ENTRE TIEN EMOI 29


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ENTRE TIEN EMOI 29

 

Une table bistro, quelques chaises et loin à côté l’air de la mer gonflant une peau de biniou, me voici mettant du coeur à construire.

Dans l’endroit de rencontre j’extrais les pierres. T’as vu la forme que la maison me donne, ça fait toit dans mes bras il pleut faire mauvais temps, m’en fou.

Niala-Loisobleu – 25 Août 2018

 

5 réflexions sur “ENTRE TIEN EMOI 29

  1. VIEILLESSE DE POLLAGORAS

    Je voudrais bien savoir pourquoi je suis toujours le cheval que je tiens par la bride.

    Avec l’âge, dit
    Pollagoras, je suis devenu semblable à un champ sur lequel il y a eu bataille, bataille il y a des siècles, bataille hier, un champ de beaucoup de batailles.

    Des morts, jamais tout à fait morts, errent en silence ou reposent.
    On pourrait les croire dégagés du désir de vaincre.

    Mais soudain ils s’animent, les couchés se relèvent, et tout armés attaquent.
    Ils viennent de rencontrer le fantôme de l’adversaire d’autrefois qui lui-même, secoué, tout à coup se précipite en avant fiévreusement, sa parade prête,
    obligeant mon cœur surpris à accélérer son mouvement en ma poitrine et en mon être renfrogné qui s’anime à regret.

    Entre eux ils livrent leurs batailles, sans jamais s’interférer aux précédentes, ou aux suivantes, dont inconnus et paisibles circulent les héros, jusqu’à ce que
    rencontrant à leur tour leur contemporain adversaire, ils se redressent en un instant et foncent irrésistiblement au combat.

    C’est ainsi, dit
    Pollagoras, que j’ai de l’âge, par cette accumulation.

    Encombré de batailles déjà livrées, horloge de scènes de plus en plus nombreuses qui sonnent, tandis que je me voudrais ailleurs.

    Ainsi, tel un manoir livré au
    Poltergeist, je vis sans vivre, lieu de hantises qui ne m’intéressent plus, quoiqu’elles se passionnent encore et se refassent tumultueusement en un fébrile dévidement que je ne
    puis paralyser.

    La sagesse n’est pas venue, dit
    Pollagoras.
    La parole s’étrangle davantage, mais la sagesse n’est pas venue.

    Comme une aiguille sismographique mon attention, la vie durant, m’a parcouru sans me dessiner, m’a tâté sans me former.

    A l’aurore de la vieillesse, devant la plaine de la
    Mort, je cherche encore, je cherche toujours, dit
    Pollagoras, le petit barrage lointain en mon enfance par ma fierté édifié, tandis qu’avec des armes molles et un infime bouclier, je circulais entre les falaises d’adultes
    obscurs.

    Petit barrage que je fis, croyant bien faire, croyant merveille faire, et me placer en forteresse non délogeable.
    Petit barrage trop solide que ma résistance fit.

    Et il n’est pas le seul.

    Combien en bétonnai-je au temps de ma défense folle, dans mes années effrayées!

    Il faut que je les dépiste tous à présent, recouverts de fibres vivantes.

    Ma vie fléchissante qui n’a plus qu’un filet cherche, avide, les torrents qui se gaspillent encore, et l’œuvre magnifique du courageux petit bâtisseur doit être ruinée
    pour le bénéfice du vieil avare attaché à la vie.

    Henri Michaux

    Merci ma Barbara, je te calle en paumes de ciment j’irais en en faire…

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