AUX OISEAUX


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AUX OISEAUX

Paroares, rolliers, calandres, ramphocèles,
Vives flammes, oiseaux arrachés au soleil,
Dispersez, dispersez, dispersez le cruel
Sommeil qui va saisir mes mentales prunelles!

Fringilles, est-ce vous, euphones, est-ce vous,

Qui viendrez émouvoir de rémiges lumières

Cette torpeur qui veut se croire coutumière

Et qui renonce au jour n’en sachant plus le goût?

Libre, je veux enfin dépasser l’heure étale,
Voir le ciel délirer sous une effusion
D’hirondelles criant mille autres horizons,
Vivre, enfin rassuré, ma douceur cérébrale.

S’il le faut, pour briser des tristesses durcies,
Je hélerai, du seuil des secrètes forêts,
Un vol haché de verts et rouges perroquets
Qui feront éclater mon âme en éclaircies.

Jules Supervielle

17 réflexions sur “AUX OISEAUX

        • AUX DIX MILLE ANNÉES

          Ces barbares, écartant le bois, et la brique et la terre, bâtissent dans le roc afin de bâtir éternel !

          Ils vénèrent des tombeaux dont la gloire est d’exister encore ; des ponts renommés d’être vieux et des temples de pierre trop dure dont pas une assise ne joue.

          Ils vantent que leur ciment durcit avec les soleils ; les lunes meurent en polissant leurs dalles ; rien ne disjoint la durée dont ils s’affublent ces ignorants, ces barbares !

          o

          Vous ! fils de Han, dont la sagesse atteint dix mille années et dix mille milliers d’années, gardez-vous de cette méprise.

          Rien d’immobile n’échappe aux dents affamées des âges. La durée n’est point le sort du solide. L’immuable n’habite pas vos murs, mais en vous, hommes lents, hommes
          continuels.

          Si le temps ne s’attaque à l’oeuvre, c’est l’ouvrier qu’il mord. Qu’on le rassasie : ces troncs pleins de sève, ces couleurs vivantes, ces ors que la pluie lave et que le soleil
          éteint.

          Fondez sur le sable. Mouillez copieusement votre argile. Montez les bois pour le sacrifice : bientôt le sable cédera, l’argile gonflera, le double toit criblera le sol de ses
          écailles :

          Toute l’offrande est agréée !

          o

          Or, si vous devez subir la pierre insolente et le bronze orgueilleux, que la pierre et que le bronze subissent les contours du bois périssable et simulent son effort caduc :

          Point de révolte : honorons les âges dans leurs Chutes successives et le temps dans sa voracité.

          Victor Segalen

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  1. OISEAUX

    Flammes sans cesse changeant d’aire
    qu’à peine on voit quand elles passent

    Cris en mouvement dans l’espace

    Peu ont la vision assez claire
    pour chanter même dans la nuit

    (Philippe Jaccottet)

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