MON DESTIN


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MON DESTIN

 

Mon destin, c’est l’effort de chaque nuit vers moi-même,
c’est le retour au cœur, à pas lents, le long des villes asservies à la bureaucratie du mystère.
Que m’importe d’être né, d’être mort,
d’avoir cent ans de cheveux, des dispositions pour la marine marchande, un mètre d’esprit de contradiction et des femmes fidèles
dans les lits des autres ? Que m’importe d’avoir ma place retenue d’avance sur ce monde que je connais pour l’avoir fait ?
Je suis de ceux qui sèment le destin, qui ont découvert le vestiaire
avant de se risquer en pleine vie. Je suis arrivé tout nu,
sans tatouages cosmiques. Le doux géant qui me tracasse
quand je me sens encore désossé par le sommeil,
c’est l’Univers que je me suis créé, qui me tient chaud en rêve.
Et si je meurs demain, ce sera d’une attaque de désobéissance.

 

Léon-Paul Fargue (Horoscope, Gallimard)

 

ALERTE


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ALERTE

Sur l’angle aigu se mord le temps d’arrêt

vivant de papier peint fleuri hors de son ruisseau tari

il pleut à donner envie de glisser sa peau sous d’autres cascades

le pouls cogne au sein la rafale d’une averse qui gonfle le taire d’un cri

qui tient la porte close au chien hurlant de ses yeux jaunes en meute sur la piste

la voix qui descend par la cheminée coupe le vide en  courant sur cette plage déserte…

Niala-Loisobleu – 29/01/19

AU CADRAN L’OMBRE PORTE


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AU CADRAN L’OMBRE PORTE

Assèchement sanguin, l’artère les mains vides regarde le flot incessant du bruit en mouvement. Avant d’entrer au rayon fruits et légumes les oranges ont connu la chaleur du vent du sud dans l’ocre des terres d’où sortent les immenses jarres laissant un sentiment d’existence dans leur corps. Les tours de l’âne dans la noria s’appareillent à la canalisation du drainage. Mordre à perdre la limite séparant la pulpe du noyau. Parfois le couteau dans la coupe à fruits fait nature-morte. Je pense à l’esprit pictural de Cézanne dans son atelier des Lauves découvrant un tricheur dans les Joueurs de Cartes. Ou encore  à Bizet rémoulant l’arme de Carmen devant la Manufacture de Tabacs. Les séguedilles font crier les guitares en tapant du talon. Le vent marche à toute allure. Il y a un maléfice de tempête dans les années 9. Reste l’oeil que l’acide tient en son pouvoir. Le lin ne peut rien éponger par absence de clarté. Le feu en profite. Quelque part dans les cases de l’oie, un rêve sort de prison. La pierre garde à jamais la mémoire des mots forts gravés joyeux, igorant l’épitaphe au profit de la légende du hiéroglyphe. Forme de soleil mis en jachère. Le chevalet mange le vers , la fenêtre laisse lever la voile

(Illustration Henri Matisse)

Niala-Loisobleu – 29/01/19