QUAND L’OEIL BRÛLE


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QUAND L’OEIL BRÛLE

 

Il s’aperçut qu’elle se tenait dans cette robe de soleil que le temps froid n’avait  pas imprimée par crainte d’avoir les doigts gourds. La vie ne laisse pas toujours à l’impression un droit de choisir, elle s’impose par tant de raccourcis que ça vient comme ça peut en un éclair obscur.

Maintenant l’image se refaisant claire il était possible d’avoir les trois dimensions.

Quand j’étais enfant un bout de ficelle m’a appris qu’il possédait le pouvoir d’imaginer tout ce que je voulais. Je sais qu’à mon âge il est encore dans ma poche avec le caillou.

Le caillou c’est l’outil-multiple, ça clef comme ça coupe, rive, martèle, grave, peint, fait voler, navigue, mène.

Quand tu cabanes avec eux, le cheval se joint sur ses deux-roues comme une balançoire à deux places. Rien qu’en peau tout autour.

La texture du tapis où sont marquées les tâches faites et à faire, tape des deux poings à ma poitrine quand je la trouve assise prête à partir. Tissage, les navettes du métier d’aimer ont des fois des pentes raides à monter, le cheval se fait alors plus utile que jamais. La force qu’il est seul a posséder en ses reins arc-que-boute le quart de cercle de l’arc-en-ciel qui se mettrait à glisser.

De nouveau, il se sentit troublé. Il se remémora les pensées qu’il avait eues en voyant la grâce de ses seins.

Niala-Loisobleu – 30 Septembre 2018

INDELEBILE MARELLE


1203- enfants jouant ˆ la marelle dans la rue - Paris 1960
©Photo BLONCOURT

INDELEBILE MARELLE

Trépidantes ondulations

Un plat manifeste

Des fumets sont aux barreaux de l’échelle

Coq au vain

Le saucier d’Hermès a pas de grumeaux dans les nouvelles

J’aime l’an vert

Ce dos qui boude le décor

Effronté

Comme un parvis qui demande l’entrée

A la porte basse de l’humilité

Un mauvais élève fait l’Anne aux tours

Il ne veut plus qu’on lui parle de la petite graine

Des choux des roses des papas dans la maman

L’odeur de ton pied Amour colle à mon godillot

T’es en corps en lacet aux semelles du vent

Du talon au petit orteil tu me marques la voix mieux qu’un bide ben d’homme

J’entends de loin résonner

ton coeur de Terre au Ciel

A l’indélébile craie de marelle de ton nom

Niala-Loisobleu – 30/09/18

PROJECTION


Henri Michaux

PROJECTION

Cela se passait sur la jetée d’Honfleur, le ciel était pur.

On voyait très clairement le phare du
Havre.
Je restai là en tout bien dix heures.
A midi, j’allai déjeuner, mais je revins aussitôt après.

Quelques barques s’en furent aux moules à la marée basse, je reconnus un patron pêcheur avec qui j’étais déjà sorti et je fis encore quelques autres
remarques.
Mais en somme, relativement au temps que j’y passai, j’en fis excessivement peu.

Et tout d’un coup vers huit heures, je m’aperçus que tout ce spectacle que j’avais contemplé pendant cette journée, ça avait été seulement une émanation de
mon esprit.
Et j’en fus fort satisfait, car justement je m’étais reproché un peu avant de passer mes journées à ne rien faire.

Je fus donc content et puisque c’était seulement un spectacle venu de moi, cet horizon qui m’obsédait, je m’apprêtai à le rentrer.
Mais il faisait fort chaud et sans doute j’étais fort affaibli, car je n’arrivai à rien.
L’horizon ne diminuait pas et, loin de s’obscurcir, il avait une apparence peut-être plus lumineuse qu’auparavant.

Je marchais, je marchais.

Et quand les gens me saluaient, je les regardais avec égarement tout en me disant :
Il faudrait pourtant le rentrer cet horizon, ça va encore empoisonner ma vie, cette histoire-là », et ainsi arrivai-je pour dîner à l’hôtel d’Angleterre et là
il fut bien évident que j’étais réellement à
Honfleur, mais cela n’arrangeait rien.

Peu importait le passé.
Le soir était venu, et pourtant l’horizon était toujours là identique à ce qu’il s’était montré aujourd’hui pendant des heures.

Au milieu de la nuit, il a disparu tout d’un coup, faisant si subitement place au néant que je le regrettai presque.

Henri Michaux

Éclats de vers


Grand élan que la course enclenche. Avant que n’éclate la poitrine. Le baptême du bateau-lavoir pose ses dragées, jette son linge sale dans la panière, la juche sur la brouette et un dernier regard lancé au juge s’en remet à la batte. L’eau se renouvelle en courant depuis la source. Malgré les mises en garde et les avertissements comment échapper au dépôt sauvage de détritus divers ? Chaque déchet est un objet contendant qui traumatise la couche d’ô zone. Un goût de fiel meurtrier croit-il pouvoir initier une nouvelle affaire des poisons genre Raspoutine à la mode de chez Nous ?

N-L – 29/09/18

MISE A L’Ô


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MISE A L’Ô

« Si tu veux construire un bateau,

ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres,

pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose…

Si tu veux construire un bateau,

fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes

le désir de la mer. »

.Antoine de Saint-Exupéry

 

La première ligne est à l’écume sans que rien ne barre face à elle. De l’hostile juste une trace d’enclume laissée en post-scriptum sur une ligne de nuit du livre de bord

 Le tranchant de l’étrave s’est écarté des filets de pêche. Sur l’horizon les écluses se remplissent  du retour du désir. La vigie à l’écoute ne quitte pas l’ancre des yeux prête à venir au premier signe d’éveil

Marée forte

Odeur de flux

Les odeurs du pore ont les ailes déployées sur les marques du lit laissées en sillage. L’horloge rancunière bat la tempe d’un reste de doute laissé en aval pour garantir l’acceptation cochée en petites lignes. Amarre submergée que le scaphandrier lui-même ne trouve au noir des profondeurs de l’abysse. La murène embusquée dans son repaire est un potentiel danger soutenu par la clarté publicitaire d’une fausse annonce de fond clair.

Grains de vent risant la surface  au-dessus des carcasses des péris en mer. Hissant l’alizée j’arbore pavillon bleu pour bien identifier mon désir d’aimer sans affûts chargés cachés derrière les écoutilles….

Niala-Loisobleu – 29/09/18

Notre Jardin ne débleuit pas


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Notre Jardin ne débleuit pas

Quand la marée va son chemin, j’aime voir ta lune briller dans tous ses quartiers. Il arrive qu’un Saturne toujours en quête de mal, s’y glisse, surtout quand elle se fait pleine. Manger la mer, me fait lever l’encre, pour écrire des mots d’amour simples. L’eau qui sommeille réveille nos levés. Sur un coin de palette, ta place bronze au tapis, les poings fermés sur le tempo du pouls.

C’est en Nous qu’il fait clair, assieds-toi, laisse couler le poids des fatigues.

Des morceaux de bois flottés sont amarrés aux pontons. Il me semble, en les regardant tanguer, voir émerger un plateau de langues portuaires; Des goualantes sortent des trous vermoulus, comme un bruit qui se déverse au fond du verre. Morceaux de monde réunis à quai. Une manche à air dépontée, étouffe sur un tas de tuiles. Jaune d’or, rouge carmin, vert bouteille, bleu cyan, une autre vie nait ici. Alentour, les murs des cabanes s’associent aux débauches végétales des trémières qui grimpent au ciel sans tuteurs, dans les senteurs de vase, de goudron, teintées d’iode. Notre Jardin ne débleuit pas et  le chevalet monte à marée…

Niala-Loisobleu – 28/09/18

Sur ta hune, nous voici d’eux pas indignes


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Sur ta hune, nous voici d’eux pas indignes

« Et toi qui sais, Songe incréé, et moi, créé, qui ne sais pas, que faisons-nous d’autre, sur ces bords, que disposer ensemble nos pièges pour la nuit ?

« Et Celles qui baignent dans la nuit, au bout des îles à rotondes,

« Leurs grandes urnes ceintes d’un bras nu, que font-elles d’autre, ô pieuses, que nous-mêmes ?… Ils m’ont appelé L’Obscur et j’habitais l’éclat. »

[Du Maître d’Astres et de Navigation]

St-John-Perse – Extrait d’Amers

A bout de doigts, planté entre vert d’herbe et blanc d’écume, ourlé d’un blond sable , assemblé de planches tenues par des goudrons de carénage, tu fends l’azur de l’émail de ton sourire comme tu écopes le vide par une présence d’yeux-pelles. La marche-avant (redoutée des crabes) est gravée dans la parole graniteuse. La partie nerveuse apparaît sur la carte de nos allées et venues, toujours tracée d’un trait sécant. Là où le cercle médian propulse un rayon une aube tourne. Il ne suffit plus pour Nous de promettre. L’acte s’est immédiatement présenté comme seule preuve d’existence. Vivre une île c’est voir la masse porteuse de tous côtés. Plutôt que d’arborer des slogans en larges banderoles tapageuses ton féminisme garde son teint naturel par le maintien de sa culture. Une diversité de bon aloi faisant échec à l’unisexe à grande gueule. Le genre garde la qualité du germe. Les tomates cultivées en étages peuvent restées rouges c’est tout ce qui leur reste, la honte d’être sans goût porte à la confusion.

Sur ta hune, nous voici d’eux pas indignes…

Niala-Loisobleu – 27/09/18