LES FENÊTRES FICTIVES


p1050622

LES FENÊTRES FICTIVES

 

A Barbara

 

Suspendue des cintres  une bornée toile de fond punaise son incompréhension. Que de détournements pour itinéraire. Cette blessure saine couronne la fourche primitive de son sillon fertile qui pointe en pyramide l’Arbre de Vie.

Les brouillards percés  de fictives fenêtres  diffusent en boucle un programme d’initiation à la violence entrecoupé de spots pornographes transformistes, l’enfant marque-page son catéchisme de dérision refusant de porter d’autre habit que celui de Zorro.

Le feu en appelle à brûler ce vaisseau d’armada colonisatrice.

La Lumière ne se cache pas, on la perçoit ou on en demeure aveugle et sourd. Les faux-lamparos coulent toute formes de pêche.

N’entrevoir de l’Homme qu’un produit hermétique dont on tirera les meilleurs rapports tout en omettant de préserver sa planète n’est plus un danger c’est une ineptie déclarée.

Serait-ce devenu une idiotie que vouloir aimer au sens littéral  que je me ferai davantage pugnace, ruant des quatre fers et hennissant à  tous et tout ce qui viendrait y mettre obstable par erreur de jugement, non-voyance, désaveu, mépris, incompétence, abus.

La sérénité de vouloir traverser sans demander la permission. Au nom du savoir comprendre, du goût de choisir, de la tonalité du trait, de la musicalité du corps, de ce naturel poétique qui à seul le pouvoir de transcender et de s’élever du marécage. Je crois même malade.

Niala-Loisobleu – 07/01/19

 

L’ÊTRE A L’EPREUVE DE LA « TOTONOMIE »

Je rentre dans le ciel bleu
D’où chutent les circulations lentes
Du soleil
Que n’apprivoisent pas celles
Plombées mais galopantes
Des véhicules en proie
A de vertigineuses
Courses
Vers des horizons serrés
Par des ailleurs
Improbables
Pour un temps apparemment libéré
Du travail – mais
Qui convoie
A l’oubli de l’hier

Mais se retrouver hors des ombres
Conduit combien d’hommes
A ne rien voir
Des variations de la lumière
Qui pourraient rythmer
Pour eux
Une passe lente du temps

Serait-elle vraiment ailleurs
Et pour combien d’hommes fiers
De leur autonomie ?
Lignes de fuite pour échapper
Ne serait-ce qu’un jour de plus –
A la fixation par la vitesse aveugle
De l’intime et secrète vie
De leurs désirs

Non ! Prendre au calme soleil
Prendre à ce jeu d’ombres et de lumière
Glaner tranquillement sa durée
Ses formes en douces stries
Variables et musicales
Sur les murs
Secrets
Sur les fenêtres sorcières
Sur le macadam
Fiévreux
Sur les herses d’arbres dénudés

En saisir ainsi de l’inamovible
Règne courant immobile
Du travail :
L’univers des songes et laisser
Fluctuer le sauvage
Cours du monde

Ne pas tomber dans ce semblant imperturbable
Et obscur – d’une réalité dévolue
Au trafic
Mais l’oubli qui ne crie pas
Qui ne chante pas ? :
L’oubli de l’oubli
Fondu
Dans un soleil comateux de l’être
Il court vers les nids
Repus
Du laisser paraître

O Temps des vitesses qui ne s’accordent
Qu’avec la rotation à sens perdu
Fermé à tout horizon
De la ville !

O Temps de tous les paraîtres
Infirmes de leurs pensées oubliées
Vite – très vite !

Le trafic est là
Mais la totonomie se blesse
Dans les fractures
Insondables
Des cœurs
Ah ! Lancer son char comme en triomphe
Total de l’autonomie

Chaque course en vedette de soi-même
Chaque voyage charriant les nerfs
A bout de corps fendus
Dans l’enfer
Du mobile tendu
Par la soif
De la fuite
Sans rémission autre
Que l’infecte paradis
Du tout consommable

Et cela consume – paralyse
Pensée- Amour – Désir
Et cela tue le possible
Partir à jet continu
Éjaculer l’instant
Comme si c’était
A chaque fois
Le dernier soupir des dieux
Ne jamais entrevoir
Un ciel autre
Que dans la tempête intériorisée
De l’oubli de l’oubli
Pourtant … Ah ! Couper court à tout ce fictif
Devenu réalité et … :
Traverser l’instant
Jusque dans la fidélité
A l’éveil
Où demeure tout guetteur
De tout hasard
Constructif

Chercher cependant la chair des âmes
Comme si jamais elle ne devait
Scissionner
Et … Là – dans la présence au monde
Pourrait alors souffler
Aux lèvres
Le doux bruit
Du temps d’un baiser
Livré aux passades concrètes
Du désir demeuré
Désir

Mais trop attendre et juste vouloir
Sauter dans la jouissance
Dès que l’on vous
L’ouvre :
Cette porte – c’est se livrer
Aux promesses du trafic
Et courir tout droit
Vers la désespérance ! O Combien
Obsédante avec sa nostalgie
Des songes jamais
Réalisés que
Dans l’aboiement feutré
Du plaisir arraché
Au long désir
Pour décharner ce qui pèse :
Cette indépendance
Solaire
D’un corps demeuré corps
Dans la pensée

Alain Minod