CA SWINGUE


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CA SWINGUE

Je malmenais Armstrong Louis de Nougaro ;
S’énervaient sous mes coups les dents noires et blanches
Qui ricanaient « si tu tapes sur nous gare aux
Faux oiseaux qu’on fera descendre de leurs branches. »

Mais, qu’importe, après tout, j’étais dans le tempo,
J’avais à mes côtés la bouteille carrée,
Le Havane roulé, le rythme dans la peau,
L’inspiration forte et ma mère effarée.

Je me désaltérais, parce que je m’assoiffe
De bringue, de musique en poussant les amplis ;
Ca me prend brusquement, je veux que ça décoiffe
Les types bien peignés, la belle mise en plis.

C’est vrai que c’était beau, je suis musicien
Autant dans le mélo que dans les mélodies ;
On m’avait surnommé maître magicien,
Prestidigitateur, jongleur de rhapsodies.

Et plus j’étais en rythme et plus j’avais la rime
Et les sons les plus chauds autour d’accords parfaits ;
J’exultais, je chantais, ce n’est pas de la frime,
J’avais dans le buffet placé tous mes effets.

Je buvais, je crachais les paroles, les mots,
Ma tartine beurrée que j’avais enfournée
Et ma tête tournait, je repensais à Meaux,
Son nom Brie pastiché pendant une tournée.

Et je partais en swing tirant sur l’élastique
Du phrasé syncopé (Saint Copé prie pour nous) ;
Le jazz allait jaser jusqu’à ce que j’astique
Les notes de musique implorées à genoux.

La pendule et le coq, l’hombre* et la lumière :
Que de douces folies, que d’associations !
Allez la batterie, les cuivres, la première
Mélancolie dans une improvisation.

Mais, mon piano geint : où es-tu occitan ?
Tout Toulouse te pleure, ô mon louseur de Claude
Lâchement endormi ; je t’ai connu citant
Jacques Audiberti que le beau vers taraude.

Alors, je me sers, à bout de souffle, un grand verre
Ou deux peut-être pour devenir un sorcier ;
Les dents dansent, valsent à l’envers ; le trouvère
Que je croyais être doit virer épicier

Je me fais infuser thé et café salé
Pour digérer ma bière et même la dissoudre ;
Je suis assis sur une seule fesse, allez,
Tu vas voir Claude, comme je vais tout résoudre.

Mais, ça ne va pas mieux, les mots deviennent vieux
Et les pizzicati sont de petites larmes
Qui tombent mollement d’un pan trop bleu des cieux
Où le soleil luit en se moquant de leur charmes.

Claude, ne m’en veux pas, j’ai du cauchemardé.
Dis, on se voit bientôt, on verra la Garonne
A la corne espagnole aller entrelarder
Les taureaux adulés par la vieille baronne…

Jean-Michel Bollet

NOTES POUR LE PETIT JOUR


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NOTES POUR LE PETIT JOUR

Des femmes crient dans la poussière.
Car chanter, comment chanterait-on sous ces pierres friables?
La ville avec ses bruits, ses grottes, sa clarté, n’est qu’un des noms pour ces grands empires de sable dont le dernier commerce est d’ombre et de lumière.
Mais toujours, sur ces gouffres d’eau, luit l’éphémère…

Et c’est la chose que je voudrais maintenant

pouvoir dire, comme si, malgré les apparences,

il m’importait qu’elle fût dite, négligeant

toute beauté et toute gloire : qui avance

dans la poussière n’a que son souffle pour tout bien,

pour toute force qu’un langage peu certain.

Toiles, bois, pierres humides, pays poursuivi par l’eau, comme la femme nocturne, la beauté pluvieuse et chaude.

Forêt marine à l’aurore, touffue et trempée de vent, j’entre et je suffoque en toi.

Paresseuse comme l’huile, mais l’huile devient lueur, brûle, murmure, jubile dans la veilleuse en sueur.

Où serez-vous quand agira la mo

lune aussi belle qu’un soleil

qui rouliez vers le bois marin,

oiseaux levés tous ensemble,

beaux ouvriers de l’aurore?

Et toi, où seras-tu qu’ils éveillaient à peine,

à nulle chose de ce monde comparable’

sinon précisément à cette clarté grandissante,

où seras-tu, petit jour?

Pas seulement alors, mais déjà maintenant vous n’êtes plus que cette voix trop faible, que ces paroles toujours vagues.

O l’étincelant amour !

Il n’est bientôt plus que l’appel

que se lancent les séparés.

(Ainsi toute réalité

dans le cœur où la mort s’affaire

devient cri, murmure ou larme.)

Alouette, étoile en plein jour, avant qu’il ne soit trop tard, avant que j’en aie fini avec ces choses très claires, puissiez-vous me conduire encore jusqu’au seuil d’une telle
nuit.

 

Philippe Jaccottet

ENTRE TIEN EMOI 8


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ENTRE TIEN EMOI 8

Lever la tête pour la sortir de l’oreiller quand une main qui pourrait y ajouter ses pieds vous appuie dessus c’est pas facile. J’étais absent de la fête qui agite les quais une fois par an à Cognac, c’est donc pas la gueule de bois, mais la vache c’est bien imité. Abruti, les yeux chiasseux et un con de marteau qui joue d’une tempe à l’autre, j’ai rien fait qui mérite de me punir, au contraire. Et le temps froid qui va être trop chaud dans peu de temps, qu’est-ce qui tourne pas rond ?

Niala-Loisobleu – 28 Juillet 2018