TABLEAU DE BORD


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TABLEAU DE BORD

Vols de mouettes sourdes aux bruits des canons à eau comme à mitrailles, à n’être qu’en plein sel, la blondeur des dunes servant de caleçon pour le nu que la vieillesse gardera toute son enfance.La mer du grand bassin des Tuileries pour mettre le bateau en papier à l’eau. Oléron dans l’eau, Colomb à bord du caniveau de mon Paname à la découverte de s’amérique émoi , à dos de cheval de bois du manège grande roue universelle dans la putain de vie des guerres en mondiale et en coloniale, près de son Louvre délivré de roi, obélisque et chantent les nuits chaudes à Montmartre au fond de paradis latin, Lutèce sans son maillot de bains reniflant lesbos aux accents de Marguerite cadencée  par la fanfare de l’Ecole des Beaux-Arts sans plus chercher à savoir qui fera du Tabou le crachoir du cimetière où on finira certainement tombé d’une fenêtre de l’Observatoire du genre humain à Montparnasse, avec le seul cri de Jeanne Ebuquerque valant qu’on s’arme pour une cause qui pardonnerait pas l’existence des faiseuses d’anges du dogme pas plus que la peine de mort des républiques bananières, tumulte tueuse de jeunesse. Eperdu on se bat pour ne pas voir tout se perdre, on pleure lacrymogène , on hurle le profit et ses casseurs de paix à la solde de sombres éminences, on vomit et rompu de frustration on s’y remet comme par espoir plus fou que tout à vouloir mettre de l’ordre dans l’injustice. Dans la déception présente en fin de compte l’âge que j’veux au sens littéral est celui de ma jeunesse….

Niala- Loisobleu – 8 Décembre 2018

 

https://www.youtube.com/watch?v=ELgl_lSmXXg

LA LOI ET LES PROPHÈTES


Francis Ponge

LA LOI ET LES PROPHÈTES

 

« Il ne s’agit pas tant de connaître que de naître. L’amour-propre et la prétention sont les principales vertus. »

Les statues se réveilleront un jour en ville avec un bâillon de tissu-éponge entre les cuisses. Alors les femmes arracheront le leur et le jetteront aux orties. Leurs corps,
fiers jadis de leur blancheur et d’être sans issue vingt-cinq jours sur trente, laisseront voir le sang couler jusqu’aux chevilles : ils se montreront en beauté.

Ainsi sera communiquée à tous, par la vision d’une réalité un peu plus importante que la rondeur ou que la fermeté des seins, la terreur qui saisit les petites filles
la première fois.

Toute idée de forme pure en sera définitivement souillée.

Les hommes qui courront derrière l’autobus ce jour-là manqueront la marche et se briseront la tête sur le pavé.

Cette année-là, il y aura des oiseaux de Pâques.

Quant aux poissons d’avril on en mangera les filets froids à la vinaigrette.

Alors les palmes se relèveront, les palmes écrasées jadis par la procession des ânes du Christ,

De tous les corps, nus comme haricots pour sac de cuisine, un germe jaillira par le haut : la liberté, verte et fourchue. Tandis que dans le sol plongeront les racines, pâles
d’émotion.

Puis ce sera l’été, le profond, le chaleureux équilibre. Et l’on ne distinguera plus aucun corps. Plus qu’une ample moisson comme une chevelure, tous les violons d’accord.

Tout alors ondoie. Tout psalmodie fortement ces paroles :

« Il ne s’agit pas tant d’une révolution que d’une révolution et demie. Et que tout le monde à la fin se retrouve sur la tête. »

Une tête noire et terrible, pleine de conséquences en petits grains pour les prés.

Un grief, une haute rancune que n’impressionne plus aucun coup de trompettes sonnant la dislocation des fleurs.

 

Francis Ponge