ENTRE TIEN EMOI 37


cropped-a5ac5ac76d480f42d4dd0e744a5bf8c81

ENTRE TIEN EMOI 37

Prendre un chemin qui sort des accès barrés. Les travaux routiers dorment le week-end, ça aide à rechercher par où passer. J’ai choisi le calme de la Charente pour y voir clair et me rendre paisiblement au meilleur parti prendre en fonction de la situation d’ensemble. Ne m’étant pas levé de toi, besoin de rien faire qui m’en sortirai. Resserrer l’intime au magnétisme du derme, fermer la radio des autres, ta musique est d’aisselle ma préférée. Avant de voir quand la senteur émet, une force se déploie d’elle-même dans tout le corps. Le chevalet parle, dressé comme l’échelle menant à notre grenier, lit de paille et couverture de cartons pleins d’ébats. Je commence à dire.

La vierge à la tortue d’ivoire

 

Sur la table à vos pieds, cette tortue d’ivoire

Qui chemine immobile, lève une tête lourde, et tente

D’observer, de sous sa carapace dure et blanche et suave

À la main qui caresse, le jour dehors qui glisse de côté,

L’allongement des ombres par la fenêtre grise, les pages

Couvertes de ratures.
Le temps s’enfuit; la vie s’écoule

Et la mort passe ayant déjà choisi les siens.
Quel nom

Lorsque l’aurore éclaire
Londres, nos lèvres dans le psaume

Ont trois fois murmuré?
Car il nous fait concevoir la montagne,

Sous la neige et dit notre pitié. Ô vous,

Aux douces mains, plus douces que l’ivoire,

Ayez pitié de la tortue aux pattes lourdes sur la table

Où la page s’ajoute à l’autre page, aridement;

Dans les immensités de l’ombre, ayez pitié de celui qui vous

chante
Une hymne maladroite avec de pauvres mots :
Sans doute le langage est blessé, les images
Sont pauvres, mais comme la tortue, plus chétif et plus lent,
N’ayant pas même de l’ivoire la douceur,
Il lève ses mains vides, ses yeux insatisfaits,
N’osant pas même regarder le grand papier désert. Ô jeune fille au blond matin que salue l’Ange,
Sans une grâce que vos mains nous ont value,
Que pourrait-il écrire celui qui peine, sur la page?

Philippe Delaveau

 

Je te veux humide buvard oublié. Il me semble que ce qui est objet conduit  à te garder de toutes les manières. Mais tout de toi est bien vivant. A la fois prétexte à me rendre, comme à demeurer, alibi à donner ou pas d’excuses à trouver. Ce ne n’est que diversité en continu. Pas de peine à t’écrire que je t’aime.

 

Niala-Loisobleu – 23/03/19

4 réflexions sur “ENTRE TIEN EMOI 37

  1. Mon,
    il y a des silences qui nous persuadent que la distance se creuse encore tant les serrures font le gros œil parfois et les clés multiples se font capricieuses à nous rendre chèvres…Heureusement que le sang nous ordonne le regard clair sur les saisons malmenées…Notre extrême sensibilité nous laisse des halos bleus dans le regard à rendre parfois toutes les syllabes muettes et le pouls porte à la poitrine en cor de chasse…Je décrète ce jour encore que Grindel ne peut rester loin…

    La mort l’amour la vie

    J’ai cru pouvoir briser la profondeur l’immensité
    Par mon chagrin tout nu sans contact sans écho
    Je me suis étendu dans ma prison aux portes vierges
    Comme un mort raisonnable qui a su mourir
    Un mort non couronné sinon de son néant
    Je me suis étendu sur les vagues absurdes
    Du poison absorbé par amour de la cendre
    La solitude m’a semblé plus vive que le sang
    Je voulais désunir la vie
    Je voulais partager la mort avec la mort
    Rendre mon cœur au vide et le vide à la vie
    Tout effacer qu’il n’y ait rien ni vitre ni buée
    Ni rien devant ni rien derrière rien entier
    J’avais éliminé le glaçon des mains jointes
    J’avais éliminé l’hivernale ossature
    Du vœu de vivre qui s’annule.

    Tu es venue le feu s’est alors ranimé
    L’ombre a cédé le froid d’en bas s’est étoile
    Et la terre s’est recouverte
    De ta chair claire et je me suis senti léger
    Tu es venue la solitude était vaincue
    J’avais un guide sur la terre je savais
    Me diriger je me savais démesuré
    J’avançais je gagnais de l’espace et du temps
    J’allais vers toi j’allais sans fin vers la lumière
    Là vie avait un corps l’espoir tendait sa voile
    Le sommeil ruisselait de rêves et la nuit
    Promettait à l’aurore des regards confiants
    Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard
    Ta bouche était mouillée des premières rosées
    Le repos ébloui remplaçait la fatigue
    Et j’adorais l’amour comme à mes premiers jours.

    Les champs sont labourés les usines rayonnent
    Et le blé fait son nid dans une boule énorme
    La moisson la vendange ont des témoins sans nombre
    Rien n’est simple ni singulier
    La mer est dans les yeux du ciel ou de la nuit
    La forêt donne aux arbres la sécurité
    Et les murs des maisons ont une peau commune
    Et les routes toujours se croisent.
    Les hommes sont faits pour s’entendre
    Pour se comprendre pour s’aimer
    Ont des enfants qui deviendront pères des hommes
    Ont des enfants sans feu ni lieu
    Qui réinventeront les hommes
    Et la nature et leur patrie
    Celle de tous les hommes
    Celle de tous les temps.

    Quand je suis revenue, il m’a semblé que tout était humide autour de moi. Étrange, me dis-je, il fait beau et sec…
    Je n’ai pas été surprise plus que ça quand un des bras de la scie m’a salué me disant qu’il allait se jeter dans la Charente…L’amour n’est pas état, il est acte.Je t’aime.

    Aimé par 1 personne

Les commentaires sont fermés.