ANOUKIS ET PLUS TARD JEANNE


René Char

ANOUKIS ET PLUS TARD JEANNE

 

Je te découvrirai à ceux que j’aime, comme un long éclair de chaleur, aussi inexplicablement que tu t’es montrée à moi, Jeanne, quand, un matin s’astreignant à ton
dessein, tu nous menas de roc en roc jusqu’à cette fin de soi qu’on appelle un sommet. Le visage à demi masqué par ton bras replié, les doigts de ta main sollicitant ton
épaule, tu nous offris, au terme de notre ascension, une ville, les souffrances et la qualification d’un génie, la surface égarée d’un désert, et le tournant
circonspect d’un fleuve sur la rive duquel des bâtisseurs s’interrogeaient. Mais je te suis vite revenu, Faucille, car tu consumais ton offrande. Et ni le temps, ni la beauté, ni le
hasard qui débride le cceur ne pouvaient se mesurer avec toi.

J’ai ressuscité alors mon antique richesse, notre richesse à tous, et dominant ce que demain détruira, je me suis souvenu qui tu étais Anoukis I’Etreigneuse, aussi
fantastiquement que tu étais Jeanne, la sœur de mon meilleur ami, et aussi inexplicablement que tu étais l’Etrangère dans l’esprit de ce misérable carillonneur dont le
père répétait autrefois que Van Gogh était fou.

René Char

 

 

Le vent bat contre l’armoire ouverte d’un début de mort qui se tient bras croisés, empilée sur quelques lettres jaunies dans un ruban aux regards des faits

une robe de village blanc tremble à la tringle d’un panorama de sierra, draps tatoués d’encre de marine délavée. J’avais mis des feuilles avant que l’olivier ne pousse, signe indéfectible d’une vision déplacée, l’orage tonne au devant du jour de fête de la femme comme une excision criminelle

Les voix polyphoniques content les moutons, je dors déjà dans un mal que l’oeil maudit tient ouvert. Je me demande si le printemps ne va pas à l’envers du décor, j’ai peur du tant funèbre célébrant un monde des enfoirés.

Niala-Loisobleu – 8 Mars 2019

Evadné


René Char

 

Evadné

 

L’été et notre vie étions d’un seul tenant

La campagne mangeait la couleur de ta jupe odorante

Avidité et contrainte s’étaient réconciliées

Le château de
Maubec s’enfonçait dans l’argile

Bientôt s’effondrerait le roulis de sa lyre

La violence des plantes nous faisait vaciller

Un corbeau rameur sombre déviant de l’escadre

Sur le muet silex de midi écartelé

Accompagnait notre entente aux mouvements tendres

La faucille partout devait se reposer

Notre rareté commençait un règne

(Le vent insomnieux qui nous ride la paupière

En tournant chaque nuit la page consentie

Veut que chaque part de toi que je retienne

Soit étendue à un pays d’âge affamé et de larmier géant)

C’était au début d’adorables années

La terre nous aimait un peu je me souviens.

René Char

 

 

(Dans son écoute René vient une fois de plus de me tourner à toi)

Le bois nous cachait, une faîne, un gland  si bien en taire, que le vert se lisait poétiquement

le corps sans erreur de description

d’autres vents l’odeur était faite

et une paix que seule une guerre pouvait avoir mise au monde. Irrésistiblement présente

Le vacillement du repos reste en sommeil debout – au pied de la lettre – la fatigue garde en veille ses virgules sur le mur

 

Passé présent

nos nudités se promettent de trouver la force d’attendre.

 

Niala-Loisobleu – 8 Mars 2019

 

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Ô PIS HOMME


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Ô PIS HOMME

 

Le temps me fait peur des jambes qu’il désarmature, comme du dos, sous la pression d’un poids  contraignant à s’asseoir

Dans l’ordre de la vue les images saccadent

La toile recule

Je me tais seul dans un discours menteur au milieu du monde

qui crie à côté

on me ramène un caudillo dans l’esprit dans l’application journalière d’un pouvoir absolu anesthésiant le bon sens le plus élémentaire

pas étonnant que le déménageur  soit baîllonné

on s’inquiète de la réaction du Pape sur une démission de carnaval sans se soucier du couvercle que Macron pose sur Benalla, d’un Brexit qui pourrait priver les nantis de l’Europe et j’en passe, de la défaite du PSG avec les incidences que ça peut avoir sur les paris…

 

Niala-Loisobleu – 08/03/19