L’OUTREPASSANTE


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Habiter la halte brève
La rive avant la traversée
La distance fascinée qui saigne
Et la pierre verte à l’anse des ponts

Dans la nuit sans fin du splendide amour
Porter sur l’ombre et la détruire
Nos voix de lave soudain belliqueuses
L’amont tremblé de nos tenailles

Il y a loin au ruisseau
Un seuil gelé qui brille
Un nid de pierre sur les tables
Et le pain rouge du marteau

La terre
Après la terre honora nos fureurs
Ô ses éclats de lampes brèves
Midis
Martelés de nos hâtes.

Béatrice Douvre

Béatrice Douvre, Laissez-nous nous rendre à la nuit in L’Ange fou, la neige [1990] ; Œuvre poétique, peintures & dessins, Voix d’encre, 2000, page 92. Préface de Philippe Jaccottet. Poème repris dans le dossier « Béatrice Douvre, la passante du péril » du numéro 4 de la revue Linea(été 2005).

(Source Terre de Femmes)

11 réflexions sur “L’OUTREPASSANTE

    • AUX INNOCENTS LES MAINS PLEINES

      Il ne vous faut qu’un peu de nuit

      pour entendre fleurir le sang

      un grand feu profond comme un puits

      plein de vifs éclairs trébuchants

      il ne vous faut qu’un peu de soin

      un bel été de feu et d’or

      qui danse et saute aux quatre coins

      qui brille et craque et chauffe fort

      un grand feu d’hiver et de neige

      le vent à décorner les bœufs

      un vent de traques et de pièges

      et de nuages au galop.

      Les rivières sous la terre coulent sans clarté sans saisons ce sont les veines les artères cherchant un cœur et sa prison ce sont les veines de la terre ce sont les lignes
      de ses mains dans les longs couloirs solitaires qui vont d’aujourd’hui à demain

      cherchant la chanson de leurs eaux qui s’est perdue un beau matin dans un détour du long réseau dans une courbe du chemin.

      Approchez vos mains de la flamme jusqu’à voir le feu au travers avec ses courants et ses lames et ses sirènes aux yeux verts jusqu’à voir les grands fonds du feu avec leurs
      poissons de sommeil et les longs navires sans yeux leurs équipages de soleil et leur forêt d’algues de paille qui flambe et brille au fond du feu prisonniers des mains et des mailles
      qui font et défont les filets du feu.

      Claude Roy

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