AUTAN OCCITAN 8


AUTAN OCCITAN 8

(Autan-Occitan est une série de 10 tableaux de Niala à partir desquels Barbara Auzou a écrit 10 poèmes. Il s’agit donc d’une oeuvre commune de deux auteurs indissociables.)

 

La silhouette circulaire

et avisée de la lanterne des morts

déjà s’éloigne de la pierre

de mes tempes émues

et sous une lumière crue et suppliante

m’offre des grappes du monde tard venues

à faire mûrir gravement à la treille d’or

de la maison choisie qui rogne sur la pente

d’une parcelle de chênes tutélaires.

Avancer pour que vienne le jour

au chevet de mon sommeil aux yeux de terre.

Avancer pour révéler la robe à la pruine du fruit

et les coursons de vignes neuves au vent des chansons

qui tendent l’oreille à la route et ses détours,

à la râpe du soleil sur le caillou du matin.

Mes pas bleus de poussières gravissent sans fin

la charpente de l’œil qui m’accueille dans le velours

de son indispensable tanin.

Barbara Auzou

P1050696

Autan Occitan 8 – 2018 – Niala – Acrylique s/toile 46×38

4 réflexions sur “AUTAN OCCITAN 8

  1. Au creux de la tournière
    l’autan tient le fanal allumé
    montrant aux vents mauvais
    l’interdiction d’entrer

    Le caillou du matin ne dit rien
    il garde
    l’indispensable revenu de là-bas…
    Merci ma Barbara.

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  2. AUTRES JOCKEYS, ALCOOLIQUES

    Tout aurait-il existé déjà?

    Au pied de l’arbre, ce n’était qu’un ivrogne qui remuait au gré du vent. Son portrait est dans toutes les glaces, son esprit au fond de tous les verres. Est-ce une chose qui reste? Il
    a été ivrogne et soulevé par la curiosité de visages anonymes et sans traits. De dos il ressemblait tellement à celui qui portait autrefois le même costume ! Ses
    idées et ses dents étaient fausses mais c’était lui qui soutenait l’arbre qui tremblait. Il criait —  » je ne suis pas mort le monde est devant moi « . Et il s’en allait en
    promenade avec Monsieur Ledante. Son odeur obscurcissait le boulevard et faisait fléchir les roseaux qui avaient, déjà, envahi les terrasses.

    Midi

    Le caractère de l’homme se modifie. Il peut sourire. Il tendrait la main. Et il faut alors regagner les endroits où se tient le plus de monde — car là-haut personne ne
    donne. On entre en faisant du bruit.

    Il griffonnait des rayons dans l’espace plus droits que ceux de la lune. Rayon de la lune, il se dressait, regardait tout le monde de haut et de travers avant de tomber sur un grabat, lit ou
    caisse sans ressorts, et ronflait en ajoutant à la nuit des mots qui s’exhalaient en vapeur d’alcool.

    Chaque pas que nous faisons est plus qu’un voyage Nous n’avons pas besoin de nous presser

    Ceux qui sont une source de mépris Ceux qui portent en eux la goutte d’éternité nécessaire à la vie

    Ceux qui n’ont jamais connu leur mesure

    En passant sur la route qui n’est recouverte que par le ciel baissent la tête

    Des étoiles sont restées prises dans leurs cheveux

    Une brûlure dans la tête

    Et tout ce qui passe tourne en cavalcade où le métal résonne et s’enflamme

    Rien qu’eux

    La situation d’un homme devant un mur infini Sans aucune affiche La ligne des pieds et des yeux confondue

    Il n’y a pas de limite Mais c’est là exactement que tout va se passer Quand on s’arrête sans le vouloir à la première gare La porte s’ouvre sur le vide C’est chaque fois un
    nouveau mystère Le rideau et la conscience tremblent

    Qu’y a-t-il derrière La crainte nous laisse immobiles Nous n’en aurons plus

    Sans discontinuer les arbres passent mêlés au bruit

    Tous les oiseaux sont tombés avant qu’on ait entendu le moindre coup de feu Le même sortait de l’ombre Le boulevard comme une voie lactée Des réverbères à demi
    éteints

    Des yeux réduits par la fatigue Tout s’était mis à clignoter

    Sans qu’on puisse s’expliquer comment Seulement sa voix et sa démarche et la bascule des sens atteinte dans la nuit il avait senti tourner la terre sans avoir peur de la quitter

    Les gouttières hérissées fuyaient les palissades derrière lesquelles se tramaient des complots

    Un danseur maquillé sortait tout à coup et allumait

    la rampe

    Lui-mime

    Les deux promeneurs commençaient à y voir plus clair

    Et malgré la pluie qui tombait ils s’arrêtèrent La maison d’en face regardait de toutes ses fenêtres Le soleil les avait fondues en s’en allant et maintenant derrière
    la terre il souriait Tout allait éclater Les ombrelles et les platanes le long du trottoir s’arrondissaient

    On balayait des nuages sous le lit On buvait dans la cave sans bruit Les ivrognes regardaient encore la lanterne Mais le bourdonnement de leurs oreilles avait tout compromis

    Au coin de la rue près du chantier qui devait à jamais faire le coin un écriteau se balançait comme s’il avait dû tomber

    Il fallait en passant lever la tête

    Leçons de fiançais et d’arabe par M. X. Danseur russe Pour passer un moment ils entrèrent

    Plus tard le premier se perfectionna dans la caricature traitée à l’huile

    Le second dans la littérature traitée à la manière des grands écrivains Scandinaves

    Les broderies de la robe à carreaux s’harmonisent avec les frises du salon

    Si les trépidations s’atténuaient on pourrait se croire ailleurs mais les pneus ont sauté d’un seul coup en se déroulant et il ne reste plus que les rails attendant
    patiemment que le train passe

    De petites rivières jaillissent Un homme en carton ne quitte pas la portière depuis le départ et ses yeux fixes son visage calme et sinistre effraient le garde-barrière qui
    arrête la route d’un seul coup de son drapeau

    Quel étonnement de se retrouver un jour au point d’où l’on est parti

    Ils s’entrechoquent encore sur le boulevard avec les mêmes effets vieillis

    Ils sortent et entrent en même temps du même café Dans la porte qui tourne ce sont des écureuils

    C’est le tintamarre de l’Univers qui les attire

    La popularité restreinte Le brocanteur de la gloire De chaque côté le cornac des destinées de la dernière époque sous les galeries désertes de
    l’Odéon

    Je t’ai donné un nom qui n’est pas le tien

    Je t’appelle autrement et tu ne réponds pas tu ne comprends pas Pourquoi marches-tu Ce sont les jambes d’un autre qui te portent Je ne vois que l’ombre sur l’écran de la fenêtre
    Le contrevent s’est retourné pour baiser la nuit C’est une bouche plus dure qui sourit

    Mais il n’y a pas que moi qui regarde le livre et celui qui le lit

    Il remue

    Puis tout disparaît

    L’un des deux a absorbé l’autre

    Dans le calme

    Sans se douter du drame qui se passe dehors et si loin là-bas en regardant par la portière sans rien voir

    Ni les yeux ni la lumière n’ont changé

    Pourtant quelque chose change

    A présent

    La rampe qui descend ne mène plus au lavoir où les femmes se disputaient dès le réveil Là il n’y a plus rien et des bateaux passent sous l’arche du pont en repliant
    leurs ailes

    On ne parle plus

    Tout est encombré par le silence que notre situation malheureuse ne supporte pas

    Ne regarde pas nous sommes au bout de la ligne et il faut descendre Il fait froid

    Le feu se refroidit dans les glaces où il reste pris Mais sur tes joues quelle lumière Voici le moment de chanter

    Sans t’occuper des larmes qui coulent dans ton ventre pour te désaltérer

    Je regarde passer le monde et je m’ennuie

    Il n’y a plus personne La ville s’est vidée d’un coup derrière les portes Il n’y a plus que mon sommeil

    Et les deux ivrognes titubants que l’on emporte

    Pierre Reverdy

    Au lampier reste ce qu’on a mis de mèche à brûler dans le plein du vers…
    Merci Julie

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