DES NOCES


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DES NOCES

Tubulure d’orgues pour un bac en prélude

Fugue en sol mineur qui au pic tire

Un ascenseur mu à main d’homme en demande

Actionne l’Arbre de Vie.

Niala-Loisobleu – 13/02/19

ENTRE CREUX


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ENTRE CREUX

 

Dans la vapeur montante

Un souffle qui se lâche

Il est possible de retrouver la vision du rêve dans sa version originale

Le glissement du vent dans l’herbe tend à diriger les yeux vers la position du banc qu’entourent des senteurs forestières

il n’y a pas de lavis qui meurent de sécheresse.

 

Niala-Loisobleu – 13/02/19

 

MANGEONS SEIN SANS MAL AU TEINT


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MANGEONS SEIN

SANS MAL AU TEINT

 

Tremblements

un chant de premiers coqs, un que la Gaule façonna non pour les clochers mais pour les levés debout. Les vitres font passer une lumière de peindre, dense comme l’enclume recevant le marteau

Les aiguilles du doute sont remises à l’heurt

Le train est à quai, sans bagages, un chapeau de paille, une guitare,  juste des traverses pour chanter avec le chef de gare que les co-culs restent au ban

la marchande de jours no mise en grève pour lui montrer les rieuses

et l’homme-sandwich a cassé la pancarte de chez MacDo pour guérir son mal de do

mangeons seins sans mal au teint…

 

Niala-Loisobleu – 13/02/19

 

NE PARLEZ PAS


 

NE PARLEZ PAS

 

Ne parlez pas de pays inconnus
Ne parlez pas de vivre une autre vie
Ne vous hissez pas sur vos pieds pour voir un autre monde
Il y a ce collet, à chaque geste il vous étrangle

Parlez de la douleur, de ce pays amer
Où les corbeaux surveillent la semence
Apprenez-vous à vivre dos cloué
Ce couteau qui vous blesse vous soit une traîne

Habituez vos yeux à une haine puissante
Pareille aux armes dans les greniers entassées
Immobiles dessous les caisses défoncées
Une haine comme une femme nue froide et superbe

Une haine tenace et bleue, une lumière
Une force, une eau vive, un train jeté au sud
Une haine attentive et sûre d’elle
Une haine qui sait écouter, retenir, qui sait attendre

La haine soit pour ceux qui se font les complices des corbeaux
Ceux qui possèdent la parole et qui la vendent
Les futiles et les faiseurs, les amuseurs et leurs chansons
Ceux qui mettent des fleurs à vos chaînes, ceux qui vous flattent

Écoutez : la nuit parle, la nuit bat
Des poissons d’eau, des peurs, des pleurs, des fleurs inverses
Écoutez votre vie est ici ouverte en deux, elle gémit tout bas
Mettez la nuque sur la route et retenez votre épouvante

Parlez pour vos amis assis en rond
Parlez pour ceux qui roulent dans la nuit
Parlez comme si le monde entier était ici
Réuni sous vos paupières comme devant l’âtre

Parlez pour moi, dites-moi le nom de la peine
Ce sanglot qui humecte les fenêtres des cités
Dites-moi l’escalier sans fin et la colère
Dites-moi votre nom, votre prénom et qui vous aime

Et ce chant muselé par les radios bavardes
Il brille au fond de nos poches comme un canif
Il suinte sur les murs, il bleuit les lézardes
Le chant muselé, le chant toujours, le chant des hommes

Il nous parle de nous, il nous donne nos armes
Il affute les grilles, il ouvre les couteaux
On l’entend, c’est le bruit des pas dans les couloirs du métro
C’est la respiration lamentable de l’aube dans les gares

Ce chant comme un dimanche au sortir des églises
Le vent dans les jupes des filles soulevées
La haine avec l’amour mêlée, le chant ressuscité
Il nous porte en avant de nous, il attend, il exulte

Il te parle dans ton oreille penchée
Tu lui réponds et ton cœur bat comme un tambour
Les mots vont dans les vaisseaux carmins de la terre
Un bras sur ton bras est posé qui dit « Écoute »
Oh, oh, oh…

 

Jacques Bertin