LA CITE SOUTERRAINE


LA CITE SOUTERRAINE

Jean Tardieu

 

 

Les mains en avant à travers la nuit

Nous sommes tous descendus dans une cité souterraine

qui n’en finit pas de s’étendre

et nous nous cherchons les uns les autres

à tâtons sans jamais nous retrouver.

Parfois à la lueur faible qui tombe d’en haut

par un puits ou par une faille dans la roche

nous apercevons une trace

une image détruite

un écrit presque illisible une empreinte de pas

et le cœur soudain rempli d’une joie enfantine

nous nous dirigeons de ce côté croyant comprendre le

message mais notre espérance est toujours déçue.

Pourtant ceux que nous cherchons dans cette ville,

c’est eux qui nous avaient promis

de ne jamais nous abandonner :

ils nous avaient comblé les mains et la mémoire

de glorieux vestiges

de tous les dons qui ne s’achètent pas…

Nous avons tout gardé nous sommes fidèles

mais les parjures nous ont trahis

ils nous ont égarés dans le labyrinthe

sans nous laisser le plan ni le trajet ni la clé.

Ici où nous tournons sur nous-mêmes sans fin

la poussière a recouvert nos trésors plus rien ne brille.

C’est à peine bientôt si nous saurons

nous souvenir des promontoires

d’où l’on embrassait d’un seul coup d’œil

les mers les forêts les collines avec leurs villages,

où tout le monde se retrouvait dans le bruyant cortège

le long des routes bondées de charrois

et dans les rues illuminées

pleines de cris d’enfants.

 

Jean Tardieu