EN FONCTION DU TEMPS


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EN FONCTION DU TEMPS

 

Sous le tremblement de ce que j’imagine

une scène assise au métal perché se dessine

l’émoi m’empare

au point que les flocons ne peuvent même pas amortir les battements de ma poitrine

 

Silence de la flamme qui lèche aux jambages la fleur d’oranger sous son globe

bien dans la pensée qui promène sans risques sur les routes verglacées d’une absence forcée

le chien tressaute

par l’entonnoir un vieux disque aiguille la présence liquide d’un fruit jamais sec dans sa coupe

non ce bruit de couvert n’interdit pas de prendre la pomme entre ses doigts en pensant croquer le printemps préféré sans condition reptile

sous la neige antan-moi l’hiver n’avale pas la mer

 

Niala-Loisobleu – 31/01/19

 

 

 

ANTIOCHE


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ANTIOCHE

 

Le sable est là l’oreille tendue au bord de l’arène

un animal antique a laissé sa trace

l’ouverture du toril feule d’un désir immémorial

roulé comme une feuille sur la cuisse de Carmen il n’y a pas que les guitares qui se tordent sous les doigts

le pouls torée à l’appel de la trompette une véronique d’un tour complet des quatre membres

mon enfance dans un chêne-liège flotte sur une côte gardée par le Pertuis tient ta blancheur dans le noir comme une maison andalouse

 

Niala-Loisobleu – 31/01/19

 

L’EPOQUE 2019/4 -« NIDIFICATION »


L’EPOQUE 2019/4 -« NIDIFICATION »

Voici Nidification , quatrième de cette nouvelle Epoque 2019 avec Barbara Auzou. Alors que nous attendons la publication de l’ouvrage « L’Epoque 2018 » pour la fin de l’année aux Éditions Traversées, les tableaux eux (2018 et 2019) seront exposés au printemps à Cognac du 15 au 27 Avril 2019 au Couvent des Récollets.

C’est un travail à quatre mains , merci d’en tenir compte dans vos commentaires.

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L’EPOQUE 2019/4 -« NIDIFICATION »

2019

Niala

Acrylique s/toile 65×54

800,00 €

NIDIFICATION

Dans les arbres Dans les galeries

Dans les terriers abandonnés

Dans les fissures de rochers

Ô les profondes architectures de l’homme obstiné

En sa fièvre de durer

Qui épouse le principe de beauté et ses accords changeants !

L’ombilic du geste a pris la forme de tes yeux tournés vers le dedans

Et qui résonnent. Mystère palpable de ta personne,

Calligraphie de l’oiseau sur ton front investi comme un azur d’être !

Sur ses grandes ailes de mica ou sur un socle géant Toi encore

Dans l’élan abouti jusqu’au nid te balançant

Sur le grand pivot du monde.

Trajectoire pour toujours infléchie vers l’aurore.

Barbara Auzou.

Jacques Bertin – Très loin, offerte, parfumée


Jacques Bertin – Très loin, offerte, parfumée

 

Très loin, offerte, parfumée
Et dans la boucle des rosées
Une orangeade renversée

Venait, son pied posé
Délacée, parfumée, rêvant
À la locataire principale un galet

Celle-ci, grain mouillé visage
Et toujours été levant
Les bicyclettes de soleil

Elle, chaque étape est posée sur
les
avenues d’herbes de la mer

 

AUX BAVARDS QUI SAVENT RIEN LIRE DE LA POESIE


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AUX BAVARDS QUI SAVENT RIEN LIRE DE LA POESIE

 

 

Du ciel sur la paume

de
Muriel STUCKEL

Illustrations :
Baumel Hélène
(encres)• ISBN : 978-2-35128-116-1

• format : 21 x 15 cm

• pages : 128

• 19 encres d’Hélène Baumel

• préface de Pierre Dhainaut

Prix : 21.00 euros



Poème de la main sur la main, « Du ciel sur la paume » confie la parole de poésie à ce qui permet de la faire advenir sur la page. Du prélude au finale de cette composition en sept mouvements, c’est la main qui dit je, cherchant la note juste pour tracer sa « gestuelle vocale » jusqu’au silence ultime, pressenti.
« Le poème qui se demande quelle est la nécessité de ses mots, de leur origine, de leur trajectoire, le poème du poème, ne s’enferme pas pour autant en lui-même, laissant le lecteur à l’écart. Le nouveau livre de Muriel Stuckel en témoigne, qui nous révèle la mise au monde d’un poème ; elle est celle de l’auteur également, son ardeur est si grande qu’elle se communique, elle devient la nôtre. « Du ciel sur la paume » le rappelle : la poésie est au cœur de nos vies, quels que soient nos actes, ce qui sans cesse les élargit. Nous l’étouffons quand nous lui imposons des limites. Nous comprenons que nous ne serons jamais assez vigilants, généreux, offerts. »
Pierre Dhainaut


Partition paginale

sans pause ni soupir

les mots s’agitent

me brûlent les doigts

flambée de notes

blanches et noires crépitent

dans la substance de la page

partition abyssale

sans pause ni soupir

le poème flambe

gouffre de résonance


Muriel Stuckel est poète, critique, professeur de littérature en khâgne au Lycée Fustel de Coulanges à Strasbourg. Outre des articles, des proses, des poèmes en revues, elle collabore à des livres collectifs et à des livres d’artistes. Aux éditions Voix d’encre, elle a publié en 2011 « Eurydice désormais » (peintures de Pierre-Marie Brisson, préface d’Hédi Kaddour) et en 2013 « L’insoupçonnée ou presque » (peintures de Laurent Reynès, préface de Bernard Noël, sélection du Prix Mallarmé 2014).

Hélène Baumel est artiste graveur, plusieurs fois lauréate de prix de gravures, expose très régulièrement en France et à l’étranger. Elle réalise aussi des livres d’artiste avec des poètes contemporains. Aux éditions Voix d’encre, elle a illustré les recueils de Max Alhau, « À la nuit montante », « Du bleu dans la mémoire » et a participé à l’anthologie « Écrire et peindre au-dessus de la nuit des mots ».





Voici quelques extraits d’un article d’Angèle Paoli publié dans la revue EUROPE (n°1046-1047-1048, juin-juillet-août 2016).

« Écrivains et poètes sont convoqués dans ce dernier recueil. Octavio Paz, Samuel Beckett, André Du Bouchet, Valère Novarina, Victor Hugo. Mais aussi Rilke, Paul Claudel, Yves Bonnefoy et Paul Auster. La main est le point de trame qui les réunit dans chacune des citations choisies. Tous sont des points cardinaux qui jalonnent l’écriture poétique de Muriel Stuckel. La poète pose leurs mots comme des étoiles qui guident ses propres interrogations, aspirations et recherches.

(…) Sur la page d’écriture, les mots sont « flocons », insaisissables, vaporeux. La poésie de Muriel Stuckel est aspiration à la légèreté.

(…) Envol des mots, envol des notes, envol des touches et des couleurs, mouvements vifs des masses qui s’extraient,surgissement des trois arbres. Avec, en alternance, des marque-pages-paysages qui ponctuent et traversent l’espace à la verticale. Écho intense des encres avec les mots.

(…) La poète convoite l’exactitude du point, ce moment essentiel et vibrant qui voit surgir le mot, en adéquation avec la pensée. Le rêve de l’aile est sans doute rêve icarien de l’envol, rêve mallarméen vers l’azur mais plus encore ici cet instant de la poésie prise dans le mouvement originel de sa naissance et de son éclosion. La paume de la main rejoint « la paume de l’espace ». La page-poème rejoint la partition musicale. De cette vision exaltée où les mots, plumes et ailes se répondent, s’échangent, se convoitent et se combinent, naît une gestuelle ample.

(…) La traversée poétique du recueil Du ciel sur la paume est riche et multiple. Foisonnante et belle. Il faut prendre le temps de s’approprier cette poésie d’une temporalité autre, imprégnée de symbolisme mallarméen. Muriel Stuckel puise sa force énergisante dans le creusement de l’indicible et son expression majeure dans un lyrisme affirmé et exigeant. Une prise de risque qui n’exclut nullement l’humain. Bien au contraire. L’expérience de la mort guide le poème vers son universalité. Celle d’une émotion contenue qui se partage dans un silence en si mineur. »


On pourra lire la note de lecture d’Olivier Massé, parue dans la revue DIÉRÈSE n° 68, été-automne 2016.

« Noces somptueuses / de la voix secrète / et de l’encre jaillissante ». La création, passage du ciel sur la paume, passage d’un monde muet à l’expression. Dans cet ouvrage de haute tenue, accompagnée des encres d’Hélène Baumel, l’auteure réalise sa création et rend sensible toute création. En effet, parcourant cette centaine de pages, nous assistons, lentement, minutieusement, à toutes les étapes de ce mouvement, de ce passage vers une autre existence. Mieux, nous les vivons, immergés dans un rythme dont l’on perçoit bien la respiration, grâce aux distiques et monostyches, souvent les pentamètres ou hexamètres de l’inspiration ou de l’expiration pudique, se saisissant elle-même. Ainsi, du néant à la lumière, tous les degrés les plus subtils affleurent, se manifestent, passent. Confiants en la maîtrise de la poétesse, tout en partageant sa prudence, nous saisissons « ces signes de l’insignifiance » comme une occasion exceptionnelle dans leur processus le plus subtil, « Spirales de l’obscur / ces parcelles de mots / que j’arrache / à la torture blanche de l’invisible // juste avant la pensée / et son risque d’embrasement ». Chaque page est ainsi pour son lecteur source de respiration, de méditation, de plongée. Car il s’agit de l’intime, du périlleux, de l’être fragmenté ou à peine visible, risquant l’erreur, l’emballement où il faudrait disparaître d’une autre manière, « se perdre s’abolir / se taire ». À la jonction de plusieurs mondes, enfin, « le poème s’échappe », et l’on poursuit, sans relâcher sa vigilance, en célébrant une joie fondamentale, celle de la beauté, de l’intuition dans son sens le plus réel, le plus secret aussi. L’on termine par cette célébration de la poésie, du ciel sur la paume, images simples et sensibles, reprises avec conviction, achevant la création avec valeur d’un « masque mortuaire ». Un dernier hommage, fait d’émotion et de grandeur, également, à Mizzi, l’amie musicienne disparue.


La note de lecture de Alain Fabre-Catalan, parue dans la « Revue Alsatienne de Littérature » n° 128, 2ème semestre 2017.


La note de lecture de Marilyne Bertoncini, parue sur le site recours au poème :

>http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/muriel-stuckel-du-ciel-sur-la-paume/marilyne-bertoncini]


La note de lecture de Sabine Huynh, parue sur le site terre à ciel :

https://www.terreaciel.net/Lus-un-jour-aimes-pour-toujours-9-par-Sabine-Huynh#.WW8sKhzvMcM


Une évocation par Fabio Scotto de « Du ciel sur la paume » dans son article « Qualche riflessione sulla poesia francese della mia generazione » sur le site de « Italian Poetry » :

http://www.italian-poetry.org/2018/02/poesia-francese-della-generazione-nata-tra-1940-e-1970/


Une lecture de Jacques Estager dans la revue « Les Carnets d’Eucharis » ( 2018) : « Pour les livres de Muriel Stuckel »



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SAUMURE


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SAUMURE

 

Alors que la mine monte ses galeries sur la face ensoleillée d’un ô séant bleu, la crête écume sa gueule noire dans  la descente de l’ascenseur, ne reste qu’un indescriptible espoir conduit par un train de wagonnets qu’un équipage de chevaux diligente.

Je suis né

je veux vivre

sans regret de savoir qu’on ne meurt qu’une fois alors que mon passé me montre des images de mon histoire à différents moments

Le sel

ne peut qu’en être la cause…

Niala-Loisobleu – 30/01/19

FIL A REPRISER


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FIL A REPRISER

 

A bout de force, le vent est tombé

quelques tuiles ont changé de résidence

par où les médias passaient l’antenne est à recoudre

l’herbe va profiter de l’accalmie pour sortir de son mal de dos

de l’autre côté de l’Atlantique la prochaine est dans le train du matin.

 

Niala-Loisobleu – 30/01/19

MON DESTIN


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MON DESTIN

 

Mon destin, c’est l’effort de chaque nuit vers moi-même,
c’est le retour au cœur, à pas lents, le long des villes asservies à la bureaucratie du mystère.
Que m’importe d’être né, d’être mort,
d’avoir cent ans de cheveux, des dispositions pour la marine marchande, un mètre d’esprit de contradiction et des femmes fidèles
dans les lits des autres ? Que m’importe d’avoir ma place retenue d’avance sur ce monde que je connais pour l’avoir fait ?
Je suis de ceux qui sèment le destin, qui ont découvert le vestiaire
avant de se risquer en pleine vie. Je suis arrivé tout nu,
sans tatouages cosmiques. Le doux géant qui me tracasse
quand je me sens encore désossé par le sommeil,
c’est l’Univers que je me suis créé, qui me tient chaud en rêve.
Et si je meurs demain, ce sera d’une attaque de désobéissance.

 

Léon-Paul Fargue (Horoscope, Gallimard)

 

ALERTE


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ALERTE

Sur l’angle aigu se mord le temps d’arrêt

vivant de papier peint fleuri hors de son ruisseau tari

il pleut à donner envie de glisser sa peau sous d’autres cascades

le pouls cogne au sein la rafale d’une averse qui gonfle le taire d’un cri

qui tient la porte close au chien hurlant de ses yeux jaunes en meute sur la piste

la voix qui descend par la cheminée coupe le vide en  courant sur cette plage déserte…

Niala-Loisobleu – 29/01/19

AU CADRAN L’OMBRE PORTE


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AU CADRAN L’OMBRE PORTE

Assèchement sanguin, l’artère les mains vides regarde le flot incessant du bruit en mouvement. Avant d’entrer au rayon fruits et légumes les oranges ont connu la chaleur du vent du sud dans l’ocre des terres d’où sortent les immenses jarres laissant un sentiment d’existence dans leur corps. Les tours de l’âne dans la noria s’appareillent à la canalisation du drainage. Mordre à perdre la limite séparant la pulpe du noyau. Parfois le couteau dans la coupe à fruits fait nature-morte. Je pense à l’esprit pictural de Cézanne dans son atelier des Lauves découvrant un tricheur dans les Joueurs de Cartes. Ou encore  à Bizet rémoulant l’arme de Carmen devant la Manufacture de Tabacs. Les séguedilles font crier les guitares en tapant du talon. Le vent marche à toute allure. Il y a un maléfice de tempête dans les années 9. Reste l’oeil que l’acide tient en son pouvoir. Le lin ne peut rien éponger par absence de clarté. Le feu en profite. Quelque part dans les cases de l’oie, un rêve sort de prison. La pierre garde à jamais la mémoire des mots forts gravés joyeux, igorant l’épitaphe au profit de la légende du hiéroglyphe. Forme de soleil mis en jachère. Le chevalet mange le vers , la fenêtre laisse lever la voile

(Illustration Henri Matisse)

Niala-Loisobleu – 29/01/19