ANTIOCHE


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ANTIOCHE

 

Le sable est là l’oreille tendue au bord de l’arène

un animal antique a laissé sa trace

l’ouverture du toril feule d’un désir immémorial

roulé comme une feuille sur la cuisse de Carmen il n’y a pas que les guitares qui se tordent sous les doigts

le pouls torée à l’appel de la trompette une véronique d’un tour complet des quatre membres

mon enfance dans un chêne-liège flotte sur une côte gardée par le Pertuis tient ta blancheur dans le noir comme une maison andalouse

 

Niala-Loisobleu – 31/01/19

 

7 réflexions sur “ANTIOCHE

        • IAMBES, L’IDOLE

          Allons, chauffeur, allons, du charbon, de la houille,

          Du fer, du cuivre et de l’ étain;

          Allons, à large pelle, à grand bras plonge et fouille,

          Nourris le brasier, vieux vulcain;

          Donne force pâture à ta grande fournaise,

          Car, pour mettre ses dents en jeu,

          Pour tordre et dévorer le métal qui lui pèse,

          Il lui faut le palais en feu.

          C’ est bon, voici la flamme ardente, folle, immense,

          Implacable et couleur de sang,

          Qui tombe de la voûte, et l’ assaut qui commence;

          Chaque lingot se prend au flanc.

          Ce ne sont que des bonds, que hurlements, délire,

          Cuivre sur plomb et plomb sur fer;

          Tout s’ allonge, se tord, s’ embrasse et se déchire

          Comme trois damnés dans l’ enfer.

          Enfin l’ oeuvre est finie, enfin la flamme est morte,

          La fournaise fume et s’ éteint,

          L’ airain bouillonne à flots; chauffeur, ouvre la porte

          Et laisse passer le hautain!

          Ô fleuve impétueux, mugis et prends ta course,

          Sors de ta loge, et d’ un élan,

          D’ un seul bond lance-toi comme un flot de la source,

          Comme une flamme d’ un volcan!

          La terre ouvre son sein à tes vagues de lave;

          Précipite en bloc ta fureur,

          Dans ton moule d’ acier, bronze, descends esclave,

          Tu vas remonter empereur.

          Encor Napoléon! Encor sa grande image!

          Ah! Que ce rude et dur guerrier

          Nous a coûté de sang et de pleurs et d’ outrage

          Pour quelques rameaux de laurier!

          Ce fut un triste jour pour la France abattue,

          Quand du haut de son piédestal,

          Comme un voleur honteux, son antique statue

          Pendit sous un chanvre brutal.

          Alors on vit au pied de la haute colonne,

          Courbé sur un câble grinçant,

          L’ étranger, au long bruit d’ un houra monotone,

          Ébranler le bronze puissant;

          Et quand sous mille efforts, la tête la première,

          Le bloc superbe et souverain

          Précipita sa chute, et sur la froide pierre

          Roula son cadavre d’ airain;

          Le hun, le hun stupide, à la peau sale et rance,

          L’ oeil plein d’ une basse fureur,

          Aux rebords des ruisseaux, devant toute la France,

          Traîna le front de l’ empereur.

          Ah! Pour celui qui porte un coeur sous la mamelle

          Ce jour pèse comme un remord;

          Au front de tout français, c’ est la tache éternelle

          Qui ne s’ en va qu’ avec la mort.

          J’ ai vu l’ invasion, à l’ ombre de nos marbres

          Entasser ses lourds chariots;

          Je l’ ai vue arracher l’ écorce de nos arbres,

          Pour la jeter à ses chevaux;

          J’ ai vu l’ homme du nord, à la lèvre farouche,

          Jusqu’ au sang nous meurtrir la chair:

          Nous manger notre pain, et jusque dans la bouche

          S’ en venir respirer notre air;

          J’ ai vu, jeunes français! Ignobles libertines,

          Nos femmes, belles d’ impudeur,

          Aux regards d’ un cosaque étaler leurs poitrines,

          Et s’ enivrer de son odeur.

          Eh bien! Dans tous ces jours d’ abaissement, de peine,

          Pour tous ces outrages sans nom,

          Je n’ ai jamais chargé qu’ un être de ma haine…

          Sois maudit, ô Napoléon!

          Ô Corse à cheveux plats! Que ta France était belle,

          Au grand soleil de messidor!

          C’ était une cavale indomptable et rebelle,

          Sans frein d’ acier ni rênes d’ or;

          Une jument sauvage à la croupe rustique,

          Fumante encor du sang des rois,

          Mais fière, et d’ un pied fort heurtant le sol antique,

          Libre pour la première fois:

          Jamais aucune main n’ avait passé sur elle

          Pour la flétrir et l’ outrager;

          Jamais ses larges flancs n’ avaient porté la selle

          Et le harnais de l’ étranger;

          Tout son poil reluisait, et, belle vagabonde,

          L’ oeil haut, la croupe en mouvement,

          Sur ses jarrets dressée, elle effrayait le monde

          Du bruit de son hennissement.

          Tu parus, et sitôt que tu vis son allure,

          Ses reins si souples et dispos,

          Centaure impétueux, tu pris sa chevelure,

          Tu montas botté sur son dos.

          Alors, comme elle aimait les rumeurs de la guerre,

          La poudre et les tambours battants,

          Pour champ de course, alors, tu lui donnas la terre,

          Et des combats pour passe-temps;

          Alors, plus de repos, plus de nuits, plus de sommes,

          Toujours l’ air, toujours le travail,

          Toujours comme du sable écraser des corps d’ hommes.

          Toujours du sang jusqu’ au poitrail;

          Quinze ans, son dur sabot dans sa course rapide

          Broya des générations;

          Quinze ans, elle passa, fumante, à toute bride

          Sur le ventre des nations.

          Enfin lasse d’ aller sans finir sa carrière,

          D’ aller sans user son chemin,

          De pétrir l’ univers, et comme une poussière

          De soulever le genre humain;

          Les jarrets épuisés, haletante et sans force,

          Prête à fléchir à chaque pas,

          Elle demanda grâce à son cavalier corse;

          Mais, bourreau, tu n’ écoutas pas!

          Tu la pressas plus fort de ta cuisse nerveuse,

          Pour étouffer ses cris ardents,

          Tu retournas le mors dans sa bouche baveuse,

          De fureur tu brisas ses dents;

          Elle se releva; mais un jour de bataille

          Ne pouvant plus mordre ses freins,

          Mourante, elle tomba sur un lit de mitraille

          Et du coup te cassa les reins.

          Maintenant tu renais de ta chute profonde:

          Pareil à l’ aigle radieux,

          Tu reprends ton essor pour dominer le monde.

          Ton image remonte aux cieux.

          Napoléon n’ est plus ce voleur de couronne,

          Cet usurpateur effronté,

          Qui serra sans pitié, sous les coussins du trône,

          La gorge de la liberté;

          Ce triste et vieux forçat de la sainte-alliance

          Qui mourut sur un noir rocher,

          Traînant comme un boulet l’ image de la France

          Sous le bâton de l’ étranger;

          Non, non, Napoléon n’ est plus souillé de fanges;

          Grâce aux flatteurs mélodieux,

          Aux poëtes menteurs, aux sonneurs de louanges,

          César est mis au rang des dieux.

          Son image reluit à toutes les murailles,

          Son nom, dans tous les carrefours

          Résonne incessamment, comme au fort des batailles

          Il résonnait sur les tambours.

          Puis de ces hauts quartiers où le peuple foisonne,

          Paris comme un vieux pèlerin,

          Redescend tous les jours au pied de la colonne

          Abaisser son front souverain.

          Et là, les bras chargés de palmes éphémères,

          Inondant de bouquets de fleurs

          Ce bronze que jamais ne regardent les mères,

          Ce bronze grandi sous leurs pleurs;

          En veste d’ ouvrier, dans son ivresse folle,

          Au bruit du fifre et du clairon,

          Paris d’ un pied joyeux danse la carmagnole

          Autour du grand Napoléon.

          Ainsi passez, passez, monarques débonnaires,

          Doux pasteurs de l’ humanité;

          Hommes sages, passez comme des fronts vulgaires

          Sans reflet d’ immortalité!

          Du peuple vainement vous allégez la chaîne,

          Vainement, tranquille troupeau,

          Le peuple sur vos pas, sans sueur et sans peine,

          S’ achemine vers le tombeau;

          Sitôt qu’ à son déclin votre astre tutélaire

          Épanche son dernier rayon,

          Votre nom qui s’ éteint, sur le flot populaire

          Trace à peine un léger sillon.

          Passez, passez, pour vous point de haute statue,

          Le peuple perdra votre nom;

          Car il ne se souvient que de l’ homme qui tue

          Avec le sabre ou le canon;

          Il n’ aime que le bras qui dans des champs humides,

          Par milliers fait pourrir ses os;

          Il aime qui lui fait bâtir des pyramides,

          Porter des pierres sur le dos;

          Passez! Le peuple c’ est la fille de taverne,

          La fille buvant du vin bleu,

          Qui veut dans son amant un bras qui la gouverne,

          Un corps de fer, un oeil de feu,

          Et qui, dans son taudis, sur sa couche de paille,

          N’ a d’ amour chaud et libertin

          Que pour l’ homme hardi qui la bat et la fouaille

          Depuis le soir jusqu’ au matin.

          Mai .

          Auguste Barbier

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