L’Heure présente d’Yves Bonnefoy, entre inquiétude et espoir


L’Heure présente d’Yves Bonnefoy, entre inquiétude et espoir

 

Voici regroupés en un seul volume les trois derniers écrits poétiques d’Yves Bonnefoy dans un nouvel élément de cette chaîne indispensable de caractères qu’est la collection Poésie/Gallimard. Un livre étrange et passionnant de bout en bout qui mêle poèmes, proses et réflexions critiques servis par la plume toujours élégante et gracieuse d’un homme de Lettres hors du commun… Poète avant tout, même si son œuvre critique et ses traductions sont plus nombreuses en terme d’ouvrages, car l’esprit de Bonnefoy est celui d’un poète qui s’entoure de vers et de beauté, surtout quand il devient très pointu dans ses analyses. Ainsi, La longue chaîne de l’ancre vise à explorer ce qui différencie l’écriture en vers de l’écriture en prose, sans jamais les opposer mais en essayant de tisser des liens qui pourrait parvenir à se nouer suffisamment pour qu’une passerelle se dresse et que le passage entre l’une et l’autre apparaisse, mettant alors à jour des régions subconscientes dont le poème est à l’écoute. 

Au soir du second jour le monde cesse,

Ce qui aurait pu être ne sera pas,

Toute la nuit il pleut jusqu’au fond de l’herbe

 

Une chaîne d’encre aussi qui arrime le lecteur dans le cheminement de l’esprit du poète qui, parti des eaux profondes de l’inconscient – lieu de pensée autant que de vie – parvient jusqu’à nous sous différents jeux de langage, images suggérées, musique murmurée…

 

Personne n’a posé son regard sur lui.

Ce qui aurait pu être ne sera pas.

La parole ne sauve pas, parfois elle rêve.

 

Avec L’heure présente vous découvrez le jeu de l’alternance entre prose et poésie : Yves Bonnefoy est joueur, il inscrit ses proses pour remuer le sol de la conscience qu’on arrache au monde réel, malgré les réticences à admettre que vives demeurent des impressions et des intuitions que la pensée diurne réprime, pour mieux tourner la page sur un poème qui s’attache à employer ces mots ainsi rénovés, posant alors les problèmes de l’être et du non-être, du sens et du non-sens, sorte d’aveu implicite de cette époque déstabilisante…

 

 

Écrire de la poésie pour poser autrement les bonnes questions ? Certes, Bonnefoy est un brillant essayiste, mais il sait aussi que par le biais du poème il pourra distiller son sérum de vérité sans en avoir l’air, ses poèmes pénétrant par fragments de réponse l’âme du lecteur qui sera comblé à la fin du livre, heureux d’en savoir plus, ébahi d’avoir si facilement compris sans effort apparent, ravi du plaisir pris à la lecture… 

Avance sur ton seuil, sous les liserons,

Ouvre ta main de l’enclume vers moi.

Viens avec moi boiter dans l’avenir !

On rejette les souvenirs, hélas,

La mémoire n’en finit pas de se redresser,

C’est un feu qu’on écrase, rien de ce monde.

 

Tel Hamlet, voire l’acteur interprétant Hamlet, tout le moins tentant une approche décalée sur les injonctions du metteur en scène  (« Première ébauche d’une mise en scène d’Hamlet »), Yves Bonnefoy s’approche de votre oreille pour vous murmurer sa petite musique poétique, il est la voix de l’espace réfracté dans votre âme aux abois : « il approche, on ne sait pas où il est au juste, peut-être va-t-il paraître en quelque point de la vaste scène, en main une lampe-tempête, sur son visage le masque que sont les mots de la poésie. »

 

Poète du présent aussi, Yves Bonnefoy veut croire que demain sera plus fertile qu’hier, que la lueur se fera au bout du chemin, optimisme poétique servi par une langue qui revient aux sources de tout :

Heure présente, ne renonce pas,

Reprends tes mots des mains errantes de la foudre,

Écoute-les faire du rien parole,

Risque-toi

Dans même la confiance que rien ne prouve,

Lègue-nous de ne pas mourir désespérés.

 

François Xavier

 

 

En ce jour où la vision se met à l’ordre du jour….

N-L – 06/12/18

 

BRIBES (XX)


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BRIBES (XX)

 

D’un battement d’oeil bleu genre queue de perruche, mandé à la barre, j’dis, J’le jure Président, tu peux sentir ta colonne se fissurer, ça crin de cheval en proie à ruer. Ton beau livre d’images, où tu épingles le papillon sans l’avoir anesthésié fond comme ainsi font font font les colères de tes sujets.

Puis par un rai chromatique la route se fit voir

Madison harmonica

que les ponts en soupirent

cette eau est d’amour

Nous reconnaissons le timbre où cascade la pluie en source terrestre, comme tu sens la mer lointaine des conquêtes territoriales  je sens le bastingage du pont supérieur, celui qui est interdit aux touristes venus pêcher la baleine au numérique.

Sans que rien n’arrête le nerf

la senteur de ton soutien-gorge déployé

frise son relief aux plates-bandes…

 

Niala-Loisobleu – 06/12/18