PEINTURE FRAÎCHE


56951743053--f2a26452-5e12-4a9d-bf12-78ed18a7f35c

PEINTURE FRAÎCHE

Il ne pleuvait même pas, à part sans doute à l’intérieur de quelques esprits chagrins obstinés. Juste ce qu’il fallait de vent pour que ça soulève derrière la traîne. Et dans la vitrine rien à voir de dehors. Je plongeais sans mes brassards pour te nager en coulées profondes. Au départ je t’écrivais quand tu m’as dit rejoins-moi à peindre. Le cheval a fait semblant de rien entendre mais il a fermé le vélo pour que j’aille à pied. T’inondais d’un soleil d’écluse, une rareté que j’ai vu qu’à un moment de mon existence, je jure que ça reste un de mes voyage les plus lointains de proximité. Quelle évasion. La poésie  y volutait dans l’épaisseur du tabac qui était autorisé par tout le monde. Intime au possible ces cachettes publiques d’une époque qui savait réunir à se sentir transpercé de vertiges supérieurs aux trucs utilisés aujourd’hui pour des trips de malades qui décollent que la ruine au propre comme au figuré. Alors la soie de ta nudité dans cet éclairage ça me secoue au point que j’ai nécessité de peindre comme pour accompagner ton chant. Tu rayonnes quand tu es dans l’atelier, les couleurs s’alignent toutes seules. J’ai mis du Bach, comme il est sourd il pouvait pas entendre tes petits cris. Au moment des choeurs un passage fusionnel qui t’es chair me dresse le poil en commun. Être attendu comme tu m’as montré tout à l’heure rabote les trucs du quotidien qui croient pouvoir faire la une. Je n’ai pas les mots pour le dire. Les premières fleurs de l’année ont commencé à éclore, ton visage dedans tu verras…

Niala-Loisobleu – 18/01/19

 

LES MAINS D’ARTHUR RIMBAUD


aee279b986ae4d0335f838f0bf3740c6

LES MAINS D’ARTHUR RIMBAUD

 

Dans l’île de
Chypre au sommet du mont
Troodos une plaque commémorative clouée sur le palais d’été du gouverneur britannique :

ARTHUR
RIMBAUD

POÈTE
ET
GÉNIE
FRANÇAIS
AU
MÉPRIS
DE
SA
RENOMMÉE
CONTRIBUA
DE
SES
PROPRES
MAINS À
LA
CONSTRUCTION
DE
CETTE
MAISON
MDCCCLXXXI

J’ai souvent rêvé

sur cet hommage révoltant :

bâtir une maison

serait pour un poète –

génie français n’oublions pas –

une tâche subalterne et contraire

au bon ordre de la renommée?

Un poète c’est vrai n’a pas de mains ou si peu

qu’il y a de l’indécence à les sortir de l’encre.

Et précisément c’est
Arthur

qui célébrant la main à plume

autant que la main à charrue

s’en est allé très loin

inverser des signes

plus d’une fois inversés

et perturber les lois

de la saine ségrégation

qui veut que se tiennent d’un côté

les mains à manches —

mains à feu et à sable

mains à froid et à chaud —

et de l’autre

les mains sans mains —

mains qui pensent

et dépensent sans compter

ce qu’elles n’ont jamais

seulement effleuré.

Alors
Rimbaud

on le retrouve

au mépris de sa renommée

qui choisit

carrière pour carrière

celle des pierres à
Larnaca

contre celle des lettres à
Paris.

Il en a surpris plus d’un

mais sans se surprendre lui-même.

Les rimes la parole la voyance

« –
Je ne m’occupe plus de ça »,

avait-il dit à
Delahaye un jour de septembre

après avoir justement prêté

la main à la moisson.

Assez vu.
Assez eu.
Assez connu.

Maintenant il longe la mer
Rouge

jusqu’au roc sans herbe et sans eau

jusqu’à l’anti-Eden

l’Aden

avec ses comptoirs ses combines

ses emplois à six francs

et ses mirages qui sentent

l’opéra et le sang

à
Zanzibar

ou sur la côte d’Abyssinie.

Mais toujours il écrit

pour conjurer les postes restantes

il recopie ses commandes

recopie sa litanie

avec en marge les prix de vente

et ça fait un fichu poème :

Traité de
Métallurgie

Hydraulique urbaine et agricole

Commandant de navires à vapeur

Architecture navale

Poudres et
Salpêtres

Minéralogie

Maçonnerie

Livre de poche du
Charpentier,

sans oublier

le
Traité des
Puits artésiens

l’
Instruction sur l’établissement des
Scieries

l’Album des
Scieries agricoles et forestières

et à la librairie
Roret

Le parfait
Serrurier

l’Exploitation des
Mines

le
Guide de l’Armurier

ainsi que les manuels

du
Charron

du
Tanneur

du
Verrier

du
Briquetier

du
Faïencier, du
Potier

du
Fondeur en tous métaux

et du
Fabricant de bougies…

La liste est longue

patientez c’est presque fini

il ne faut plus

que
Le
Peintre en bâtiments

Le
Petit
Menuisier

et un
Manuel de
Télégraphie.

Mais non ce n’est pas fini de lettre en lettre du
Harar ou d’Aden
Rimbaud
Arthur alias
Abdoh
Rimb ne cesse de réclamer

le
Manuel complet du fabricant d’instruments de précision

Les
Constructions métalliques

Les
Constructions à la mer

Topographie et
Géodésie

Trigonométrie

Hydrographie

Météorologie

Chimie industrielle

et même le
Guide du
Voyageur

et même
Y
Annuaire du
Bureau des
Longitudes 1882

et même
Le
Ciel.

Et les livres ne dispensent nullement des outils

des longues-vues des baromètres

des théodolites des cordeaux des compas

du papier à dessin,

on dirait qu’il n’a plus en tête

que de forcer une serrure

dans les sillages repérés de l’or

ou des troupeaux d’éléphants.

Assez vu.
Assez eu.
Assez connu.

Peut-être n’y a-t-il pas de secret

de mystère de métamorphose

peut-être que la vision a été si noire

et l’illumination si blessée

que la fournaise et les trafics

passent pour les soubresauts d’un ange

qui veut s’étrangler de ses mains.

Etre un autre ici ou là et se vouloir un autre encore jusqu’au bout de l’allée des miroirs où le regard sait qu’il se perd…

Dis-moi l’ingénieur sans chantier

le caravanier qu’on rançonne

le marchand sans esclave

l’artisan du désert

l’explorateur sans espoir

le poète sans voix

quelles mains te cherches-tu

dans les sables le soleil ou le vent?

Ah je vois,

le « frangui »
Abdallah

près de la palissade

murmure sans sourire

un peu avant la pose :

« —
Arthur vous salue bien

avec son bras d’honneur! »

André Velter

 

f10860808b4fe5aac4a9c47810fab566

 

 

Comment allaient les marches ?

D’abord vers le bas

Aujourd’hui cherchant l’Homme, son parasite m’a montré la première marche

vers le haut

Un trou dans l’ombre a percé…

Niala-Loisobleu – 18/01/19

JE T’ATTENDAIS


ab319c2d0091fad5e6151dfce10df26a

JE T’ATTENDAIS

Oh, tu sais combien je t’ai cherchée sans dire
Toi qui fais la raison de vivre, tu ne sais
Combien je t’ai rêvée si généreuse et libre
De toi, de tes désirs, ta beauté, tes secrets

De toute chose enfin que tu possèdes et vole
De la perfection même dans l’air cet allant
Ce foulard que tu mènes comme la foi folle
Dans l’amour, ce qui fait docile le couchant

Soudain qui à tes pieds s’enroule les yeux bons
Comme un fauve dompté au signe s’abandonne
Je traînais dans un mauvais film une vie d’homme
Tu distribues aux pauvres la terre et ton nom

Phare éclaté, pascale aurore ou pluie d’été
Tu viens vers moi, et moi de l’écran je débarque
Un marin ivre de fatigue et qu’on remarque
À cette vacuité hagarde sur le quai

Longtemps d’horizon vide fait ce regard vide
Et toi par tes vingt ans d’audace projetée
Tu jaillis du dédale de l’éphéméride
Jeune fille pour lui jetée, je t’attendais

L’interminable banlieue sale qu’est la Terre
La forêt brûlée où l’on saigne les années
Le glacis des prudences et du mensonge et l’aire
Du mal, tu ne veux rien savoir, je t’attendais

Je te donne mon poing fermé et quand tu l’ouvres
Forçant les doigts tu vois la boussole écrasée
J’ai quarante ans sur la photo qu’un ciel bas couvre
Cette image est douloureuse, si tu savais

Comment renaît le chant, tu connais le miracle
Tu n’as pas peur, tu répètes « Je t’attendais »
Tu me conduis dans mon embâcle
Tu le sais, je t’attendais

Jacques Bertin

AU PLAISIR DES DEUX


d619be420a2bf34e489dbf099df00940

AU PLAISIR DES DEUX

Cheval sauvage

vais aux falaises rocheuses du palais en sentant l’embrun éclater au mont

vais sur le sentier des doux âniers mâcher la bruyère couverte de rosée de fleur de selle

pour contrebander l’ennui des manufactures d’état léthargique qui bromurent  les érections de refus de plier l’échine….

Niala-Loisobleu – 18/01/19