ai eu la grande patinoire d’un vélodrome à tricycle et sur les seconds l’embarcadère pour le tour du monde. Reflets brillants à chaque station d’artistes pluridisciplinaires. Un monde de compte de mille et une nuits, l’Art à pleines mains.

Ouverture repoussant les limites du possible à te trouver, Ma.

Niala-Loisobleu – 06/04/19