VERS MINUIT


Paul Eluard

 

VERS MINUIT

Des portes s’ouvrent des fenêtres se dévoilent
Un feu silencieux s’allume et m’éblouit
Tout se décide je rencontre
Des créatures que je n’ai pas voulues

Voici l’idiot qui recevait des lettres de l’étranger
Voici l’anneau précieux qu’il croyait en argent
Voici la femme bavarde aux cheveux blancs
Voici la fille immatérielle

Incomplète et laide baignée de nuit et de misère
Fardée de mauves et de pervenches absurdes
Sa nudité sa chasteté sensibles de partout
Voici la mer et des bateaux sur des tables de jeu
Un homme libre un autre homme libre et c’est le

même
Des animaux enragés devant la peur masquée de

boue
Des morts des prisonniers des fous tous les absents

Mais toi pourquoi n’es-tu pas là pour m’éveiller

 

Paul Eluard

8 réflexions sur “VERS MINUIT

      • Mais sur le sable auprès de moi
        ton corps désaltéré de jour
        ta peau crissante comme soie
        luit doucement parmi l’obscur
        Un peu de soleil prisonnier
        s’évapore en secret de toi
        et quand je caresse tes seins
        tout ce qui reste de soleil
        glisse doucement dans mes mains…

        Claude Roy, encore.
        Merci à toi, mon Alain.

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      • BESTIAIRE DES AMANTS

        Amants endormez-vous après de tendres soins serrez-vous aimez-vous vos rêves iront loin Bien au-delà du jour au profond du sommeil du bon-chaud de l’amour renaîtra le soleil
        Un écureuil viendra Entre vos deux orteils un lézard glissera Tous vos amis de nuit la loutre et le renard le chat et la fourmi accourront sans retard à pas feutrés de
        rêve jusqu’au chant de l’alouette et se mélangeront sans mordre ni crier au jaune hérisson à la fauvette huppée Les hôtes amicaux

        viendront à pas feutrés

        jusqu’au cocorico

        d’un grand coq très distrait

        qui chassera enfin

        cette ménagerie

        que la soif ni la faim

        n’auront jamais surpris

        Sur la main de l’enfant aimée un rossignol vient et se pose (La gazelle viendrait aussi mais elle a peur et elle n’ose)

        La truite et le chien de mer

        s’en vont naviguant de conserve

        Le toucan l’étoile de mer

        restent tous deux sur la réserve

        Devant le bélier qui insiste

        pour que le chat touche à ses cornes

        ne sachant trop si elle existe

        longuement pleure la licorne

        La taupe et le corbeau

        s’en vont à petits pas

        Le renard les chevaux

        marchent tout près du rat

        et la chauve-souris

        veille sur la dormeuse

        tandis qu’une perdrix

        lui chante une berceuse

        La girafe et le chien

        le lion le pangolin

        le zèbre et la vigogne

        flairent les endormis les lèchent doucement et parlent en amis aux fidèles amants qui s’éveillent enfin lorsque le réveil sonne et leur rend leur matin de vraies grandes
        personnes.

        Claude Roy

        Encore, Claude, avec lui on se retrouve chez ses gens-là, sans chercher où sont rangés les couverts à poisson et le caleçon de ben, on est chez nous ma Barbara.
        Je t’embrasse comme un bestiaire, non exhaustif…

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