NE RIEN JETER  SUR LE SOL, TENDRE LE DO


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NE RIEN JETER  SUR LE SOL, TENDRE LE DO

Sans mots comme un endroit où savoir que je pourrai être mort, je ne ferme pas le couvercle de mon établi, ce que l’étau ne met d’équerre reste comme vivant dans la poche à clous, je sens la présence du caillou mais avant faut quand m’aime que je redésaute ma chaîne et regonfle mon timbre en mettant précieusement l’adresse où apprendre que la route est coupée.

N-L –  22/07/18

3 réflexions sur “NE RIEN JETER  SUR LE SOL, TENDRE LE DO

    • HYMNE A L’HOMME ET FEMME

      1

      II dort. La voûte de son front est constellée. La nuit est son arcade sourcilière. Ses tempes comme un portail à deux vantaux S’ouvrent sur un tréfonds de bronze et
      d’orgues Visage ou gouffre qui alternent selon que La lune est haute ou bien descend du côté gauche. Là est le cœur, écho qui bat. Là, le zénith Bat en
      écho, tant on dirait que l’un sur l’autre Couchés, le ciel avec le sol font un seul corps. Tant on dirait, Se dit Quelqu’un qui rêve Ce dormeur-là et ce cœur double,
      haut et bas. Qui rêve qu’il Se dit qu’un Autre dort. Et que Lui-même dans cet Autre en rêve un autre Tout ce long temps avant les temps où rien en Lui Ne sait encore
      distinguer sommeil et veille Etre et néant. Pourtant le sein d’un rythme égal Comme le ciel s’exhausse et leur buée Se dilue en des infinis de galaxies. S’exhausse puis l’haleine
      se retire De soi comme reflue la mer les yeux fermés Glauque paupière d’un regard non révélé.

      Le vent se lève et se fait arbre où il se noue A soi de ses racines à la cime Et s’enchevêtre dans l’effort de s’arracher Qui casse et plaque à terre ses rafales.
      L’ahan cyclone du cyclope ramescent

      Dilate puis rétracte sa spirale Cet ivre ciel vertigineux virant Dans la baratte à pleine pâte où les étoiles Ne sont encore que grumeaux iridescents. Grumeaux,
      caillots de quelle énorme violence Que pour être l’Être se fait en se crachant En expulsant de part en part de son essence A la fin ! ce premier instant sans rien avant Cette
      hâte de tout en tout parachevant L’ubiquité intelligente dès le germe. Ainsi croît successivement total Instant Vent arbre ciel cerveau œil ouïe âme verbe
      Expansion d’un Cri unique parvenant A terme ! Se criant hors de l’indéfini Où le Soi en son Vide éternel englouti A mûri de l’oubli onctueux de Soi-même Matrice dont
      l’esprit n’est que la nostalgie

      Ce Cri a bien été poussé. Par Qui ? L’éther L’ignore, et la mer qui geint dans sa mâture N’entend que soi, sempiternelle. Et l’univers Préexistant et plein de
      bruits confus, à peine S’il a perçu cette zébrure à ses confins. A ses confins? Le Cri est du centre : c’est l’aigle Fondant sur le zénith. Toute proportion Change
      aussitôt que la hauteur est introduite. Où est la proportion depuis que l’Œil Là-haut, Se fixe Lui-même du dedans Des choses? Il y a Deux et Un, la Pensée
      Émanée revenant vers ce dont elle émane : Mais c’est Quelqu’un, et non le vent qui reviendrait Sur soi par lassitude d’être. Qui est donc Ce Même différent de Soi
      ? Non point le monde Lequel perdure et s’abolit selon sa loi : Mais l’Être qui sortant de Soi prend conscience

      Qu’il Est, et dans l’instant indivisible crée Ce Deux et Un qui Lui figure sa distance A Soi-même, son propre Amour omnicréant.

      L’homme et femme est ce témoin qui manifeste Le Tout Autre et le Même inexhaustiblement. Car la totalité n’est jamais une somme Bien que deux fois deux bras suffisent à lier
      Sous deux regards cintrés en un l’immensité.

      Ces regards en arc-en-ciel qui se rejoignent Sont le levant et le couchant du même jour Qui flambe à n’en pas finir dans le solstice. Quelqu’un, vêtu de cuivre rouge et de
      moissons Est leur soleil en eux de l’un à l’autre. Une ténèbre qui se garde inviolée Veille sous les paupières de leur âme, Autre moitié des cieux non vue
      mais non brisée Scellant tout l’orbe du symbole, l’homme et femme Dont le corps unit sans soudure jour et nuit.

      Jour du Grand Œuvre ! arrachement devenu chant Qui — une fois ouvert l’espace — fait silence. Silence issu de Soi et qui Se tend, S’entend Très haut, très bas :
      source sous terre, souffle d’ailes. Mais pour S’entendre en toute chose jusqu’au fond Il veut qu’un autre en mots Le dise. Et à cet autre Il Se donne. Et le crée du fait de Se donner.
      Avant cet autre il n’y avait rien que le monde. Cet autre qui est hors et dans, maintenant voit Le monde. S’y regarde voir. Miroir de soi. De son abîme il a su faire sa rétine De son
      âme l’anneau nuptial de l’univers.

      Pourtant l’anneau sera rompu. Ils seront l’homme

      Et la femme. Quelqu’un (fendu Lui-Même en son milieu)

      Prendra un Nom terrible pour maudire.

      2

      On ne parle que lorsqu’il est coupé en deux Des deux moitiés d’un fruit. Mais la substance En est la même. Qui en prend une bouchée En goûte mieux le tout que s’il le
      mange. Et s’il n’en mange rien mais le contemple Sa langue en garde un goût d’éternité. Ainsi de l’homme et femme à l’origine Comme d’un fruit trop beau pour l’entamer. Un
      fruit trop lisse. Deux et un comme ces songes Se rêvant en écho eux-mêmes, et leur sens Devient se dédoublant par degrés son contraire Sans qu’il cesse d’être
      indivis. Quand le rêveur S’éveille, ce qu’il a créé n’est pas encore Issu de sa Pensée, et II ignore Si ciel et terre vis-à-vis sont divisés Tant est parfaite
      l’étendue. Vide. Sans ride. Ses deux moitiés soudées à l’horizon. Entre désert et nuit pourtant — qui se confond Avec un roc roulé debout —
      s’érige l’être. Chose indistincte, au double front. Enfouie? Issue? Conscience qui se regarde et qui s’absorbe.

      Elle lui les yeux dans les yeux se contemplant S’émerveillant de ce même être différent Selon qu’il joue de la distance. Car l’immense Est la matière lumineuse du
      regard S’ouvrant à soi tout immobile tout fluide

      Qui sépare et rejoint ses bords comme la mer.

      De l’infini à l’infini des deux natures

      Le jour est un. Une l’haleine se mêlant.

      Celui qui crée sans qu’il le sache et S’y surprend

      A l’instant où son œuvre-fait II reprend souffle

      S’étonne que monte de Lui cet infini

      Pour lequel II n’a pas de nom et qui désire.

      S’étonne, car sa Parole jusqu’ici

      Se confondait avec le monde qu’elle nomme.

      Or voici qu’une ouïe s’éveille dans l’ouïe

      Un écho la suscite avant qu’il n’y résonne

      Les choses se sentent glisser hors de leur nom

      Et leur Nommeur échappe au Sien qu’il S’entend dire

      Comme d’un autre en même temps qu’il sort de Soi.

      Rien cependant ne bouge encore. Le clivage

      Est dans la Toute-Conscience qui soudain

      Dit Je, parce que l’Autre L’y provoque.

      L’Autre. Cette statue plantée au bord du champ.

      Je Suis, dit cette Voix énoncée du Néant.

      Immuable, non existant, le Soi S’entend

      Ourler des lèvres, dire l’être, son absence…

      L’Un désormais dans l’Autre est en écho de Soi.

      Tous deux viennent à l’être ensemble, la statue

      Et la Voix. L’une par l’autre elles sont, se répondent.

      La Voix dans la statue résonne, dont le creux

      La dédouble : Qui parle à Qui ? A l’infini

      La résonance s’amplifie et s’arrondit

      Distincte et non de la Voix même. Ainsi le Vide

      Qui contient cette Voix avant qu’elle ne soit

      Est contenu en elle, proféré

      En tout par elle afin que l’Un soit à Lui-même

      L’inexhaustible nostalgie de l’incréé

      L’impénétrable ubiquité de son silence.

      Et son témoin cette statue. La très poignante

      Douceur ovale extasiée en double cri

      Bouche ouverte sur la voyelle initiale

      Que tout prononce qui demeuré imprononcée.

      Bouche ouverte. La pression de l’indicible

      Pousse en avant l’Un vers Lui-même hors de soi

      Pousse deux bouches deux visages à se joindre

      A se creuser chacun dans l’autre un au-delà :

      Et le cri fait céder son silence! L’extase

      Du souffle partagé dans le baiser

      Se mue en éblouissement de la distance

      Un vent s’empare de l’espace, emplit, distend

      Nomme les choses comme autant d’arrachements

      Auxquels, de tout l’effort de sa structure

      L’Un à la fois résiste et Se prête, créant.

      Refuse et hâte ce qui naît — le temps, le monde

      Qu’il expulse de Soi l’y rappelant déjà.

      Car Je Suis que son propre amour force de dire

      Son Verbe dont la bouche est l’origine : Je

      Suis ! dans le même effort II S’articule : Tu

      Es ! et de cette haleine II fait l’orbe des deux

      Où vers Lui-même les soleils processionnent.

      Il fait l’Ame qui Lui dit Tu dans la statue.

      Ame une et double, tel Lui-même et ce qu’il crée :

      C’est l’homme et femme aux deux extrêmes d’un seul être

      Déployant l’univers entier à se chercher.

      La tension de la Parole qui l’anime

      Le fend pour y loger l’infini d’un désir

      D’autant plus nu que plus d’espace le divise

      De soi en cet objet auquel il veut s’unir.

      Fend la statue de haut en bas zénith tranchant

      Dont la lame est la verticale de l’abîme

      Où tout fuit à perte de tout, pour aspirer.

      O fil de la céleste épée regard tranché

      En deux ! interrogeant comme l’acier l’acier.

      3

      Ce Cri unique cependant jamais poussé Que l’Origine se renfonce dans la gorge Dès avant le Commencement noué caillé Dans la bouche qui n’eût été que lui
      crié Lui se criant afin de maintenir béante Sa plaie à chaque fois qu’elle expire itérant Ce seul et même impensable Commencement Que rien qui en soit né jamais ne
      laisse naître, Ce Cri tout innocent d’être de n’être pas Obstruant obstrué dans l’absolu sans voix D’où ne sort que l’affreux raclement de ses glaires Nie d’avance la
      raison d’être de la Vie Qu’elle s’arrache ou s’en retourne à ses viscères Qu’elle s’enfante ou bien se révolte au contraire De s’enfanter au lieu d’avorter contre soi De
      consentir non point à mourir mais à vivre Vaine, fautive de s’exclure en la formant De l’énergie sans forme abyssale assoupie Que le Commencement sans issue asphyxie Si fort que
      l’Un à Soi inhabitable y crie L’horreur d’être en dépit de Lui devenant l’Être Où son Cri qu’il ne soit jamais s’anéantit.

      Cri de quelle impossible atroce délivrance

      Tu ! Tu n’es pas moi. Tu es en face. Tu

      As des lèvres que mes yeux mangent, et des yeux

      Mangeant mes lèvres. Dévorant qui Te dévore.

      Et Tu m’entends et Tu me parles et Tu crées

      Ainsi entre moi-même et moi cette distance

      Égale inverse que de même je Te crée.

      Tu es l’Autre. Je ne peux moi me faire à Toi.

      Tu es l’Autre que moi qui suis l’Autre que Toi

      Chacun autre que soi hors de prise dans l’Autre

      Indissolublement en miroir affrontés

      Inséparablement liés et divisés

      Par une seule chair contre soi-même en guerre

      S’écartelant pour se disjoindre se souder.

      Plus s’aggrave dans cette chair la déchirure

      Plus chacun devient contre l’Autre un moi distinct

      Plus l’Autre nous devient hors de nous le Tout-Autre

      L’infini d’un Désir unique ouvert sur Rien.

      Qu’ainsi le distendant entre ses deux extrêmes

      La violence à l’Un qui souffre en nous par nous

      Réunisse dans la douleur que lui inflige

      L’engouffrement dilacéré de tout en tout

      A tout son Œuvre le Principe! et que le Vide

      Dont II S’affecte affreusement pour tout créer

      Soit ce qu’il est : l’Amour béant d’être comblé.

      L’Un. L’Autre. Hors de moi tout au fond Tu es moi. Il n’est point de cellule en moi qui ne soit tienne. Pourtant nous ne nous éloignons jamais assez Pour n’être pas tentés trop
      tôt de nous rejoindre. Il nous faut donc encore et encore et toujours Chacun de son côté nous tirer l’Un de l’Autre Nous faire deux sans rien en nous de différent L’Un dans
      l’Autre voyant que s’y voit son image Et des yeux comme on se dévêt se découvrant Visage, épaules, sein, ventre… Le fût se fend Comme entre peau et peau fuse
      l’éclair : rupture Étonnant l’être à la racine bien qu’il soit Cet arbre même qui s’innerve de sa foudre

      Et sans cesser d’être un en tempête se voit Dessouché en deux sens rivaux d’un même souffle Dont les deux volontés semblent chacune avoir Mille bras pour
      s’étreindre et mille pour se battre Se nouant se rompant s’emmêlant s’arrachant Communiquant de proche en proche leur tourment A toutes choses sommeillantes qui ne savent Qu’elles
      sont et dont l’Être ignore qu’il les fit. Tout est soudain déraciné d’un même Cri Tout se soulève ! des scories jusqu’aux étoiles La terre et ses volcans
      retournés comme un gant Tout ensemble se veut l’âme de l’ouragan Le ciel branchu aux quatre vents, l’Arbre de Science. Tout. Mais là-haut — à peine bleu — le
      Vide attend.

      Et tout retombe. Tout depuis toujours peut-être

      Retombe avec la même force que le vent.

      Les mondes se défont et se recréent sans trêve

      De nébuleuses et de cendre en même temps.

      Voici l’Arbre. Il est tout feuillu. 11 est sans feuilles.

      L’immutabilité autour est en suspens.

      Ainsi le voit sempiternel le même peintre.

      L’homme et femme à présent est deux, l’Arbre au milieu.

      Quelqu’un, des cieux, dit : Sois un couple. Et ils regardent

      Leur sexe nu, et ils ont honte. Désormais

      Ils se nomment : Moi, Toi. Homme, femme. Mais l’Autre?

      Eux s’étaient divisés pour que chacun le fût

      Or l’un l’autre ils se sont vus nus se sont connus

      Et s’étreignant ils ont buté à leurs limites

      Pourtant quand l’un vers l’autre ils ont levé les yeux

      A la hauteur de leur regard brillant d’aurore

      Sur la mer déployée en eux de toutes parts

      Chacun a vu céder les confins de son autre

      A cet emportement du grand large que rien

      Ne peut mouvoir ni contenir honnis le Rien

      Auprès duquel les joies du sexe à marée haute

      Ne sont que des trous d’eau où les enfants s’allouent

      L illusion d’un Jeu que seul à seul Dieu joue.

      4

      Le Jeu cosmique ! Dieu Se le joue à Soi-Même S’y joue Soi-Même S’y perdant pour S’y chercher. Joue seul à seul avec ses images humaines Qu’il S’est formées pour
      émerger de l’Incréé Et face à face seul à seul S’imaginer. Cet homme et femme non disjoint par le milieu Bien qu’en double mirage amoureux de son Autre Lové
      étroitement sur soi, serpent noueux Ne se quitte jamais de ses deux paires d’yeux. C’est là pour Dieu son infini tournant en cercle Cet androgyne où le Tout Autre
      incarcéré Mime en un corps l’ahan tout-puissant de disjoindre De son néant scellé de toute éternité L’Être ! disjonction qu’accomplissent ensemble Indistincts
      dans ce difficile accouchement L’homme et femme, le monde et Dieu, l’Un et Soi-même Et qui en somme au sein du Vide n’est qu’un Jeu Chacun des Trois le sachant bien. Qu’il gagne ou perde
      Il sait d’avance qu’il s’y perd au fond de soi Qui est le centre. Là se tient — peut-être — l’Autre.

      L’hymne célèbre la triade et l’unité Qu’entre leurs rôles sans la rompre elle partage. Puissance et Conscience à l’œuvre ne sont qu’Un Sans borne mais borné,
      changeant et qui ne change Ne cessant dans l’oubli sans rive d’effacer Toute figure que Soi-même II S’est tracée.

      De ces figures l’homme et femme est la plus haute

      Passion de Soi-même en deux sexes conjoints

      Qui toujours à nouveau se distancent, s’attirent

      Et dont l’étreinte sous le voile du désir

      Fait rutiler en lieu d’univers cette cendre

      L’illusion que tient ensemble le plaisir.

      L’hymne célèbre auprès d’un puits l’homme et la femme

      Un feu de jambes et de bras dans le désert.

      Demain leurs cendres seront froides. Mais la route

      Les mènera le soir auprès d’un autre puits.

      Là, de leurs corps, ils se feront un feu. Le même.

      La même cendre jalonnant dans le fini

      L’anéantissement sans fin des créatures

      Et leur expansion sans fin dans l’infini

      Où tout prend source et vient se perdre en un seul puits

      Juste à l’instant où l’homme y va puiser l’eau pure

      Trop tard! des yeux qu’il a troublés d’avoir joui.

      L’hymne ambiguë, qui chante-t-elle qui jouit?

      Jouir. L’être pour l’immuable est-il un spasme?

      Dans l’espace d’un instant nul l’éternité

      Tel un homme frappé de soleil rêve-t-elle

      En syncope sans s’interrompre un cycle entier?

      Quand deux regards s’embuent l’un de l’autre en vertige

      Leur vue est la brume sans bords enveloppant

      Un monde à l’aube avant qu’y brille une pupille

      Qui en fasse émerger la forme, vaguement.

      L’hymne des lèvres qui confondent leur haleine

      Est buée de paroles belles dont le sens

      S’exhale avec l’odeur des prés, l’âme des choses.

      Comprendre vient après l’éveil, et peu à peu.

      L’hymne ainsi au sortir du rêve se dévoile

      (En creux ou en relief suivant l’ombre) ses mots

      Qui dénomment ou s’interrogent en symboles.

      Serait-ce la raison de célébrer : Qu’un Dit

      Naquît de l’univers que lui-même il fit naître Comme du songe issu lui reviendrait l’esprit? Que la statue née de l’absolu comme en rêve Lustrale sans cesser de baigner
      dans sa nuit Fût génitrice mâle et femelle de mondes S’cteignant dans son propre sein sitôt formés Chacun n’étant conçu que pour inséminer La
      mémoire à n’en pas finir de la statue Dévoreuse des temps qu’elle feint d’enfanter?

      Non, mettre fin. Y mettre fin ! Rompre le charme

      De ce double regard en vertige ébloui

      Qui ne rencontre insondablement que soi-même

      S’embuant de son vide où il s’évanouit

      Le temps de ce demi-réveil, une autre vie !

      Ce regard qui de vie en vie reste identique

      Indifférent aux univers dont il s’emplit

      Jamais les mêmes comme autant d’ébauches vaines

      L’une après l’autre en un clin d’oeil anéanties.

      Rompre l’enchantement androgyne! Qu’advienne

      Enfin le monde sans retour, définitif!

      Et que s’y lève du tréfonds entre homme et femme

      Ce grand dégoût qui à la crête du plaisir

      Déferle, les sauvant juste au bord de l’extase

      Pour qu’ils ne soient jamais tentés de s’éblouir

      L’un l’autre et que tout ne commence et recommence

      Sans fin de ce désir absolu : s’abolir,

      Qui frappe les amants comme la foudre et croît

      De vie en vie d’être le même qui foudroie.

      Désir d’être Un, parfaite nostalgie de Soi

      Entre-deux d’une jalousie indivisible

      Brisés enfin, exorcisés! Ils sont bien deux

      Et non un seul qui crient entre eux cette distance

      Dont Dieu jalonne irréversibles les séquences

      Y fondant son éternité dans la durée

      Au point de S’y vider de tout ce qu’il y crée.

      L’homme et la femme s’engouffrant ainsi l’un l’autre

      Ont Dieu pour horizon de leur inimitié.

      Leur double écho qui s’ouvre en eux la nuit des mondes

      En un ferraillement de regards et d’épées

      Fait d’elle un face à face immense une mêlée

      Semant de ses éclats d’acier les voies lactées,

      Un corps à corps où l’énergie originelle

      De jouissance en jouissance approfondit

      La chair béante dont l’esprit est l’appétit

      Jusqu’à épuisement de l’homme dans la femme

      Jusqu’à perte de Dieu en Dieu même abîmé

      Dans l’extase de leur Néant parachevé.

      Pierre Emmanuel

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