JACQUES BERTIN – DOMAINE DE JOIE


JACQUES BERTIN – DOMAINE DE JOIE

Je marche…
Je respire…
Je me tais.

J’écoute les feuilles des arbres dans ma tête,
Parfois on ne fait qu’un avec sa vie, on s’assied
Parmi les choses de la terre comme dans le fond d’une journée
Tiennent quelque part, loin, derrière les collines assommées de l’été,
On est soi-même la pomme et le blé, l’odeur du foin coupe
On est dans une ride du sourire de la Terre
On est sur le palier de l’éternité, on va frapper.

Ceci est votre domaine de joie
Ceci est votre domaine ou chante l’oiseau

Ceux qui sont morts pour rien, pour la justice ou pour rien
Les pierres sont lisses sur leur tombe, elles servent a marquer les prés,
A marquer le grand pré du monde a ces quatre points cardinaux
Et vous voila, écartelé, ouvrant les bras, une chanson plantée dans les épaules

Entendez vous ce que j’entends dans les feuilles d’herbes, dans le vent immense
Entendez vous ce que j’entends,
Cette parole impitoyable qui mène mes oreilles et qui dit :

Ceci est votre domaine de joie
Ceci est votre domaine ou chante l’oiseau
Mon amour, a cause de mon gouffre,
Mon frère a cause de ma peur
Camarade a cause de notre commune solitude
Ceci est votre domaine de joie

Réveillez vous,
Il y a des terres en friches,
Votre visage a irriguer,
C’est aujourd’hui que tout commence, il faut apprendre a aimer,
Reveillez vous,
Du silence effrayant, l’amour est ne.
Il faut descendre dans la rue,
Il faut chanter,
La révolte a vaincu le silence
L’amour est ne
Ecoute les feuilles des arbres dans ta tête
Ceci est ton domaine de joie
Tu ne fais qu’un avec ta vie, tu t’assieds
Et dans une ride du sourire de la Terre
Tu les a même … l’éternité.
Je marche…
Je respire…
Je me tais.

J’écoute les feuilles des arbres dans ma tête,
Parfois on ne fait qu’un avec sa vie, on s’assied
Parmi les choses de la terre comme dans le fond d’une journée
Tiennent quelque part, loin, derrière les collines assommées de l’été,
On est soi même la pomme et le blé, l’odeur du foin coupe
On est dans une ride du sourire de la Terre
On est sur le palier de l’éternité, on va frapper.

Ceci est votre domaine de joie
Ceci est votre domaine ou chante l’oiseau

Ceux qui sont morts pour rien, pour la justice ou pour rien
Les pierres sont lisses sur leur tombe, elles servent a marquer les prés,
A marquer le grand pré du monde a ces quatre points cardinaux
Et vous voila, écartelé, ouvrant les bras, une chanson plantée dans les épaules

Entendez vous ce que j’entends dans les feuilles d’herbes, dans le vent immense
Entendez vous ce que j’entends,
Cette parole impitoyable qui mène mes oreilles et qui dit :

Ceci est votre domaine de joie
Ceci est votre domaine ou chante l’oiseau
Mon amour, a cause de mon gouffre,
Mon frère a cause de ma peur
Camarade a cause de notre commune solitude
Ceci est votre domaine de joie

Réveillez vous,
Il y a des terres en friches,
Votre visage a irriguer,
C’est aujourd’hui que tout commence, il faut apprendre a aimer,
Réveillez vous,
Du silence effrayant, l’amour est ne.
Il faut descendre dans la rue,
Il faut chanter,
La révolte a vaincu le silence
L’amour est ne
Ecoute les feuilles des arbres dans ta tete
Ceci est ton domaine de joie
Tu ne fais qu’un avec ta vie, tu t’assieds
Et dans une ride du sourire de la Terre
Tu les a même … l’éternité.
Je marche…
Je respire…
Je me tais.

J’écoute les feuilles des arbres dans ma tête,
Parfois on ne fait qu’un avec sa vie, on s’assied
Parmi les choses de la terre comme dans le fond d’une journée
Tiennent quelque part, loin, derrière les collines assommées de l’été,
On est soi même la pomme et le blé l’odeur du foin coupé
On est dans une ride du sourire de la Terre
On est sur le palier de l’éternité, on va frapper.

Ceci est votre domaine de joie
Ceci est votre domaine ou chante l’oiseau

Ceux qui sont morts pour rien, pour la justice ou pour rien
Les pierres sont lisses sur leur tombe, elles servent a marquer les prés,
A marquer le grand pré du monde a ces quatre points cardinaux
Et vous voila, écartelé, ouvrant les bras, une chanson plantée dans les épaules

Entendez vous ce que j’entends dans les feuilles d’herbes, dans le vent immense
Entendez vous ce que j’entends,
Cette parole impitoyable qui mène mes oreilles et qui dit :

Ceci est votre domaine de joie
Ceci est votre domaine ou chante l’oiseau
Mon amour, a cause de mon gouffre,
Mon frère a cause de ma peur
Camarade a cause de notre commune solitude
Ceci est votre domaine de joie

Réveillez vous,
Il y a des terres en friches,
Votre visage a irriguer,
C’est aujourd’hui que tout commence, il faut apprendre a aimer,
Réveillez vous,
Du silence effrayant, l’amour est né.
Il faut descendre dans la rue,
Il faut chanter,
La révolte a vaincu le silence
L’amour est né
Ecoute les feuilles des arbres dans ta tête
Ceci est ton domaine de joie
Tu ne fais qu’un avec ta vie, tu t’assieds
Et dans une ride du sourire de la Terre
Tu les a même … l’éternité.

Jacques Bertin

2 réflexions sur “JACQUES BERTIN – DOMAINE DE JOIE

    • PASSAGER DE LA TERRE

      Dans le quartier solitaire qu’on traverse en hâte des volets qui se ferment sur des rires d’enfants sur des voix très douces très proches

      La tête d’une femme dans le bocal des vitres aucun mouvement ne donne le sens de sa vie
      La dernière étoile tombe de la fenêtre comme une larme d’un œil clos
      Un enfant lance du papier au ciel crie dans le silence qui se fend

      Une fumée lace le ciel au toit

      le vent est si las

      qu’il se pose sur la main

      un baiser tombe de très haut

      décroche des feuilles dans les arbres

      une lampe s’éteint sans cri

      au tournant de la nuit

      Les paysages circulaires le ciel sans accrocs

      dans les casernes la voix la plus calme sans écho

      La terre n’a pas le vertige dans l’espace sans rampe

      le regard s’épuise à ne rien voir

      par-dessus les toits de l’horizon

      L’homme ouvre des yeux qui veulent voir la mer

      quelques cloches de soleil dans ses poches

      quelques aubes dans son cœur

      qui partent sans lever de jour

      L’homme se referme entrebâillé de souvenirs

      des aigreurs montent de la mémoire

      croulent dans les aurores fardées

      J’entends le battement des siècles

      sourdre du fond de ma naissance

      Où demeurent les nuits sucrées du printemps

      les gens sur leur lit ont des lèvres de cendre

      L’horizon se hausse jusqu’à en perdre le souffle

      ne reconnaît qu’un autre horizon

      l’espace son grand œil clignotant de jours et de nuits

      Les vies s’en vont comme les nuages du mauvais temps

      scellées par le mensonge ou le silence

      alourdies de fantômes sans chaleur

      Les cœurs limités comme des étangs

      L’éternité est-elle si lourde entre les étoiles

      La pensée a beau faire tache d’huile entre ses berges jaunies de soleil inutile
      Les étoiles apeurées les baisers légers comme des bulles de savon

      la terre balayée de grands coups d’ombre la main de soleil qui dure sur le couchant comme vous mentez dans mon sommeil déconcerté

      Ta porte est ouverte entre les murs du soir

      ta trappe cède sous mes pas éternels

      au vent sans effort souffle ta main légère

      suicide facile comme le regard de l’eau

      Tout le ciel descend voir la rose de mon sang

      qui monte de l’aisselle du cœur

      Un peu d’écume bombe les arbres

      qui entourent ma mort de leur amitié

      N’appelle point ceux que tu aimes des hommes

      ils haussent l’épaule comme un toit qui croule

      ton plaisir creuse le mât des artères

      de tes yeux lèvent déjà des feuilles de buée

      Regarde penser le dernier matin de ta vie

      écoute parler le dernier jour de la terre

      happe au passage la dernière tige de vent

      sur ton corps sans regard se hache la lumière

      sous ton corps sans émoi la terre monte à coups d’épaule

      Seul tu poursuis dans l’espace sans gare

      les traînes de ton passé muet

      pas un mort ne te voit pas un mort ne te cherche

      les univers sont seuls comme une main coupée

      L’éternité t’affole se gonfle autour de ta fuite

      mesure d’étoile en étoile ce qui la sépare de toi

      -Le soir prête sa voile au monde

      pour qu’il parcoure le sommeil sans écueils

      Les paroles sont plus seules

      quelques -unes font pousser une larme

      au creux d’une ride

      d’autres plus secrètes plus proches de leur centre de gravité

      ne font que deux ou trois cercles autour d’elles

      L’oreille très fine de la nuit

      n’entend que la flottaison des étoiles

      que le bruit d’étoffe des baisers sur les cuisses cossues

      sur la voilure des seins

      sur le coquillage incrusté dans le golfe des ventres

      et toi si près de moi que l’air s’absente entre nous

      tu fais sourire le battement de tes paupières

      et je me rends

      aux plantes de tendresse qui lèvent de ton corps

      immenses et douces comme des vallées

      La lumière contourne le cahotement des pierres

      sous des forêts de lune une veillée de cerfs

      La vitre du couchant s’abaisse et meurt

      en un murmure d’étoiles

      Des cœurs battent plus fort

      et dérangent leurs taupinières

      Les mains se dissolvent en caresses sinueuses

      Les ongles sont des miroirs à l’ombre des ventres

      la chemise trop claire un buvard sur la tache des seins

      Des têtes coupées par la nuit

      se hissent derrière des yeux de toutes les grandeurs

      un soupir se balance dans une gorge

      Un bras levé signale la présence

      de quelque drame ignoré des toits

      C’est l’agonie de quelqu’un qui prépare son cœur

      pour une amante qu’il n’a pas encore vue

      Un visage défait regarde dans chaque maison

      scrutant dans l’invisible les formes du mal

      L’hélice du suicide tourne

      silencieuse en haut de l’escalier

      Des jambes lourdes passent des ponts fragiles

      où l’eau s’arrête de courir pour mieux entendre

      l’envahissement des saules par les nœuds coulants du soir

      Le jour la lame ouverte sur la ville

      les femmes comètes avec une queue de parfums

      des jambes tissées de bas

      plus familiers à la caresse des doigts que la peau

      les femmes suiveuses d’un fantôme

      qui marche devant elles à deux mètres du sol

      les femmes instables comme les hauts trèfles des champs

      les vitrines fixent de leurs grands regards

      les passants qui s’attardent les nuques beurrées

      Parfois des pierres de la rue se haussent

      pour mieux voir les dessous des femmes

      Les belles dactylos cinglent les trottoirs

      de leurs jambes hautes et drues comme la betterave blanche

      Les putains montent la garde

      dans leur toile d’araignée

      Dans les gares les balles du vent sifflent

      des trains nostalgiques s’arrêtent à regret

      un panache de rumeur sur la tête

      et toute la campagne restée dans leurs vitres

      Le soleil est plié sur les toits

      certains murs ne connaissent du jour

      que les reflets que leur renvoient les carreaux incendiés

      bous l’été il y a des villages qui sont comme des étangs

      leurs ailes touchent la terre comme celles des oiseaux morts

      les sirènes se plaignent dans les artères profondes

      les herbes ont des têtes pesantes

      privées des caresses d’abeille

      Les yeux se ferment écluses de lumière

      le soleil l’épaule contre les portes

      personne n’ouvrira

      le soleil met dans la serrure une clef qui tombe

      Après-midi posées sur la poussière des routes comme un camion qui n’avance pas aucune fleur n’écoute vos aveux discrets les insectes ont fini leur grand bal les feuilles ne
      sont plus sensibles
      Sauve qui peut

      L’œil d’un pont dans un quartier mort regarde de plus loin que le monde

      ViENDRA-T-Elle la porteuse de seins tranquilles

      refroidir les mains où s’abrite mon front

      Je compose mon cadavre à partir de l’os des tempes

      Tiges coupées de l’œil clair de l’ongle

      tiges calmes et crémeuses

      venues de seins plus calmes d’épaules plus crémeuses

      refaites vos routes sur mon corps

      J’oublie que tu n’es rien qu’une feuille

      qu’une position terrestre émerveillée de ma présence

      ton regard se colle à mon volet d’os

      et ton doigt compte le bruit de pluie du cœur

      Ta vie menacée comme la mienne

      par un vent contraire par une nuit sans bouée

      par une décision prise à mon insu

      dans le coquillage de la mort

      qui dort dans l’oreiller

      Paupières tapissées de cauchemars

      me percerez-vous demain d’un jour pauvre

      Toi pars vite tu ne me rejoindras déjà plus

      je vois ta robe prise dans l’étau du vent qui t’amenait

      tu seras toujours séparée de moi par des plaines de retard

      tu ne coïncideras point avec ma minute éternelle

      Les chemins tremblant de la senteur des trèfles s’en vont dans le soleil l’un vers l’autre échanger leurs passagers d’argile
      Pas une grange ouverte

      pour l’haleine d’un courant d’air

      Près des buissons où les insectes font l’école

      des paysans muets mangent leur soupe trop salée

      d’autres dorment une demi-heure

      la tête unie au levain chaud du sol

      Les céréales dansent sur les sillons vermoulus

      le serpent des moissons n’a plus de refuge

      des voitures hautes comme des toits passent

      sur des chemins connus seulement des blés

      La forêt sur sa tête de terre

      souveraine comme un corps sans paroles

      bleue de fraîcheur de bière souterraine

      Les tentes d’ombre dressées sous les arbres

      n’abritent plus que des mouches de sueur

      toute la clarté cassée dans les branches

      Colline comme un cœur au-dessus des sources

      qui se coupent l’aorte avec des cailloux

      vene au village sur vos béquilles de soleil

      la fenêtre n’a pas remué son aile entr’ouverte

      il y a un bourdon désorienté dans le rideau

      la lumière tête nue sommeille sur le lit défait

      un enfant se roule avec les poules dans la poussière

      les cheminées ne voient rien venir de l’étoile des sentiers

      c’est le soir qu’elles font leurs meilleures pipes

      qu’elles ont le temps de compter leurs bottes de fumée

      J’étais une blessure rouge dans les tresses du blé

      dont la mer arrête la déroute sonnante

      et vous aussi mes compagnons

      que le soir en service sur le pont saluait un à un

      Une cloche blottie au fond du village

      un passant sur la terre emporte son âme

      mal pliée sous le cœur sans doublure

      des vaches poussées vers l’oubli des étables

      du soleil saute sur leur dos

      perd pied sur le sol haut d’un songe plus sombre

      les nuages gagnent du retard dans le silence plus épais

      hésitent dans le carrefour étoile

      Le vent achève de vivre dans un arbre

      hoche sa dernière feuille

      Le col cassé des murs devient plus juste

      pour un cou d’ombre démesuré

      Une femme sous forme d’épaule nue

      gagne froid dans son miroir

      la buée de ses murmures de ses désirs insoumis

      est plus fondante sur la vitre calcinée

      Les oiseaux sont rentrés sous leurs ailes

      la nuit ravage les coteaux du cœur

      et le désastre sera plus cher aux pommettes du matin

      les étoiles frôlent la terre de leurs antennes

      des feuilles mortes vont et viennent aux cuisses des forêts

      des baisers se parlent à voix basse

      C’est le pas cadencé sur les dalles éternelles c’est le cri sans écho vers l’étoile de glace c’est le cri vissé dans les gorges écarlates la nuit

      ses chemins sans poussière ses arbres jusqu’au ciel ne blanchiront pas des touffes de femmes nues
      Terre brisée de vagues terre sans vol d’oiseaux le continent de ton cœur bat comme un filet d’eau tu tournes moins vite autour du piège de ton cœur pris lui-même dans
      la soie des étoiles

      L’éventail d’une femme s’ouvre sur un lit

      froissé par mille mains urgentes

      sa tête coupée de baisers tombe

      une hanche comme un sillon un soupir retenu par un fil

      des bouches se nouent roulent sur leurs bords

      avec le son que fait la nuit descendante

      la lumière épuisée fait des bulles de jour

      Les feuilles mortes veillent sous le vertige des arbres

      la prière ferme sa bouche

      des messages passent entre les doigts ouverts

      pour des continents inaccessibles

      des fleurs étrangement coiffées

      baignent dans le sirop des songes

      une fenêtre dans une chaumière

      respire par son entrebâillement

      claque des dents depuis tant d’hivers

      une araignée pense dans ses cordages

      reliés par des nœuds de rosée

      une femme peu vêtue se noie dans le soir

      se débat jusqu’à l’horizon

      un regard compte ses pleurs avant de les verser

      un sein se forme au contact de la main

      et ces bourrasques dans les chambres sans plafond

      et tous les cœurs perdus dans les bois

      et les bielles qui s’arrêtent dans les machines souterraines

      et les vieillards qui se reposent de leur vie

      contre les murs chauds de l’été

      et les flambées joyeuses de la mémoire

      trouant les cendres froides

      la flaque des yeux comme une autre flaque

      les ceps transis la dernière pomme la dernière feuille

      La mort attend derrière un mur sans fenêtres

      suspendue entre la main et le regard

      un rideau bouge sur une allée déserte

      c’est là qu’il faufile ses derniers gestes

      qu’il écoute une musique ouvrant les miroirs

      Le ciel surpris par un soir ironique

      est situé au bord du monde

      Les lampes chauves sur les fronts obliques

      sont des poissons de chambre

      Les glaces n’ont pas retenu ton cadavre allégé

      de tant de souvenirs de tant de plaintes mal amarrées

      Les arbres penchés sur l’eau

      comme une caresse inachevée

      Ta vie vécue jusqu’au dernier papier de peau

      pas une mémoire de femme ne se souvient d’elle

      comme la terre se souvient des étoiles de la nuit

      Un peu de buée sur la tête trop claire

      un peu de tendresse mal assemblée dans la main

      et je la tends cette main à l’arbre bourru

      au passant poursuivi par les routes usées jusqu’aux os

      Les litres de clarté jamais bus jamais vides de leur éclatement facile
      L’alerte dans les chaumes aux aguets très loin très haut entre des villages séparés par des siècles de silence

      Herbes osseuses tous vos arcs

      tendus pour les pantoufles du vent

      formes des jours que renverse un crépuscule complexe

      formes presque nues où quelques lueurs du sexe

      flottent a la mature du ciel

      vous toucherez bientôt les bras qu’on vous tend

      de ces horizons moins nets

      de ces bois moins frileux

      de ces plaines brusquées de soleil

      de ces ruisseaux braquant tous leurs miroirs

      sous les arches des herbes

      La lessive de l’eau s’ébat contre les pierres transparentes

      les sources sont plus coquettes à l’aisselle des collines

      le gonflement tiède de l’atmosphère

      où il passe une rumeur de fenêtres qui s’ouvrent

      Il n’y a plus d’ombre alitée sur la terre

      Il y aura des abois plus chauds dans les fermes

      des pierres poussées à l’improviste

      des nuits cuivrées d’étoiles moins cinglantes

      des couchers de soleil moins expéditifs

      il y aura des rayons de lune dans le songe des hiboux

      des clairières fruitées sur la tête des femmes

      La tête vitrée du ciel

      écoute mieux le cœur gagner à petits pas

      sa prairie compliquée

      L’ennui se mire aux ongles lisses

      La crainte d’être oubliées du sommeil

      rapproche les rives de ma présence

      Les péniches du cauchemar

      sont veillées par un oiseau de verre

      Les arbres lèvent leur main froide

      vers des hauteurs superposées

      La nuit risque des pieds blancs sur la ville

      les rivières font une cravate à la terre

      les forêts d’angoisse gonflent leurs feuilles

      avec la pompe du cœur

      L’amour n’est pas rentré ce soir

      à cause de l’écho tremblant des couloirs

      Derrière la colline le vent se pousse

      atteint la route tout en cheveux

      Le ciel à portée de la main

      La campagne est sombre comme la bouche d’un tunnel

      ne descends pas là où est morte la ville

      le calme a des bordures qui cèdent comme des trappes

      Au pas la petite peine de chacun

      sur les sommiers troués

      Les nuages éconduits de l’autre côté de la terre lourds comme des forêts enfermées par le vent

      accoudés sur les plaines passives

      Les pierres bâillent de toutes leurs dents

      Quelles douces mains s’accouvent sur nos fronts

      sous quels beaux miroirs

      se plaignent nos mémoires

      Sous les cheveux défaits de la pluie

      la détresse ignore la béatitude des horizons

      Un geste indifférent résume la démarche du passé

      nous sommes les cœurs battus des cœurs

      les cris d’usine que la nuit ne peut consoler

      Monde seul comme une bouteille bue

      Une feuille descend escalier par escalier

      au pli de la feuille un éclair nu

      r r j comme le plafond sur un mourant

      Personne ne répond à l’appel

      que tire la terre de sa porcelaine de villes

      Il n’y a pas de veilleur sur la plus haute montagne

      et le ruisseau a peur de l’araignée de saule

      et de la grimace des nuages

      Les étoiles sont attentives

      combien ont-elles pointé de leur coup de crayon

      de passants désespérés de leur tête longue et vide

      Étale ton corps souffreteux

      sur l’hôpital des murs blanchis

      lampe vieille fille

      tu ne parles pas de ta vie éternelle

      ta lueur serait peut-être l’étage de silence

      que m’ont promis les passeurs du songe

      Tu rentres dans tes fils au moindre geste de jour

      Les champs perdent pied sous la neige

      au-dessus des ruisseaux ébréchés par la glace

      Les arbres jettent en vain leur bras d’alarme

      L’eau essuie ses carreaux noirs

      près des fontaines près des maisons

      et mène ses branches voir la mer

      d’un pas léger qui marque des vallons

      Les cheminées ont le cou nu

      dans la lune trop large

      Les villages sous leurs plumes

      sont de grands oiseaux reposés

      avec comme mouvement juste de quoi faire battre

      la poitrine plate des fenêtres

      Le bec plus sombre du plus haut mur

      guette en vain le guêpier du soleil

      La côte s’élève comme le lait

      les pas dans la rue montent jusqu’au ciel

      les têtes passent à peine de l’entonnoir du col

      et vont vite vers le tunnel des portes

      penser aux flocons de chaleur et d’amour

      Le soleil ses plus beaux épis

      que des flaques boivent à la place de la nuit

      Un vent libéré retrouve

      les grandes voies ferrées de l’éternité

      Le désir à tue-tête se mesure

      aux pierres tranchantes des sens

      à la pâte qui lie les doigts hésitants

      Un nuage passe qui convoie le duvet chaud

      de songes sûrs de leur foi

      Dans le peuplier coulent de brusques barques

      des lanternes trouent la nuit de leurs grosses tètes

      Plus blanche est la morte sous les paupières

      cousues de sommeil

      plus nette est la cambrure de la terre

      à la clarté qui déborde dans la nuit

      ma tête est captive de la mémoire

      la jetée d’un éclat augmente un front furtif

      la cloche de colline pèse sur la terre

      s’élargit jusqu’aux routes

      Les oiseaux perdent haleine

      à suivre la trace du jour

      les étoiles s’éclairent de leurs lampes de poche

      et se serrent à l’approche de l’éternité

      Les villages somnolent sous leur couvercle de pierre

      rêvant tout haut dans la voix des batteuses

      le matin boit son bol de rosée

      à table avec les arbres autour des prés

      Les charrues jouent mal du violon

      sur les champs savonnés de brume

      et chaque feuille en tombant emprunte un peu de cette plainte

      les colonnes muettes de l’ombre

      supportent les nuages

      Automne ô belle fille bombée de larmes

      ô belle blonde qui verses tes seins nus

      dans la paume retournée du ciel

      ta bouche entrouverte brille

      de longues dents obliques

      tes bois sont des créneaux

      pour tirer sur l’hiver

      ta lumière est disjointe par le vertige

      et tes flaques ont de grands regards

      L’œil blanc des lampes

      repousse la nuit sur ses montagnes clignotantes

      rencontre l’ongle fragile d’un regard

      Entre les cuisses de la terre

      il y a un village qui tend ses bras de fumée

      Dans le ruisseau les cailloux font des cœurs

      que touche du doigt une étoile

      les herbes marchent par bandes

      à la suite des voitures de vent

      font des grands signes au-dessus de l’eau

      Chacune des villes du ciel s’allume

      comme celles plus folles de la terre

      à cause des femmes qui éclairent leur corps

      et des rapides blessés d’incendie

      Les manches trop longues des rues

      où les fenêtres vous suivent

      avec le haussement d’épaule de leurs battants

      C’est le même jour qui se lève de grand matin

      des labours tout frais de lessive

      La pente de vent s’approche

      essaie le ressort des arbres

      soulève l’écaillé de l’étang

      La joie de vivre se fait femme

      au bord des champs mal peignés

      où les hommes se lavent à grand soleil

      la tête nue jusqu’à la dernière tuile de ciel

      Le frisson qui compte les vertèbres

      n’a pas perdu sa tondeuse usée

      S’il y avait une raison de mourir

      au seuil de ces portes trop hautes de jour

      si la lumière se caressait de la main

      si l’on était sûr de ne pas être seul

      dans les terrains vagues de la mort

      Les parois tournantes du sommeil

      ont des globes fixes pour voir

      les algues qui montent vers la nuit

      de l’oreille tendue des buissons

      du coton sanglotant du cœur

      des seins étoiles

      Le plus haut toit les peupliers captifs passent dans les trouées de brume la terre se serre sous ses collines et rejette le sang des pluies

      dans les ruisseaux laiteux
      L’haleine des feuilles mortes à chaque visite de vent à chaque tremblement de la terre afflue du poumon sec des arbres

      Les chemins déboutonnés

      n’ont plus de détours secrets

      pour aller d’un village à l’autre

      à l’insu des grand’routes

      La nuit doublée de la nuit des nuages

      connaît parfois la faveur brève

      d’un œil curieux d’étoile

      ou d’un réveil étonné d’oiseau

      Pierre par pierre chaume par chaume

      le soleil a replié les champs

      assis en rond autour des bois

      La morte en papier

      gouverne de son ombre centrale

      des formes qui se comparent à celles du silence

      et ses veines épurées

      des doigts moites du sang

      n’ont plus de tempes bleues

      Le jour pensif de tous ses feuillages coule les barques désertes des mains de la morte dont le regard se divise comme une chaleur nouvelle

      et fuit entre les murs des mémoires hautes les regards vivants

      éclairent leur cône des mêmes yeux suspendus et pèsent sur la terre de tout leur poids.

      Lucien Becker

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