FRANCO DE PORT


Un enfant dans l’image à colorier va cheveux au vent de son ignorance d’interdit. Au bout du couloir menant au port la nacre des coquilles enfourchée sur le mouvement lunaire renvoyait la voute étoilée se mirer dans les claires du parc à huîtres. Le marais étendu au-delà de la ligne de marées tirait l’estrade au sec des premiers cônes du salant. Comment expliquer la présence d’un certain état d’esprit autrement. Les quelques vignes a piquette qui tirent leurs ceps rabougris du sable ne participent qu’au titre de l’inextinguible soif des martins-pêcheurs. Par moments une bouffée d’accordéon montait du fond d’une cale. Et à l’autre bout du monde des négriers vendent un échouage d’émigrés. Sur les cartes postales on devrait imprimer que le beau paysage ne reflète jamais jamais le portrait de l’homme.

N-L – 11/09/18

LA BOÎTE A L’ÊTRE 42


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LA BOÎTE A L’ÊTRE 42

 

MASCARET

 

Entre Bois-Plage et la Pallice

Que de vérités me suis-je infligées depuis

Celle d’aimer est de toutes, l’épreuve suprême

Bien sûr, seuls ceux qui ne confondent pas prendre et donner pourront comprendre cet impératif

Mais ils seront si peu nombreux que ce sera un repas intime

Tout simple

Sans les grands services et l’orfèvrerie

Mais du bon vin

Du pain plein de mie trouée et de croûte dorée et croustillante

Un fumet de potager

Avec du lard fumé mijotant aux côtés de Montbéliard, et Morteau

Dans des mijotements de bouillon de confit d’oie suspendu à la crémaillère de l’âtre

Contre la table de ferme le vélo appuyé à l’étable

Des fleurs plein les rayons et l’accordéon sur le porte-bagage

Le vent par les fenêtres ouvertes gonfle assez les rideaux pour appareiller

Il faut détacher l’encre des mauvais épisodes

La tromperie est un viol qui salie plus l’âme que le corps

Il faut vite lui refaire ses couleurs et ses transparences

Et chasser l’orgueil qui ne peut qu’inoculer le mal

Le crime ne paie pas il rattrape toujours l’auteur

Mekong

on a le Tage

Nil et Gange

On a le temps

Ce qui presse c’est de vivre tel

Pur

Innocent

Naïf

Humain

Pour ne pas mourir de contamination

La plage entre Ré et le large m’a pris par le large

Les bois me portent marées hautes d’Atlantique en Iroise

Niala-Loisobleu

23 Janvier 2011/11 Septembre 2018

 

FAIRE A N’OEUF


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FAIRE A N’OEUF

Ce bord  d’Iroise aux herbes de chemins beaux se tient noué au carrefour d’un anglo et d’un normand , libre d’ancrage à l’enseigne hypermarché, quelques mètres retiennent la barque au sec, les yeux écoutent en rassemblant ce qui leur reste de liquide pour flotter  hors de la retenue.

– Tiens un Minquier !

– Cest quoi, dis Monsieur un Minquier ?

– Un morceau d’archipel, profond tas de cailloux, plus grand qu’une table chevalière, qu’un autel, un dolmen, une pyramide, un lieu sacré entre deux éléments, recouvert de transparence liquide, un bateau démâté d’hélice et tout en voiles hissées, un peu comme un radeau démédusé, le regard sans ombre, le cap espérant de ceux qui savent que conter pour laver le noir, un coin de hauts-fonds remué par le courant qui s’accroche. Cette cabane éventrée, verdoiement du souffle, matin de pause avant  qui mimétise pour échapper au prédateur du jour

– Dis donc Monsieur, tu crois que ton histoire peut tenir debout, d’où tu sais des choses qui remuent comme ça ?

– De les Marines, d’un air  du péri avec lequel il arrive qu’on se demande pourquoi n’âger qu’en refusant son total de naissance c’est tout couver à n’oeuf.

Archipel mouillage de mes pores d’attaches, fais-moi marcher flots tant…

Niala-Loisobleu – 11/09/18

Requiem des innocents de Louis Calaferte


Requiem des innocents de Louis Calaferte

Calaferte © Folio 2000

1952. Louis Calaferte entre en littérature par la grande porte. Requiem des innocents est un roman terrible sur l’enfance et la misère. Calaferte y raconte ses jeunes années dans « la zone » de Lyon, un ghetto où vivent les indigents des années 30 et 40. Un pauvre gosse parmi tant d’autres : « J’étais aussi crasseux que les autres. Aussi vicieux et mal habillé que les autres. Comme eux, j’appartenais à une famille sordide du quartier le plus écorché de la ville de Lyon : la zone. Sous toutes les latitudes, on trouve ces repaires de repris de justice, de bohémiens, et d’assassins en puissance. Je n’étais qu’un petit salopard des fortifs, graine de bandit, de maquereau, graine de conspirateur et féru de coups durs. Pas plus que les autres, je ne redoutais le mal ni le sang. » Si le petit Louis ne se distingue pas de cette masse grouillante, il sera pourtant le seul parmi ses camarades à obtenir le certificat d’étude. Quand les résultats furent annoncés, « une large, une profonde et vaste stupéfaction pétrifia les copains. On me regarda avec des yeux moqueurs, des yeux méprisants, des yeux haineux. J’étais le premier bâtard de mon quartier qui allait quitter l’école avec autre choses que des poux et le vice de la masturbation collective. »

Calaferte raconte la crasse, la promiscuité, la violence, l’alcool, la sexualité débridée, l’ignorance et la cruauté des enfants de la zone : « Nés au cœur de cette fournaise, nous étions, dès les premiers mois, dépositaires de ses excès et de sa constante fureur. Au surplus nous restions ignorants du monde extérieur et de ses mœurs. […] Nous n’étions que des bêtes malfaisantes, museaux au vent, flairant une proie ». Pour l’auteur, Requiem des innocents n’est pas un roman : « Je n’ignore pas que ces pages n’ont de valeur qu’en vertu de l’émotion qui, si toutefois j’y réussis, doit sourdre de cette succession de scènes, de faits, tous réels, que j’ai dépeints. » Et il faut bien reconnaître que l’émotion est souvent présente et vous fouille les tripes. Ainsi, cette tirade incroyable contre la mère honnie : « Toi, ma mère, garce, je ne sais où tu es passée. Je n’ai pu retrouver ta trace. J’aurais bien aimé pourtant. Tu es peut-être morte sous le couteau de Ben Rhamed, le bicot des barrières dont les extravagances sexuelles t’affolaient. Si tu vis quelque part, sache que tu peux m’offrir une joie. La première. Celle de ta mort. Te voir mourir me paierait un peu de ma douloureuse enfance. Si tu savais ce que c’est qu’une mère. Rien de commun avec toi, femelle éprise, qui livra ses entrailles au plaisir en m’enfanta par erreur. Une femme n’est pas mère à cause d’un fœtus qu’elle nourrit et qu’elle met au monde. Les rats aussi savent se reproduire. Je traîne ma haine de toi dans les dédales de ma curieuse existence. Il ne fallait pas me laisser venir. Garce. Il fallait recourir à l’hygiène. Il fallait me tuer. Il fallait ne pas me laisser subir cette petite mort de mon enfance, garce. Si tu n’es pas morte, je te retrouverais un jour et tu paieras cher, ma mère. Cher. Garce.»

C’est Keisha, suite à un billet sur une BD parlant du bidonville de Nanterre qui m’a donné envie de relire ce texte. Calaferte, dans mon panthéon personnel, fait partie des auteurs français les plus importants. Je pense avoir lu à peu près tout ce qu’il a publié, hormis son journal. Parmi ses nombreux ouvrages, Septentrion restera à jamais comme l’un des chefs-d’œuvre de ma bibliothèque. De ces livres tellement grands qu’il m’est impossible d’en parler.

De Calaferte, je retiens en premier lieu la qualité de l’écriture. Une prose qui mêle le flux lyrique et l’aphorisme, créant un ensemble à la fois classique et baroque où les séquences narratives se multiplient en un mélange de réalisme et de fantasmagorie. Un grand auteur et un grand premier roman, tout simplement.

Requiem des innocents de Louis Calaferte. Folio, 2000. 216 pages. 6,50 euros.