LES VRILLES DE LA VIGNE


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LES VRILLES DE LA VIGNE

Autrefois, le rossignol ne chantait pas la nuit. Il avait un gentil filet de voix et s’en servait avec adresse du matin au soir, le printemps venu. Il se levait avec les camarades, dans l’aube grise et bleue, et leur éveil effarouché secouait les hannetons endormis à l’envers des feuilles de lilas.

Il se couchait sur le coup de sept heures, sept heures et demie, n’importe où, souvent dans les vignes en fleur qui sentent le réséda, et ne faisait qu’un somme jusqu’au lendemain.

Une nuit de printemps, le rossignol dormait debout sur un jeune sarment, le jabot en boule et la tête inclinée, comme avec un gracieux torticolis. Pendant son sommeil, les cornes de la vigne, ces vrilles cassantes et tenaces, dont l’acidité d’oseille fraîche irrite et désaltère, les vrilles de la vigne poussèrent si dru, cette nuit-là, que le rossignol s’éveilla ligoté, les pattes empêtrées de liens fourchus, les ailes impuissantes…

Il crut mourir, se débattit, ne s’évada qu’au prix de mille peines, et de tout le printemps se jura de ne plus dormir, tant que les vrilles de la vigne pousseraient.

Dès la nuit suivante, il chanta, pour se tenir éveillé :

Tant que la vigne pousse, pousse, pousse…

Je ne dormirai plus !

Tant que la vigne pousse, pousse, pousse…

Il varia son thème, l’enguirlanda de vocalises, s’éprit de sa voix, devint ce chanteur éperdu, enivré et haletant, qu’on écoute avec le désir insupportable de le voir chanter.

J’ai vu chanter un rossignol sous la lune, un rossignol libre et qui ne se savait pas épié. Il s’interrompt parfois, le col penché, comme pour écouter en lui le prolongement d’une note éteinte… Puis il reprend de toute sa force, gonflé, la gorge renversée, avec un air d’amoureux désespoir. Il chante pour chanter, il chante de si belles choses qu’il ne sait plus ce qu’elles veulent dire. Mais moi, j’entends encore à travers les notes d’or, les sons de flûte grave, les trilles tremblés et cristallins, les cris purs et vigoureux, j’entends encore le premier chant naïf et effrayé du rossignol pris aux vrilles de la vigne :

Tant que la vigne pousse, pousse, pousse…

Cassantes, tenaces, les vrilles d’une vigne amère m’avaient liée, tandis que dans mon printemps je dormais d’un somme heureux et sans défiance. Mais j’ai rompu, d’un sursaut effrayé, tous ces fils tors qui déjà tenaient à ma chair, et j’ai fui… Quand la torpeur d’une nouvelle nuit de miel a pesé sur mes paupières, j’ai craint les vrilles de la vigne et j’ai jeté tout haut une plainte qui m’a révélé ma voix.

Toute seule, éveillée dans la nuit, je regarde à présent monter devant moi l’astre voluptueux et morose… Pour me défendre de retomber dans l’heureux sommeil, dans le printemps menteur où fleurit la vigne crochue, j’écoute le son de ma voix. Parfois, je crie fiévreusement ce qu’on a coutume de taire, ce qui se chuchote très bas, – puis ma voix languit jusqu’au murmure parce que je n’ose poursuivre…

Je voudrais dire, dire, dire tout ce que je sais, tout ce que je pense, tout ce que je devine, tout ce qui m’enchante et me blesse et m’étonne ; mais il y a toujours, vers l’aube de cette nuit sonore, une sage main fraîche qui se pose sur ma bouche, et mon cri, qui s’exaltait, redescend au verbiage modéré, à la volubilité de l’enfant qui parle haut pour se rassurer et s’étourdir…

Je ne connais plus le somme heureux, mais je ne crains plus les vrilles de la vigne.

 

Colette

LE GAUCHO


Vache Normande 03

LE GAUCHO

Les chiens fauves du soleil couchant harcelaient les

[vaches
Innombrables dans la plaine creusée d’âpres

[mouvements,
Mais tous les poils se brouillèrent sous le hâtif

[crépuscule.

Un cavalier occupait la pampa dans son milieu
Comme un morceau d’avenir assiégé de toutes parts.
Ses regards au loin roulaient sur cette plaine de chair
Raboteuse comme après quelque tremblement de

[terre.
Et les vaches ourdissaient un silence violent,
Tapis noir en équilibre sur la pointe de leurs cornes,
Mais tout d’un coup fustigées par une averse d’étoiles
Elles bondissaient fuyant dans un galop de travers,
Leurs cruels yeux de fer rouge incendiant l’herbe

sèche,
Et leurs queues les poursuivant, les mordant comme

[des diables,
Puis s’arrêtaient et tournaient toutes leurs têtes

[horribles

Vers l’homme immobile et droit sur son cheval bien

[forgé.

Parfois un taureau sans bruit se séparait de la masse
Fonçant sur le cavalier du poids de sa tête basse.
Lui, l’arrêtait avec les deux lances de son regard
Faisant tomber le taureau à genoux, puis de côté,
Les yeux crevés, un sang jeune alarmant sa longue bave
Et les cornes inutiles près des courtes pattes mortes.
Cependant mille moutons usés par les clairs de lune
Disparaissaient dans la nuit décocheuse de hiboux.

L’horizon déménageait sa fixité hors d’usage
Que les troupeaux éperdus avaient crevé mille fois.
Précédant d’obscurs chevaux lourds de boue de l’an

[dernier
Des étalons galopaient, les naseaux dans l’inconnu,
Arrachant au sol nocturne de résonnantes splendeurs.
La pampa se descellait, lâchant ses plaines de cuivre,
Ses réserves de désert qui s’entre-choquaient,

[cymbales!
Ses lieues carrées de maïs, brûlant de flammes internes,
Et ses aigles voyageurs qui dévoraient les étoiles,
Ses hauts moulins de métal, aux tournantes

[marguerites,
Ames-fleurs en quarantaine mal délivrées de leurs

[corps
Et luttant pour s’exhaler entre la terre et le ciel.

Sur des landes triturées tout le jour par le soleil
Passaient des cactus crispés dans leur gêne végétale,
Des chardons comme des christs abandonnés aux

[épines,

Et des ronces qui cherchaient d’autres ronces pour

[mourir.

Puis un grêle accordéon de ses longs doigts musicaux
Toucha l’homme et ses ténèbres dans la zone de son

[cœur.
Alors laissant là les vaches, la nuit épaisse de souffles
Qui s’obsrinaient à durcir, l’homme entra dans le

[rancho
Où le foyer consumait de la bouse desséchée.

A ras du sol lentement il allongea son corps maigre
Et son âme par la nuit encore toute empierrée
Auprès de ses compagnons renversés dans un

[sommeil
Où les anges n’entrent pas et qui tenaient bien en

[mains leurs rauques chevaux osseux sur la piste de leurs

[rêves.

Jules Supervielle

LA PENETRABLE VOIX DETOURNEE


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LA PENETRABLE VOIX DETOURNEE

Si la fraîcheur se teinte de gris ça repose du brillant mis aux yeux par le temps qui court où le faux aime se faire croire.  Mon cheval était content de me retrouver, voilà on on a reparti du bon pied, juste un fusible qui bugait l’électronique m’a dit le garagiste d’un ton qui en faisait voir plus que je lui demandais. En allant sur des chemins qui mènent me suis rendu compte qu’en matière de route ça nettoie quand on voit l’être cher sur la bonne à la façon qu’il a de plus demander son itinéraire. Du coup on s’a retrouvé en clairière là où cette source donne de la bolée sans casser la voix. Comme du Cid,  appellation contrôlée, celui-là qui met les vaches à l’ombre sous les pommiers faute de train pour les entrer au pays du voyage. L’amour sans c’est la pire maladie de parking seul. La vie est sur voix de garage. Par la minceur de la cloison de cette construction moderne une chanson parlant de cette précarité me venant aux ouïes je tendis l’écaille, misère du poisson d’eau douce sans sel à ajouter. Je reconnus la voix de Luz Casal, que du coup j’entrais dans les paroles. Eh oui faut pas jouer à la badine avec l’amour, on peut s’en mordre tellement la langue que m’aime avec Google Traduction, pour embrasser ta langue à si mal que tu peux plus embrasser.

 

Si alguna vez ui
De mi vida contigo
Perdoname cariño
Estaba distraido

No veia color, en esta marea
Habia mucho calor, en la frontera

Me sigues gustando
Te sigo soñando
Es esta la forma que tengo
Cariño de demostrarlo

Si todo es mentira
Y la mentira soy yo
Deja que esta vez
Te hable con mi valor

Siempre te he fallado
Si me has necesitado
Si siempre me perdonas
No cambiare ahora

Me sigues gustando
Te sigo soñando
Es esta la forma que tengo
Cariño de demostrarlo

J’ai refermé la porte du voisin en panne des sens, repris mon cheval et j’ai reparti le long des découvertes du chevalet, il Mékong au 1/4 de tour. Ma Muse en se collant contre mon désir de vivre a dans la poitrine des bosses qui se passent d’arnica. J’en  tout bleu. Les nuages peuvent griser les heures de façon porteuse, si ça pleure le jardin va faire une ronde que le bien-être va cadencer…

Niala-Loisobleu – 14/09/18