Mémoire de la rivière 


canards

Mémoire de la rivière

Glissante à l’épaisseur d’un homme sous le ricochet du sable futur, la rivière sculpte, entre rives et eaux vives, la mémoire de ses bancs.

Sut cette peau, née de la sécheresse, le soleil fixe l’empreinte aiguë du blaireau ou du renard venu surprendre le lapin, et celle, plus profonde, du sanglier avec sa soif.

Parfois, le courant s’enroule pour mieux rejeter un ventre blanc de chevesne qui, près de s’évanouir, veut aussi laisser au limon sa marque. En amont du grand méandre, l’eau force le passage entre des roches plates qui étaient, pour les officiants, tables de sacrifice vite rougies, vite lavées.

Une chapelle fut dressée près de la haute paroi où le chasseur boutait son gibier.

Aujourd’hui, le toit n’existe plus, et les hardes n’ont confiance qu’à la nuit.

Vers l’aqueduc, et sur chaque versant, la garrigue masque des entrées de grottes — royaumes du calcaire que le temps distille —

On gagne, en y pénétrant, l’oubli de l’âge et des hommes, qui, tout près, font commerce de souvenirs construits de toutes pièces, pour jalonner la mort prévue sur des élans trop rectilignes.

Jean Orizet

 

Du pied de la mienne je dépasse l’étiage de mon âge d’homme, tant enfant je reviens sans en être jamais sorti.

Me voici rené tout entier

A perdre l’inutile comme une poche percée, par précaution le cheval  a placé le caillou dans ma paume. L’oubli de l’âge mais pas de l’enfance, ce tant sans âge qui fera ou ne fera pas. Mon imaginaire est la botte de sept lieues chaussée dès le départ, De la Corbière reversée, ces monts cathares qui périscopent l’entre deux ville-rose et gencives de la grande bleue. Parlé solaire, aquitain relief de l’accent catalan. Les vins sont rudes, la terre moitié-hospitalière et mi-hostile. Dans les pierres le garenne écarte son serpolet de la venimeuse, le thym frais pour la sardane et l’escargotière à l’ail. J’ai au glissé des pré-monts de tes cuisses la montée du parfums des garrigues. Ma féminité prend ma virilité en l’épelant pour en détacher les comportements manuels, une peinture ? Niala je crois que c’est une fille dit une rime de couleur au coin d’un châssis à clef qu’une viole de Gand peigne de son archet.

Quand les canards chantent juste

Ma rivière l’entends-tu ?

Niala-Loisobleu – 23/02/19

6 réflexions sur “Mémoire de la rivière 

      • Amibe confondue et fendillée

        Sur l’eau lisse Sans coquille contre les vaisseaux

        Ruinés J’impose sereine une rame immobile sur l’eau

        Sans fin de mes désirs régressifs habités de soleils légers

        Qui vont vasque parfaite escortée d’un rayon de lune

        Contre toute raison je me noie comme on respire enfin

        Lavée dans des eaux en forme de présages

        Coule l’orgueil singulier et purpurin d’une rivière

        Secrètement détournée

        Barbara Auzou.

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