HERBES FOLLES


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HERBES FOLLES

 

Entre et crie le parfum, casse l’épine

j’étouffe le bruit d’avance de la pendule

sans toucher au retard mis dans la mort à paraître

 

En  fosse poplitée à mains jointes

je plie le genou de te remonter au fond du nombril

risées de ton cou plus fauves qu’avant le taire brûlé de l’insulte faite au vivre

quelques menthes dans l’anneau de sa turne…

 

N-L/02/11/18

ENTRE LES ORTIES ET LE SUREAU


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ENTRE LES ORTIES ET LE SUREAU

Ô bonheur

L’air fluide et tendre cède plus mollement que l’eau

La  grenouille  confie  ses  clameurs  aux  rochers   lisses   du

maquis

À l’appétissante bouillie au bassin vert miroitant

Zone marécageuse entre le souffle et les roseaux

Le  silence  respire et j’expire immobile  et  sanguine  comme

 le drapé du rêve

Je retiens mon souffle et c’est le calme

Calme la vague émue

Calme le sable le ciel et l’introuvable tortue

Calme le cri qui ne s’élèvera plus

Sois  heureuse  car  la  nuit  repose  dans  le  courant  qui  tire

vers le large
Et  l’éléphant  blanc  ouvre  la  porte  qui   donne sur   la  baie

Et blêmit car ici même le vent sait attendre

Ochinèse*, 1963

Joyce Mansour

Joyce Mansour, « L’heure érogène », Carré Blanc, éditions du Soleil, Collection Le Soleil Noir dirigée par François Di Dio [1921-2005], 1965, page 66. Première de couverture de Pierre Alechinsky.**

 

 

Où que bute cette fluidité, de l’obscur se glisse un rai

pourtant je pêne qui me vole les clefs ?

Si les voleurs de migration des oies se contentaient de jouir de leur insane état, les ancres

aux pieds auraient des iambes…

 

N-L /02/11/18

 

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Les chemins qui mènent au but sont ceux que l’on ouvre à sa machette.


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Les chemins qui mènent au but sont ceux que l’on ouvre à sa machette

D’un ancien brouillard ayant posé ses conditions se renouvelle ce refus d’obtempérer qui me saisit à l’instant où je sens la crainte de ne pas pouvoir aller au bout se représenter à moi. Ce type d’opposition déclenche des réactions physiques, mises en place par un trouble de fonctionnement. Pour moi, lutter pour vivre est incompatible avec le système messie, je n’attends pas plus  de la grâce d’un bon génie que du gain au loto. J’assume.

Les chemins qui mènent au but sont ceux que l’on trace à sa machette. La vie d’artiste est sur aucune carte.

Crache dans tes mains ça gantera ta paume pour la pioche. Ne te vois pas déjà en haut de l’affiche. Le froid du chemin rage la chaleur du vouloir. Faire voilà vivre. Je regarde la cabane éventrée dans la percée du buisson ardent, elle a toute sa portée dans le silence de sa flamme. Le pré est doté de tous les sels. L’air l’attise en odeur et le vent la soulève. Elle émane en silence. Elle irradie. Productive d’une ligne de flottaison venue d’avant nous mêmes et poursuivant au-delà. Croisements, bienveillants métissages, la culture n’a rien du nitrate destructeur. Le premier qui a mis sa main au vivant de la pierre, a tenu le derme pour l’éternité intrinsèque de la ligne humaine.

Elle est chaude, le brouillard ne la sort pas du clair, le froid n’y pénètre pas ses doutes. J’aime cette cabane comme recevant son souffle dans ma poitrine. Elle m’inspire.

Niala-Loisobleu – 2 Novembre 2018

Dire Faire Octavio Paz


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Dire Faire Octavio Paz

Entre ce que je vois et dis,

Entre ce que je dis et tais,

Entre ce que je tais et rêve,

Entre ce que je rêve et oublie

La poésie.

Se glisse entre le oui et le non :

elle dit

ce que je tais,

elle rêve

ce que j’oublie.

Ce n’est pas un dire :

c’est un faire.

C’est un faire

qui est un dire.

La poésie se dit et s’entend :

elle est réelle.

Et à peine je dis

elle est réelle

qu’elle se dissipe.

Plus réelle ainsi ?

Idée palpable,

mot

impalpable :

la poésie

va et vient

entre ce qui est

et ce qui n’est pas.

Elle tisse des reflets

et les détisse.

La poésie

sème des yeux sur les pages.

Les yeux parlent

les mots regardent

les regards pensent.

Entendre

les pensées

voir ce que nous disons

toucher

le corps

de l’idée.

Les yeux

se ferment

Les mots s’ouvrent.

(Trad: Colette)

Decir, Hacer de Octavio Paz

A Roman Jakobson

Entre lo que veo y digo,
Entre lo que digo y callo,
Entre lo que callo y sueño,
Entre lo que sueño y olvido
La poesía.
Se desliza entre el sí y el no:
dice
lo que callo,
calla
lo que digo,
sueña
lo que olvido.

No es un decir:
es un hacer.
Es un hacer
que es un decir.
La poesía
se dice y se oye:
es real.

Y apenas digo
es real,
se disipa.
¿Así es más real?
Idea palpable,
palabra
impalpable:
la poesía
va y viene
entre lo que es
y lo que no es.

Teje reflejos
y los desteje.
La poesía
siembra ojos en las páginas
siembra palabras en los ojos.
Los ojos hablan
las palabras miran,
las miradas piensan.

Oír
los pensamientos,
ver
lo que decimos
tocar
el cuerpo
de la idea.
Los ojos
se cierran
Las palabras se abren.