Evadné


René Char

 

Evadné

 

L’été et notre vie étions d’un seul tenant

La campagne mangeait la couleur de ta jupe odorante

Avidité et contrainte s’étaient réconciliées

Le château de
Maubec s’enfonçait dans l’argile

Bientôt s’effondrerait le roulis de sa lyre

La violence des plantes nous faisait vaciller

Un corbeau rameur sombre déviant de l’escadre

Sur le muet silex de midi écartelé

Accompagnait notre entente aux mouvements tendres

La faucille partout devait se reposer

Notre rareté commençait un règne

(Le vent insomnieux qui nous ride la paupière

En tournant chaque nuit la page consentie

Veut que chaque part de toi que je retienne

Soit étendue à un pays d’âge affamé et de larmier géant)

C’était au début d’adorables années

La terre nous aimait un peu je me souviens.

René Char

 

 

(Dans son écoute René vient une fois de plus de me tourner à toi)

Le bois nous cachait, une faîne, un gland  si bien en taire, que le vert se lisait poétiquement

le corps sans erreur de description

d’autres vents l’odeur était faite

et une paix que seule une guerre pouvait avoir mise au monde. Irrésistiblement présente

Le vacillement du repos reste en sommeil debout – au pied de la lettre – la fatigue garde en veille ses virgules sur le mur

 

Passé présent

nos nudités se promettent de trouver la force d’attendre.

 

Niala-Loisobleu – 8 Mars 2019

 

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5 réflexions sur “Evadné

  1. nous reviendrons corps de cendre ou rosiers
    Avec l’œil cet animal charmant
    ô colombe
    Près des puits de bronze où de lointains soleils sont couchés

    Puis nous reprendrons notre courbe et nos pas
    Sous les fontaines sans eau de la lune
    ô colombe
    Là où les grandes solitudes mangent la pierre

    Les nuits et les jours perdent leurs ombres par milliers
    Le temps est innocent des choses
    ô colombe
    Tout passe comme si j’étais l’oiseau immobile

    Georges Schehadé.

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    • Et le retour, la voie chaude, lèvera les seins en bannière odorants de menthe foulée à genoux
      Une fontaine vierge perdant son hymen quand du lointain l’étreinte sera parvenue…

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