AUJOURD’HUI APRES L’ACCIDENT


210452

AUJOURD’HUI APRES L’ACCIDENT

Par l’obscénité du cadre bouché d’un réseau d’adduction en panne, on est là au ventre sec d’un jour qui s’empêche de donner. Cela tien à un rien, le pied de lampe qui se tord, écroulant le soleil sur le trottoir. Ou bien dans l’ivresse d’un baiser qui agite en corps son mouchoir sur le quai qui s’éloigne on s’assied sur ses lunettes. Crac c’est le noir. A deux pas, en contrebas coule la Seine, rien n’a changé. j’entends le courant circuler sans le voir. Quelque chose tient sans besoin d’expliquer. Pas plus de quelques marches pour monter à ton bord, la barque est là, tu m’attends sans avoir bougé, ô mon amour. emporte-moi. Alors Je pousse l’accident. Plouf il est à l’eau, des curieux, il y en a toujours, accourent; il faut appeler du secours, crient-ils en brandissant leurs appareils photos. Circulez leur criai-je, circulez, laissez-nous au lit de notre après-midi. J’enlève la cravate du quotidien, elle est à fleurs plus bêtes qu’un bouton d’acné, jetez-moi ça,  Je sens ta peau fraîche, me voici presque arrivé. Je me frotte les yeux d’un peu d’eau de cette rivière qui coule de toi. Un endroit que j’appelle mes thermes quand des plans d’aqueduc viennent dessécher la toile.  En haut des marches sous la grande véranda de ses seins la porte du perron est ouverte, je suis à l’abri du vent qui déplace la musique en blacboulant le kiosque et en retournant les poubelles et les parapluies. Le soleil accroché au plafond au-dessus du grand lit me dit :

-Entre, n’aies pas peur auprès d’elle tu verras sans lunettes…

Niala-Loisobleu – 15/03/19

 

AUTOPSIE 


fbada99283423e7ff456824a63397bd9

AUTOPSIE

Les marches de bois ruent des talons

j’enferme les chambres à double tour dans leurs vieux cris

si le drap fenêtre je veux poser mes lunettes à côté de la lampe de chevet

le réveil du passé usé de pile comme on élimine de face l’ombre dans son gouffre

L’épitaphe marbre une douleur au ventre de son bistouri

Quel monde où le recul des pas aide à passer sous la porte basse en avant d’un principe refusé ?

Je me sens mécréant hérétique au pied de cette échelle.

Niala-Loisobleu – 15/03/19

HYMNE A LA BEAUTÉ


HYMNE A LA BEAUTÉ

 

AmourCharles Baudelaire

 

Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme,
Ô Beauté ! ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l’on peut pour cela te comparer au vin.

Tu contiens dans ton oeil le couchant et l’aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l’enfant courageux.

Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.

Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux l’Horreur n’est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.

L’éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L’amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l’air d’un moribond caressant son tombeau.

Que tu viennes du ciel ou de l’enfer, qu’importe,
Ô Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton oeil, ton souris, ton pied, m’ouvrent la porte
D’un Infini que j’aime et n’ai jamais connu ?

De Satan ou de Dieu, qu’importe ? Ange ou Sirène,
Qu’importe, si tu rends, – fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! –
L’univers moins hideux et les instants moins lourds ?

Extrait de:

Les fleurs du mal (1857)

Charles Baudelaire