INSTANT TANNE


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INSTANT TANNE

Je te vois assise dans l’atelier

baguette d’orchestre odeur de peint

pression retenue tube bleu de cobalt

lèvres rose tyrien sur les joues d’un chrome orange au couchant

la menthe couchée par le vent

à genoux

en retenant les volets j’ai murmuré d’une voix douce

le regard tourné sur l’attente de livraison

un code barres muet en ligne fait feuille-morte

venu des îles le remuement poitrinaire de la mer roule les galets jusqu’à la falaise

les oiseaux-marins passent à bord des canots d’embruns

le nez coule d’un virus grippal

je t’aime en formes sur la toile

 

Niala-Loisobleu – 09/12/18

ELLE VEUT (Serge Reggiani)


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ELLE VEUT (Serge Reggiani)

Dans un pays où il n’a jamais vraiment plu
Elle est arrivée dans ma vie à l’âge ou rien n’arrive plus
A l’âge où le bonheur est synonyme de défaite
Le passé est fouineur qui vient jouer le trouble-fêteElle m’abandonne son corps, qu’elle rit ou qu’elle soupire
La peur de tout rater encore la peur, la peur voilà le pire

Il peut chavirer le bateau à tanguer sous les souvenirs
Le passé est un vieux couteau mais qui menace la nuit

Mais elle veut, elle veut, elle le veut comme je le veux
Elle veut que s’exauce un unique vœu
Elle veut, elle veut autant que je le veux
Elle veut voir se blanchir nos cheveux

Au fil des jours, au cours des mois, au temps de guerre et de caresses
Quand elle est là près de moi, je tremble pour qu’elle disparaisse
Qu’elle s’en aille n’importe où, ou qu’elle se prenne le maquis
Et le passé ce vieux filou ajoute oui et avec qui

Veiller aux grains de ses envies vieillir au creux de ses plaisirs
Lui faire des petits câlins et oublier nos déroutes
Le passé est un vieux malin qui a fait se joindre notre route

Mais elle veut, elle veut, elle le veut comme je le veux
Elle veut que s’exauce un unique vœu

Elle veut, elle veut autant que je le veux
Elle veut voir se blanchir nos cheveux
Elle veut, elle veut autant que je le veux
Elle veut voir se blanchir nos cheveux

 

BRIBES (XXIII)


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BRIBES (XXIII)

 

Aux cris cassés d’un sursaut, mes bras écartés resserrent leurs mailles pour tenir l’alevin en eau

Un disque usé boucle les pellicules d’un regain tenu par les bretelles

Le cartel de la Fête du Citron gazéifie  la plus avenue : Liberté d’Expression la déesse aux pieds nus

Détourner mes mots d’oxygène en idée aile est un sacrilège,  leur pureté, leur essence  se passent de truc en plume pour s’émettre. Les déguiser en espoir qui pesticide est d’une bassesse destinée aux rampants dont on sait qu’il faut s’enterrer pour tenter les atteindre

 

O POESIE! 

                  «Je prends le risque de m’adresser à toi, directement…»

« Je ne puis m’empêcher de te nommer
Par ton nom que l’on n’aime plus parmi ceux qui errent
Aujourd’hui dans les ruines de la parole.
Je prends le risque de m’adresser à toi, directement,
Comme dans l’éloquence des époques
Où l’on plaçait, la veille des jours de fête,
Au plus haut des colonnes des grandes salles,
Des guirlandes de feuilles et de fruits.

Je le fais, confiant que la mémoire,
Enseignant ses mots simples à ceux qui cherchent
A faire être le sens malgré l’énigme,
Leur fera déchiffrer, sur ses grandes pages,
Ton nom un et multiple, où brûleront
En silence, un feu clair,
Les sarments de leurs doutes et leurs peurs (…) »

Yves Bonnefoy – In Les planchEs courbes, Editions Gallimard/Poésie.

 

Un jour traversant le piqué d’avions de chasse, j’ai passé la Loire en plein été de jeux interdits. Les bombes avaient été bénies par un certain Pie XII pape  à la solde des exécuteurs d’amour autrement que dans le vice d’un lupanar politique. Comme j’aurais pu rester innocent, devenir l’enfant de l’imaginaire si j’avais été pourri à l’image des donneurs de leçons ?

L’amour est heureux de l’imbécile que je suis….

 

Niala-Loisobleu – 9 Décembre 2018

 

SOLEIL ETEINT


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SOLEIL ETEINT

 

A l’heure lisse les oiseaux en papiers se sont froissés les zèles aux carreaux des cahiers à spirales. En marge d’une considération conforme à la réalité, d’autres impressions  sont venues sournoisement modifier le sentiment. De modèle l’oiso se voit montrer du doigt. A la tienne et tienne. Le marronnier pris d’assaut par le faux gilet-jaune voit sa grille de protection  servir de bélier pour la casse sur un mur fourbe, autour du matelas et de l’armoire à glace en barricade des mariés de la Commune, un gamin de Paris est brûlé pour sorcellerie. Les lacets défaits, le remorqueur du Quai aux Fleurs, sort le poète du printemps. Transatlantlque torpillé, j’irai revoir ma Normandie aux croix blanches. La nuit est tombée avec un cri sinistre. La manivelle des caméras pédale en piqué. As-tu déjà laissé ta pensée se promener dans le chant brûlé d’Oradour-sur-Glane ? Rue des Rosiers, la fleuriste a baissé le rideau. Un bruit de bottes traversant les Ardennes, coud les étoiles de la haine à l’orée des poitrines. Je réhabite un wagon à Drancy, si tu savais petit l’atrocité que contient la rayure au costume tu réfléchirais à deux fois avant de pousser la porte du tatoueur. Dimanche dernier au Pathé de campagne, un film d’horreur m’a noirci le blanc. des enfants qui s’aiment Le soleil joue à la roulette russe. Fais trois noeuds à ton mouchoir, et n’oublies pas qu’ils ont été des millions à vouloir mourir pour le bonheur des autres. Me remonte en haut-le coeur ce terrifiant poème concluant qu’il n’y a pas d’amours heureuses

Niala-Loisobleu – 9 Décembre 2018