L’UN VAINQUEUR OU L’AUTRE BATTU


L’UN VAINQUEUR OU L’AUTRE BATTU

Paul-Jean Toulet

 

 

L’un vainqueur ou l’autre battu,
Ces beaux soldats qui vous ont faite
Gardaient jusque dans la défaite
Le sourire de leur vertu.
Vous, pour avoir rendu les armes,
Je vous trouve fondue en larmes
Et qui m’insultez entre tant.
Que si l’on doit, toute sa vie,
Déplorer l’éclair d’un instant,
Mieux vaut coucher sur son envie.

Paul-Jean Toulet – Extrait de Dixains

10 réflexions sur “L’UN VAINQUEUR OU L’AUTRE BATTU

        • PAQUEBOT

          L’Atlantique est là qui, de toutes parts, s’est généralisé depuis quinze jours, avec son sel et son odeur vieille comme le monde, qui couve, marque les choses du bord,
          s’allonge dans la chambre de chauffe, rôde dans

          la soute au charbon, enveloppe ce bruit de forge, s’annexe sa flamme

          si terrestre, entre dans toutes les cabines,

          monte au fumoir, se mêlant aux jeux de cartes, se faufilant entre chaque carte, si bien que tout le navire, et même les lettres qui sont dans les enveloppes

          cinq fois cachetées de rouge au fond des sacs

          postaux, tout baigne dans une buée, dans une confirmation

          marine, comme ce petit oiseau des îles dans sa cage des îles.

          La voici la face de l’Atlantique dans cette grande pièce carrée si fière de ses angles en pleine mer,

          ce salon où tout feint l’aplomb et l’air solidement attaché

          de graves meubles sur le continent,

          mais souffre d’un tremblement maritime

          ou d’une quiétude suspecte,

          même la lourde cheminée avec ses fausses bûches

          éclairées à l’électricité qui joue la cheminée de château assise en terre depuis

          des siècles.

          Que prétend ce calendrier, fixé, encadré, et qui sévèrement annonce samedi 17 juillet,

          ce journal acheté à la dernière escale et qui donne des nouvelles des peuples,

          ce vieux billet de tramway retrouvé dans ma poche et qui me propose de renouer avec la
          Ville?

          Que témoignent toutes ces têtes autour de moi,

          tous ces agglomérés humains, qui vont et viennent sur le pont de bois rnbuvant

          entre ciel et vagues, promenant leur bilan mortel,

          leurs chansons qui font ici des couacs aigrelets, et prétendent qu’il faudrait à cette mer qui prend

          toujours et se refuse, quelques cubes en pierre de taille avec fenêtres et

          pots de géranium, un coteau dominé par la gare d’un funiculaire et

          un drapeau tandis que sur le côté,

          des recrues marcheraient une, deux, une, deux, sur un terrain de manœuvre.

          Mais sait-elle même qu’il existe l’homme qui fume ces cigares

          accoudé au bastingage,

          le sait-elle, la mer, cette aveugle de naissance, qui n’a pas compris encore ce que c’est qu’un noyé et le tourne et le retourne sous ses interrogations?

          Jules Supervielle

          Aimé par 1 personne

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