LA VOIE LACTÉE


Moonlit Meeting by KatePfeilschiefter

LA VOIE LACTÉE

L’atome, la tomate, une simple tomate sur une tige en rage atomique et on peut, si, on le peut si cela vaut vraiment la peine debout, de bouger une bougie dans la bouche de l’homme et la paix,
la peine de mettre le feu au bout, un tout, un tout petit peu et on peut de nouveau bru brûler au vol, au volcan où le père, perpétuellement à l’affût d’une canne,
fut à jamais tué d’un coup d’aile, ainsi que la colle, l’acolyte du bourreau, son accolade, mais tout cela délimiterait un peu trop les trois héros de la boue natale et le
mythe de la proie et de la pomme.

On sait que la pomme n’est rien, n’est rien d’autre qu’un sein, un symbole du lâchez-pas la chair de la chimère, une chaise atmosphérique et sa chaîne, bol de lait qui
traîne saoul sous la peau, nuée noyée dans la braise centrale, cent plats portés sur un plateau platonique tonique à la portée d’un manque d’haleine, plateau de
seins sphériques féeriques, éther, éternellement plantés dans la plaie de l’homme.

Elle est la fronde tirée sur tout et surtout la frontière de tout, de tout ce qui tousse et tout étouffe, elle bouche l’issue du goût, du gouffre, borne la forme du corps et
sans fer s’enferme, sue, suce et suffoque.

Sa chair est sue, sucrée, elle effraie, elle est fraîche, et au contact tact de la tiède, de la tienne, c’est comme une tache dans l’air que ta chair celée se laisse toucher
par la sienne.

L’homme et le monde partagent entre eux le ver qui ronge le cœur de la pomme et comme une éponge aux yeux ouverts bien au delà du miel et du mal, le malheur absorbe l’absurde
surtout sur toute la longueur de sa courbe qui naît, qui naît ailleurs et qui n’est d’ailleurs qu’une formule.

Et la vie n’est rien, n’est rien en dehors de cette langue, de cette langueur des bornes courbées sous le poids d’une formule.

Ayant à remplir d’abord la forme d’un sein en chaleur, c’est comme la vipère dans la vie du père que la courbe rampe à la recherche d’une bouche mais celle-ci étant
privée de dents, son ascendant est la balle, la balance, ainsi le sein est bien obligé de verser son lait dans une autre version de la hantise qui est innée à sa
néantisation.

Entourée de sel qui livre sa rage à une salive d’absinthe, entourée de ses lèvres rouges mais absentes, la bouche sans dents boit, lave, voile l’acte de téter, elle
boit la Voie Lactée comme on lèche ou comme un chien qui aboie.

L’acte de suer dessus, l’acte d’être déçu au-dessous de soi-même et le sein, le simple fait de vouer, de vouloir ex ex exciter et exercer la succion sur un monde à
excréter ex à exécrer aidé dé dé et déjà créé, crève le rêve du vampire et le sue, le suce en retour, se retourne souvent contre le
vampire même, qui expie, expire, essaie et sec et ce qui qui étant, qui est encore pire, ce qui empire encore plus le pis, le pire, c’est qu’en expirant le corps secrète, il
secrète le secret des mots et des mobiles, le secret de sa mobilité.

Et c’est dans le noyau du feu foetal, dans le noyau foetal et focal d’une pêche immobile que l’homme noie à jamais le sec, le secret de son péché figé, fixé et
pétri pétrifié à jamais.

Ses jambes perdent pied entre la pêche et la pomme et il tombe raide dans un de ces rien du tout, dans un de ces aériens tombeaux du beau où le laid n’est qu’un bien, un but, un
sein, un simple attribut du mal, du malheur d’être.

Naître dans son propre tombeau sévit, vire et crève, c’est vivre la vie d’un décapité qui rêve.

Sa captivité constitue tue à l’aise les œufs qui palpent des pépins et des tétins qui palpitent, les seules thèses qui palpitent dans une tête perdue,
eperdument suspendue et pendue entre les deux pôles d’une vie subie subite, entre les deux épaules de la victime.

Dans le même centre excentré excentrique où la vie n’est que l’excès expansif d’une plaie morte, entre les deux tempes d’une tempête viol viol biologique, la tête
tragique de l’homme loge en même temps deux antithèses tactiques, constantes et amantes, constamment prêtes à centrer leurs tics lubriques sur un sein, à s’entretuer
sur le sein d’une synthèse réelle et luisante,-réalisant ainsi une sorte d’extase infirme-infinie, seule prothèse coupable capable dessous, de soulager sa panique, sa rage
logique et sa tourmente.

Tout état, tout, tout est à tout étage âme, tout est à jamais corps coordonné, donné, ordonné dans un corps et une âme emmurés à jamais
dans un tout mou et muet, noué, ficelé, scellé à jamais à la roue des torts, des tortures où tout est mutuellement mutilé, déterminé, terminé,
miné, état, état établi et obstrué, délimité, réglé, bouché et de toutes parts encerclé clef.

Et pas de clef à la serrure de ce porc, de cette porte, pas de clef et pas de serrure, et si nos sens, si l’innocence tire à faux sur le vide qui l’absorbe, si pour sortir de
l’absurde on doit d’abord l’aborder et dégorger, égorger l’essence d’une vie qui noue, qui nous borne et nous tente, et forcer les ondes qui ouvrent et qui ferment une porte
existante, ne pas oublier que les pores, que les portes de prix, de prison, par dix ou par mille parmi nous, dissimulent partout une cour intérieure qui les entoure et les voile comme une
loi qui se voit et qui se dévoile simultanément à la mort, à la morgue, orgue en orgasme dans tous les organes de lait de l’être, et que celui-ci se complaît dans
son complexe complet où plaie, plèbe, blé et blessure réfléchissent l’être qui lèche ainsi sa morsure et qui fléchit sous la flèche qui le
reflète.

Où où ouvrir les prisons sur la scène du nouveau-né ou sur rien ne veut rien dire sinon défi, défilé creusé dans les cimes, dans les cimetières qui
sont des berceaux, des os, des seaux de lait enterrés dans la matière d’une matrice d’où on déterre tous les jours le même ver de lait de l’être fou, fourré
dans ce rien qui est tout, dans ce rien qui s’entoure de toutes parts par lui-même et qui sape, qui s’appelle pomme ou prison.

Une prison c’est l’être lui-même cloîtré derrière sa clef et son cercle, et comme une louve au rire acre mais fier, l’ouvrir s’aime mieux à l’écart, c’est
mieux écarter la rupture entre le cri sacré du moi et les griffes de l’autre, c’est à dire un moi, un moyen de sacrifier la créature à quelque chose d’autre, massacrer
le créateur dans sa créature, et avec les os de l’écho du chaos et dans une sorte de coma de combat entre l’homme et l’atome, la tomate, l’automate, recréer le
créé et être ainsi par rapt, par rapport à lui, la parade d’un para-être qui surgit et s’insurge à l’intérieur de soi-même comme le coma, comme une
comète en coma dans le ventre de la terre.

Ghérasim Luca

LUNE-MARINE


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LUNE-MARINE

Une barque penche

ronde comme ta hanche la mer se rapproche

A cheval sur le vent un parfum d’ambre sort du moulin de tes reins

cerf-volant ta pensée franchit les murs

dérobe l’instant d’inattention qu’on cachait sous le parasol

on ne voit plus rien des serviettes étendues sur le sable

une sirène au loin peut découdre ses croisières

jambe levée tu ouïes à l’étoile

Dans la frondaison la  barque luit de toutes ses écailles…

Niala-Loisobleu – 6 Juillet 2018

 

Mainmise


ben goossens.jpgoi

Mainmise

Chaque nuit, le même rêve. Une cité lointaine, un dédale de rues, pavées de nuées et bordées de murailles lépreuses, passages obscurs, décrochements sans issue, fenêtres barrées de grilles et portes closes. Et moi, pâle vapeur écorchée aux salpêtres, fantôme exsangue qui vous cherche encore, errant jusqu’à la nausée dans la grisaille muette de ce triste labyrinthe.
Tissé de vaine attente, mon rêve est opiniâtre. Il me traîne contre mon gré jusqu’à l’évidence de votre vilenie. En me quittant, vous avez dérobé le secret de mon souffle et la puissance de mon nerf. Chaque nuit vers mon ombre vous tendez une main à la douceur avide. Rognures d’ongles, brins de cheveux, lambeaux de linge imprégnés cousus ensemble dans un fantoche, on sait comment se noue un sort au ventre d’une poupée de terre.
Prenez garde au retour de vos charmes. Déjà s’ébat la blanche colombe de votre ventre. Vous m’avez envoûté et vous tombez sous l’emprise de vos songes fiévreux. Petite fille vicieuse, vos jeux solitaires rendent à mon simulacre sa joie première. Demain, j’en tisserai un chant d’où surgira l’image de votre nudité déclose.
Je vous ferai pleurer de bonheur sur les braises de votre cœur déployé.

Jacques Abeille -La Roche aux enfants, 7 août 2006 La NRM n°17 – Automne 2006