JE T’ATTENDAIS


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JE T’ATTENDAIS

Oh, tu sais combien je t’ai cherchée sans dire
Toi qui fais la raison de vivre, tu ne sais
Combien je t’ai rêvée si généreuse et libre
De toi, de tes désirs, ta beauté, tes secrets

De toute chose enfin que tu possèdes et vole
De la perfection même dans l’air cet allant
Ce foulard que tu mènes comme la foi folle
Dans l’amour, ce qui fait docile le couchant

Soudain qui à tes pieds s’enroule les yeux bons
Comme un fauve dompté au signe s’abandonne
Je traînais dans un mauvais film une vie d’homme
Tu distribues aux pauvres la terre et ton nom

Phare éclaté, pascale aurore ou pluie d’été
Tu viens vers moi, et moi de l’écran je débarque
Un marin ivre de fatigue et qu’on remarque
À cette vacuité hagarde sur le quai

Longtemps d’horizon vide fait ce regard vide
Et toi par tes vingt ans d’audace projetée
Tu jaillis du dédale de l’éphéméride
Jeune fille pour lui jetée, je t’attendais

L’interminable banlieue sale qu’est la Terre
La forêt brûlée où l’on saigne les années
Le glacis des prudences et du mensonge et l’aire
Du mal, tu ne veux rien savoir, je t’attendais

Je te donne mon poing fermé et quand tu l’ouvres
Forçant les doigts tu vois la boussole écrasée
J’ai quarante ans sur la photo qu’un ciel bas couvre
Cette image est douloureuse, si tu savais

Comment renaît le chant, tu connais le miracle
Tu n’as pas peur, tu répètes « Je t’attendais »
Tu me conduis dans mon embâcle
Tu le sais, je t’attendais

Jacques Bertin

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