EN ATTENDANT QUE REVIENNE LE JOUR


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EN ATTENDANT QUE REVIENNE LE JOUR

 

Les doigts encore tremblants du jardin que les ongles ont fouillés, des iris jusqu’aux noyaux, la feuille frémit comme un claquement de langue, la table de ferme s’ouvre comme une fringale…

L’armoire normande grimpe aux chaumes,

les pommiers tournent en cabane, le pressoir c’est en bolée, nous itou…

 

N/L/03/11/18

Elle ne suffit pas l’éloquence


rene_crevel

Elle ne suffit pas l’éloquence

 

Elle ne suffit pas l’éloquence.
Mon coeur ce soir se balance
Et glisse au fil d’une paupière
Lampion de misère
Qui n’éclaire pas ma nuit.
Homme noir mais non d’onyx,
Homme couleur de dépit
Titubant par le marais des petites haines,
Tu voudrais
Comme une alouette son miroir
Un soleil où mourir avec ta peine.
Tu cherches mais trop inquiet
Pour trouver ton Reposoir.
Rien ne brille
Ni les yeux, ni le fer, ni l’aimant anonyme
Qui libèrent de mille clous
Tes douleurs
Où l’essaim des mouches au vol boiteux
Des mouches qui n’ont qu’une aile
Allument de piètres étoiles de sang.
Jongleur,
Jongleur de paroles,
Tes mots s’écrasent contre les murs.
Ton angoisse – encore un ruban frivole –
Couronne
Un cerveau qui trop longtemps a joué au « pigeon vole ».
Les lettres du désespoir
Ce soir
Sont égales aux lettres des bonheurs d’autrefois.
Que dirai-je alors !
Que te dirai-je à toi
Frère né de mes pieds
Sur un sol où tu ne vis que pour m’épier.
Trottoir que j’ai suivi
Pour son mensonge de granit.
J’ai oublié que là-bas était la mer
Et j’ai fui l’eau miroir d’étoiles
Pour chanter une main
Dans une autre main.
Fleuve vert.
Enfance douce
Pitié pour l’homme qui passe
L’homme qui mord sa lèvre
Dans ces lèvres
Car il a peur d’oublier le goût de bouche.
Timonier brun, sous la toile bleue
La peau couleur de cheveux,
Holà ! beau voyageur,
Tu allais vers la mer
Maintenant tu marches sur les flots
Et moi qui cherche au ciel un trou, un hublot
Je suis le noyé des terres.
Dis qu’il n’est pas trop tard,
Ô mon orgueil, pour jouer au phare.
Et sur le matelas des herbes tendres
Tombe en triangles de métal.
Mon coeur aura beau hurler son mal,
Mon coeur j’en ferai des lanières,
Des lanières que je saurai teindre
Ou tordre en chiffres
Plus définitifs
Que les oeufs dans leurs coquilles
Et les momies dans leur robe d’or.
Et toi, mon corps, maudis les sens comme un malade
ses béquilles.

René Crevel (Création,1924)

Les Hauts-Fonds Éditions
© Les Hauts-Fonds
Collections Poésie et Porte-Voix

AVANT


Cette couleur que tu pulses d’un pouls régulier revient comme le meilleur de ce qui tient en vol au plus écarté. Derrière l’église à l’arrondi de l’abside, aux troncs des hanches. Cheval de tes seins tiré de stalle. J’ai ton ventre dans ma houle, le pied marin. Quand Hugon te tiendra dans la féminité de son cri tu te diras que j’hennis.

N-L-03/11/18

GRAIN D’AILE


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GRAIN D’AILE

Brillant d’avoir été au frais, sorti en commençant à chauffer le soleil tenait d’abord à éclairer. C’est vrai les intentions n’ont pas toujours l’apparence du regard que l’on peut avoir.

J’ai allumé l’atelier de l’intention de franchir, il n’a pas crispé , pourtant on dirait qu’il glace j’allume aussi Mozart, entre fous on s’entend mieux.

Que le bleu mette en marche, juste ses ouvertures de rues dans cet espace infini d’un quartier inhabité de tours dévoreuses. La barque tremperait aux cuisses du confluent, la pureté retenue au bief du moulin à marées. Le bruit du lit de la rivière, ne froisse pas les bras.

Niala-Loisobleu – 03/11/18

ALGUES AU RYTHME


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ALGUES AU RYTHME

Là, devant, la nuit coupée au chalumeau tord sa ferraille, le chiffonnier l’ajoutera aux peaux de lapins, une pierre sonne au loin, le pouls bat au-devant de l’horizon

Le regard de Marthe porte en première vague, la voix profonde de mon père me dit: « Peins frais »…

Niala-Loisobleu – 3 Novembre 2018