L’OMBRE AUX SOUPIRS


L’OMBRE AUX SOUPIRS

Paul Eluard

 

Sommeil léger, petite hélice,
Petite, tiède, cœur à l’air.
L’amour de prestidigitateur.
Ciel lourd des mains, éclairs des veines,

Courant dans la rue sans couleurs,
Pris dans sa traîne de pavés,
Il lâche le dernier oiseau
De son auréole d’hier

Dans chaque puits, un seul serpent.

Autant rêver d’ouvrir les portes de la mer.

 

Paul Eluard

A 18 h 40


Les murs sont autour de la longueur du non-mesurable me tenant. Pendant que ton chat se fait les griffes dans ma pensée le chien lance la balle sur le chasseur. Paf, il lui explose le bulbe. Un espèce d’énorme courant d’air quitte son regard torve de ton décolleté. Ce marchand de journaux est un obsédé sexuel. Ses mains ont une formule de politesse inquiétante quand il dit bonjour. Ça me fait penser qu’il faut faire revenir le conteur bleu à la maison. La nuit arrive plus vite après les grandes marées du 15 août. La lumière manque. Dans la chambre heureusement que la poésie est à chevet. Elle surveille l’intrus de près.

Dehors Un regard d’enfant me traverse sans courir.

N-L – 15/08/18

ELLE A LA CONQUE


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ELLE A LA CONQUE

 

Les bleus mis en assise

déjà on devine la vue sur la mer

dégagée de la page à vendre

 

Cette maison tu voudrais que la chambre ouvre sur l’intérieur

 

j’aspire la rivière

le lit clos

mis en compte d’hauteur

ramène à lui un flot de senteurs qui me confirme combien tu es marine…

 

Niala-Loisobleu – 15 Août 2018

RAISONS DE VIVRE HEUREUX


RAISONS DE VIVRE HEUREUX

Francis Ponge

L’on devrait pouvoir à tous poèmes donner ce titre : Raisons de vivre heureux. Pour moi du moins, ceux que j’écris sont chacun comme la note que j’essaie de prendre, lorsque
d’une méditation ou d’une contemplation jaillit en mon corps la fusée de quelques mots qui le rafraîchit et le décide à vivre quelques jours encore. Si je pousse plus
loin l’analyse, je trouve qu’il n’y a point d’autre raison de vivre que parce qu’il y a d’abord les dons du souvenir, et la faculté de s’arrêter pour jouir du présent, ce qui
revient à considérer ce présent comme l’on considère la première fois les souvenirs : c est-à-dire, garder la jouissance présomptive d’une raison à
l’état vif ou cru, quand elle vient d’être découverte au milieu des circonstances uniques qui l’entourent à la même seconde. Voilà le mobile qui me fait saisir mon
crayon. (Étant entendu que l’on ne désire sans doute conserver une raison que parce qu’elle est pratique, comme un nouvel outil sur notre établi). Et maintenant il me faut dire
encore que ce que j’appelle une raison pourra sembler à d’autres une simple description ou relation, ou peinture désintéressée et inutile. Voici comment je me justifierai :
Puisque la joie m’est venue par la contemplation, le retour de la joie peut bien m’être donné par la peinture. Ces retours de la joie, ces rafraîchissements à la
mémoire des objets de sensations, voilà exactement ce que j’appelle raisons de vivre.

Si je les nomme raisons c’est que ce sont des retours de l’esprit aux choses. Il n’y a que l’esprit pour rafraîchir les choses. Notons d’ailleurs que ces raisons sont justes ou valables
seulement si l’esprit retourne aux choses d’une manière acceptable par les choses : quand elles ne sont pas lésées, et pour ainsi dire qu’elles sont décrites de leur propre
point de vue.

Mais ceci est un terme, ou une perfection, impossible. Si cela pouvait s’atteindre, chaque poème plairait à tous et à chacun, à tous et à chaque moment comme plaisent
et frappent les objets de sensations eux-mêmes. Mais cela ne se peut pas : U y a toujours du rapport à l’homme… Ce ne sont pas les choses qui parlent entre elles mais les hommes
entre eux qui parlent des choses et l’on ne peut aucunement sortir de l’homme.

Du moins, par un pétrissage, un primordial irrespect des mots, etc., devra-t-on donner l’impression d’un nouvel idiome qui produira l’effet de surprise et de nouveauté des objets de
sensations eux-mêmes.

C’est ainsi que l’œuvre complète d’un auteur plus tard pourra à son tour être considérée comme une chose. Mais si l’on pensait rigoureusement selon l’idée
précédente, il faudrait non point même une rhétorique par auteur mais une rhétorique par poème. Et à notre époque nous voyons des efforts en ce sens
(dont les auteurs sont Picasso, Stravinsky, moi-même : et dans chaque auteur une manière par an ou par œuvre).

Le sujet, le poème de chacune de ces périodes correspondant évidemment à l’essentiel de l’homme à chacun de ses âges; comme les successives écorces d’un
arbre, se détachant par l’effort naturel de l’arbre à chaque époque.

 

Francis Ponge

 

Barbara, je te dédis cette belle et intense réflexion pour te séparer du nombre d’abonnés et te placer dans la qualité du peu qui en résulte.

Je m’en vais peindre, tu sais quoi ?

Une montagne, des petites maisons et deux amoureux suivant la direction de l’oiseau, le tout dans l’odeur qui nous est chair…

 

Niala-Loisobleu – 15 Août 2018

LA FRAÎCHE HEURE


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lA FRAÎCHE HEURE

 

Passée l’odeur d’un café qui murmure, à côté du drap qui garde du rêve cette étreinte à tremper en soi, la maison ne prononce pas un mot.

Tes dessous c’est merveille gisent sur le tapis sous le chien qui ronfle.

Chaque chose doit trouver sa place, toi plus qu’une chose que tu n’es pas, offre moi en bon jour le premier sourire de ton amour.

Dans mes mains-banc viennent se seoir tes seins.

 

Niala-Loisobleu – 15 Août 2018