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Chronique du veilleur (22) – Béatrice Douvre


Chronique du veilleur (22) – Béatrice Douvre

Par | 20 février 2016|Catégories : Béatrice DouvreEssais & Chroniques|Mots-clés : 

La réédition de l’œuvre poétique intégrale de Béatrice Douvre  est une chance pour les lecteurs qui, en ces temps d’imposture, pourraient douter de la possibilité d’une écriture.

Elle est et restera en effet « passante du péril », mettant le poids de toute son âme et de toutes ses forces humaines dans la balance des nuées et des ombres. Elle n’écrit que dans un danger que le lecteur ressent à chaque parole, à chaque élan de poème, danger au visage inconnu et altier, toujours aux lisières d’un ciel d’orages et d’éclairs. On croit la voir revenir d’une course vers les cimes, haletante, marquée de brûlures, toujours en proie à une soif d’absolu que rien n’a pu étancher. En certains aveux à la résonance rimbaldienne, elle nous confie :

J’ai construit des vertiges interminablement, des feuillages, j’entrevoyais des mystiques, des anges boisés, des vitraux assiégés de saintes.

Béatrice Douvre, euvre poétique, peintures et dessins, Editions Voix d'encre

 

Béatrice Douvre, œuvre poétique, peintures et dessins, Éditions Voix d’encre

Tour à tour triomphante et vaincue, elle procède à d’étranges rites où la passion, la ferveur, la fascination de la beauté développent leurs charmes magiques et religieux, qu’il faut hélas quitter pour revenir à cette terre de soif et d’enfance perdue.

 Perdue
Les mains cherchant l’extase sous une herbe
Se  maintenaient plus belles que le matin où toi
Tu te cherchais encore et c’était les murailles
Qui enserraient ton nom, ta preuve, qui te chassaient

« Adieu enfances » s’écrie le poète, « un vent d’herbes / inconnu brûle / toute une enfance. »  Mais son chant brisé, nostalgique, renferme une pureté d’ange qui nous bouleverse, une musique qui nous atteint au plus secret.

On dressa des tréteaux
Devant le haut des neiges
Des rôles féeriques

(…)Puis l’enfance prit fin
Sous cette arche foraine
Les costumes pâlirent

O les rythmes d’hier
Parfois on se souvient
En tournoyant

Puis on s’accable

Comment définir cette musique, sinon en reprenant l’expression de « poésie elfique » que Philippe Jaccottet emploie avec bonheur dans sa préface ? Une poésie qui vibre par « inflexions de voix », qui fait entendre sans calcul ni construction savante une sorte de chant d’avant, d’un temps originel, que l’imparfait vient très souvent bercer.

Béatrice Douvre n’avait sa vraie demeure qu’en dehors de nous. Sa parole nous appellera toujours, irrésistiblement, à la suivre dans ce monde des « anges fous » qu’elle a si singulièrement évoqué :

Et c’est parole pure, ce sont d’enfants qui partent
Et c’est parole pure comme un rire

Et s’ils vont aux gravats
Comme par trébuchement de verre c’est rire
Qui se brise, ce sont d’enfants qui hâtent
Un peu leurs pas, effrayés d’espaces courts

Parmi des ossements de fleurs sur des sentes mortelles
On les dirait comme des braises
D’oiseaux de brume sans race beaux et rouges

(Source Chronique du veilleur=

LE VIN, LE SOIR


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LE VIN, LE SOIR

Ton sein me maintient dans le jour
Incandescente et claire
Tes grands reflets s’éloignent

Je m’attarde aux prairies fondantes
Dans le lierre noir
Près des maisons
Dans le vin froid

Le vin filé des fêtes idéales
Qui touche à l’écume, aux cordes
De la mer

J’attends le pas qui te portait
Jusqu’à l’étoile des marines

Moi j’ai porté le pas jusqu’aux semences.

Béatrice Douvre (1967-1994), Vert présage [1992] in Œuvre poétique, peintures & dessins, Voix d’encre, 2000, page 140. Préface de Philippe Jaccottet.

 

EXPOSITION


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EXPOSITION

 

Les cimaises passent

la lumière en ailes

Peints en tringles

Suspendus aux rails

Aux rails, du plus lointain les vapeurs viennent, comme laisser s’envoler du tunnel, la couleur vive, le mot grave qu’un silence tient dans son cadre. L’atelier lieu de nidification migre ses oeufs. Que des voyages sans autre transport que l’imaginaire libre de choisir. A vol de bateaux, navigation de trains, galops de vélos, trapèze de montgolfières, marches d’escaliers, échelles de meuhs nés à l’étable d’une cabane éventrée. Le vertical va devoir affronter l’horizontal. Ma tête n’est plus que deux mains que le lin virginal regarde d’une envie charnelle.

Je t’emporte par les bouts de seins…

 

Niala-Loisobleu – 28/01/19

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