LE GALET


LE GALET

Francis Ponge

Le galet n’est pas une chose facile à bien définir.

Si l’on se contente d’une simple description l’on peut dire d’abord que c’est une forme ou un état de la pierre entre le rocher et le caillou.

Mais ce propos déjà implique de la pierre une notion qui doit être justifiée. Qu’on ne me reproche pas en cette matière de remonter plus loin même que le
déluge.

.

Tous les rocs sont issus par scissiparité d’un même aïeul énorme. De ce corps fabuleux l’on ne peut dire qu’une chose, savoir que hors des limbes il n’a point tenu
debout.

La raison ne l’atteint qu’amorphe et répandu parmi les bonds pâteux de l’agonie. Elle s’éveille pour le baptême d’un héros de la grandeur du monde, et découvre le
pétrin affreux d’un lit de mort.

Que le lecteur ici ne passe pas trop vite, mais qu’il admire plutôt, au lieu d’expressions si épaisses et si funèbres, la grandeur et la gloire d’une vérité qui a pu
tant soi peu se les rendre transparentes et n’en paraître pas tout à fait obscurcie.

Ainsi, sur une planète déjà terne et froide, brille à présent le soleil. Aucun satellite de flammes à son égard ne trompe plus. Toute la gloire et toute
l’existence, tout ce qui fait voir et tout ce qui fait vivre, la source de toute apparence objective s’est retirée à lui. Les héros issus de lui qui gravitaient dans son
entourage se sont volontairement éclipsés. Mais pour que la vérité dont ils abdiquent la gloire — au profit de sa source même — conserve un public et des
objets, morts ou sur le point de l’être, ils n’en continuent pas moins autour d’elle leur ronde, leur service de- spectateurs.

L’on conçoit qu’un pareil sacrifice, l’expulsion de la vie hors de natures autrefois si glorieuses et si ardentes, ne soit pas allé sans de dramatiques bouleversements
intérieurs. Voilà l’origine du gris chaos de la Terre, notre humble et magnifique séjour.

Ainsi, après une période de torsions et de plis pareils à ceux d’un corps qui s’agite en dormant sous les couvertures, notre héros, maté (par sa conscience) comme par
une monstrueuse camisole de force, n’a plus connu que des explosions intimes, de plus en plus rares, d’un effet brisant sur une enveloppe de plus en plus lourde et froide.

Lui mort et elle chaotique sont aujourd’hui confondus.

 

De ce corps une fois pour toutes ayant perdu avec la faculté de s’émouvoir celle de se refondre en une personne entière, l’histoire depuis la lente catastrophe du refroidissement
ne sera plus que celle d’une perpétuelle désagrégation. Mais c’est à ce moment qu’il advient d’autres choses : la grandeur morte, la vie fait voir aussitôt qu’elle n’a
rien de commun avec elle. Aussitôt, à mille ressources.

Telle est aujourd’hui l’apparence du globe. Le cadavre en tronçons de l’être de la grandeur du monde ne fait plus que servir de décor à la vie de millions d’êtres
infiniment plus petits et plus éphémères que lui. Leur foule est par endroits si dense qu’elle dissimule entièrement l’ossature sacrée qui leur servit naguère
d’unique support. Et ce n’est qu’une infinité de leurs cadavres qui réussissant depuis lors à imiter la consistance de la pierre, par ce qu’on appelle la terre
végétale, leur permet depuis quelques jours de se reproduire sans rien devoir au roc.

Par ailleurs l’élément liquide, d’une origine peut-être aussi ancienne que celui dont je traite ici, s’étant assemblé sur de plus ou moins grandes étendues, le
recouvre, s’y frotte, et par des coups répétés active son érosion.

Je décrirai donc quelques-unes des formes que la pierre actuellement éparse et humiliée par le monde montre à no3 yeux.

Les plus gros fragments, dalles à peu près invisibles sous les végétations entrelacées qui s’y agrippent autant par religion que pour d’autres motifs, constituent
l’ossature du globe.

Ce sont là de véritables temples : non point des constructions élevées arbitrairement au-dessus du sol mais les restes impassibles de l’antique héros qui fut
naguère véritablement au monde.

Engagé à l’imagination de grandes choses parmi l’ombre et le parfum des forêts qui recouvrent parfois ces blocs mystérieux, l’homme par l’esprit seul suppose là-dessous
leur continuité.

Dans les mêmes endroits, de nombreux blocs plus petits attirent son attention. Parsemées sous bois par le Temps, d’inégales boules de mie de pierre, pétries par les doigts
sales de ce dieu.

Depuis l’explosion de leur énorme aïeul, et de leur trajectoire aux cieux abattus sans ressort, les rochers se sont tus.

Envahis et fracturés par la germination, comme un homme qui ne se rase plus, creusés et comblés par la terre meuble, aucun d’eux devenus incapables d’aucune réaction ne pipe
plus mot.

Leurs figures, leurs corps se fendillent. Dans les rides de l’expérience la naïveté s’approche et s’installe. Les roses s’assoient sur leurs genoux gris, et elles font contre eux
leur naïve diatribe. Eux les admettent. Eux, dont jadis la grêle désastreuse éclaircit les forêts, et dont la durée est éternelle dans la stupeur et la
résignation.

Ils rient de voir autour d’eux suscitées et condamnées tant de générations de fleurs, d’une carnation d’ailleurs quoi qu’on dise à peine plus vivante que la leur, et
d’un rose aussi pâle et aussi fané que leur gris. Ils pensent (comme des statues sans se donner la peine de le dire) que ces teintes sont empruntées aux lueurs des cieux au
soleil couchant, lueurs elles-mêmes par les cieux essayées tous les soirs en mémoire d’un incendie bien plus éclatant, lors de ce fameux cataclysme à l’occasion duquel
projetés violemment dans les airs, ils connurent une heure de liberté magnifique terminée par ce formidable atterrement. Non loin de là, la mer aux genoux rocheux des
géants spectateurs sur ses bords des efforts écumants de leurs femmes abattues, sans cesse arrache des blocs qu’elle garde, étreint, balance, dorlote, ressasse, malaxe, flatte et
polit dans ses bras contre son corps ou abandonne dans un coin de sa bouche comme une dragée, puis ressort de sa bouche, et dépose sur un bord hospitalier en pente douce parmi un
troupeau déjà nombreux à sa portée, en vue de l’y reprendre bientôt pour s’en occuper plus affectueusement, passionnément encore.

Cependant le vent souffle. D fait voler le sable. Et si l’une de ces particules, forme dernière et la plus infime de l’objet qui nous occupe, arrive à s’introduire réellement
dans nos yeux, c’est ainsi que la pierre, par la façon d’éblouir qui lui est particulière, punit et termine notre contemplation.

La nature nous ferme ainsi les yeux quand le moment vient d’interroger vers l’intérieur de la mémoire si les renseignements qu’une longue contemplation y a accumulés ne
l’auraient pas déjà fournie de quelques principes.

A l’esprit en mal de notions qui s’est d’abord nourri de telles apparences, à propos de la pierre la nature apparaîtra enfin, sous un jour peut-être trop simple, comme mie montre
dont le principe est fait de roues qui tournent à de très inégales vitesses, quoiqu’elles soient agies par un unique moteur.

Les végétaux, les animaux, les vapeurs et les liquides, à mourir et à renaître tournent d’une façon plus ou moins rapide. La grande roue de la pierre nous
paraît pratiquement immobile, et, même théoriquement, nous ne pouvons concevoir qu’une partie de la phase de sa très lente désagrégation.

Si bien que contrairement à l’opinion commune qui fait d’elle aux yeux des hommes un symbole de la durée et de l’impassibilité, l’on peut dire qu’en fait la pierre ne se
reformant pas dans la nature, elle est en réalité la seule chose qui y meure constamment.

En sorte que lorsque la vie, par la bouche des êtres qui en reçoivent successivement et pour une assez courte période le dépôt, laisse croire qu’elle envie la
solidité indestructible du décor qu’elle habite, en réalité elle assiste à la désagrégation continue de ce décor. Et voici l’unité d’action qui lui
paraît dramatique : elle pense confusément que son support peut un jour lui faillir, alors qu’elle-même se sent éternellement res-suscitable. Dans un décor qui a
renoncé à s’émouvoir, et songe seulement à tomber en ruines, la vie s’inquiète et s’agite de ne savoir que ressusciter.

Il est vrai que la pierre elle-même se montre parfois agitée. C’est dans ses derniers états, alors que galets, graviers, sable, poussière, elle n’est plus capable de jouer
son rôle de contenant ou de support des choses animées. Désemparée du bloc fondamental elle roule, elle vole, elle réclame une place à la surface, et toute vie
alors recule loin des mornes étendues où tour à tour la disperse et la rassemble la frénésie du désespoir.

Je noterai enfin, comme un principe très important, que toutes les formes de la pierre, qui représentent toutes quelque état de son évolution, existent simultanément au
monde. Ici point de générations, point de races disparue». Les Temples, les Demi-Dieux, les Merveilles, les Mammouths, les Héros, les Aïeux voisinent chaque jour avec
les petits-fils. Chaque homme peut toucher en chair et en os tous les possibles de ce monde dans son jardin. Point de conception : tout existe; ou plutôt, comme au paradis, toute la
conception existe.

*

Si maintenant je veux avec plus d’attention examiner l’un des types particuliers de la pierre, la perfection de sa forme, le fait que je peux le saisir et le retourner dans ma main, me font
choisir le galet.

Aussi bien, le galet est-il exactement la pierre à l’époque où commence pour elle l’âge de la personne, de l’individu, c’est-à-dire de la parole.

Comparé au banc rocheux d’où il dérive directement, il est la pierre déjà fragmentée et polie en un très grand nombre d’individus presque semblables.
Comparé au plus petit gravier, l’on peut dire que par l’endroit où on le trouve, parce que l’homme aussi n’a pas coutume d’en faire un usage pratique, il est la pierre encore sauvage,
ou du moins pas domestique.

Encore quelques jours sans signification dans aucun ordre pratique du monde, profitons de ses vertus.

*

Apporté un jour par l’une des innombrables charrettes du flot, qui depuis lors, semble-t-il, ne déchargent plus que pour les oreilles leur vaine cargaison, chaque galet repose sur
l’amoncellement des formes de son antique état, et des formes de son futur.

Non loin des lieux où une couche de terre végétale recouvre encore ses énormes aïeux, au bas du banc rocheux où s’opère l’acte d’amour de ses parents
immédiats, il a son siège au sol formé du grain des mêmes, où le flot terrassier le recherche et le perd.

Mais ces lieux où la mer ordinairement le relègue sont les plus impropres à toute homologation. Ses populations y gisent au su de la seule étendue. Chacun s’y croit perdu
parce qu’il n’a pas de nombre, et qu’il ne voit que des forces aveugles pour tenir compte de lui.

Et en effet, partout où de tels troupeaux reposent, ils couvrent pratiquement tout le sol, et leur dos forme un parterre incommode à la pose du pied comme à celle de
l’esprit.

Pas d’oiseaux. Des brins d’herbe parfois sortent entre eux. Des lézards les parcourent, les contournent sans façon. Des sauterelles par bonds s’y mesurent plutôt entre elles
qu’elles ne les mesurent. Des hommes parfois jettent distraitement au loin l’un des leurs.

Mais ces objets du dernier peu, perdus sans ordre au milieu d’une solitude violée par les herbes sèches, les varechs, les vieux bouchons et toutes sortes de débris des provisions
humaines, — imperturbables parmi les remous les plus forts de l’atmosphère, — assistent muets au spectacle de ces forces qui courent en aveugles à leur essoufflement par
la chasse de tout hors de toute raison.

Pourtant attachés nulle part, ils restent à leur place quelconque sur l’étendue. Le vent le plus fort pour déraciner un arbre ou démolir un édifice, ne peut
déplacer un galet. Mais comme il fait voler la poussière alentour, c’est ainsi que parfois les furets de l’ouragan déterrent quelqu’une de ces bornes du hasard à leurs
places quelconques depuis des siècles sous la couche opaque et temporelle du sable.

Mais au contraire l’eau, qui rend glissant et communique sa qualité de fluide à tout ce qu’elle peut entièrement enrober, arrive parfois à séduire ces formes et à
les entraîner. Car le galet se souvient qu’il naquit par l’effort de ce monstre informe sur le monstre également informe de la pierre. Et comme sa personne encore ne peut être
achevée qu’à plusieurs reprises par l’application du liquide, elle lui reste à jamais par définition docile-Terne au sol, comme le jour est terne par rapport à la nuit,
à l’instant même où l’onde le reprend elle lui donne à luire. Et quoiqu’elle n’agisse pas en profondeur, et ne pénètre qu’à peine le très fin et
très serré agglomérat, la très mince quoique très active adhérence du liquide provoque à sa surface une modificaV tion sensible. Il semble qu’elle la
repolisse, et panse ainsi elle-même les blessures faites par leurs précédentes amours. Alors, pour un moment, l’extérieur du galet ressemble à son intérieur : il a
sur tout le corps l’œil de la jeunesse.

Cependant sa forme à la perfection supporte les deux milieux. Elle reste imperturbable dans le désordre des mers. D en sort seulement plus petit, mais entier, et, si l’on veut aussi
grand, puisque ses proportions ne dépendent aucunement de son volume.

Sorti du liquide il sèche aussitôt. C’est-à-dire que malgré les monstrueux efforts auxquels il a été soumis, la trace liquide ne peut demeurer à sa surface :
il la dissipe sans aucun effort.

Enfin, de jour en jour plus petit mais toujours sûr de sa forme, aveugle, solide et sec dans sa profondeur, son caractère est donc de ne pas se laisser confondre mais plutôt
réduire par les eaux. Aussi, lorsque vaincu il est enfin du sable, l’eau n’y pénètre pas exactement comme à la poussière. Gardant alors toutes les traces, sauf
justement celles du liquide, qui se borne à pouvoir effacer sur lui celles qu’y font les autres, il laisse à travers lui passer toute la mer, qui se perd en sa profondeur sans pouvoir
en aucune façon faire avec lui de la boue.

*

Je n’en dirai pas plus, car cette idée d’une disparition de signes me donne à réfléchir sur les défauts d’un style qui appuie trop sur les mots.

Trop heureux seulement d’avoir pour ces débuts su choisir le galet : car un homme d’esprit ne pourra que sourire, mais sans doute il sera touché, quand mes critiques diront : «
Ayant entrepris d’écrire une description de la pierre, il s’empêtra. »

Francis Ponge

ODE A CHARLES FOURIER – ODE


ODE A CHARLES FOURIER – ODE

André Breton

En ce temps-là je ne te connaissais que de vue

Je ne sais même plus comment tu es habillé
Dans le genre neutre sans doute on ne fait pas mieux
Mais on ne saurait trop complimenter les édiles
De t’avoir fait surgir à la proue des boulevards extérieurs
C’est ta place aux heures de fort tangage
Quand la ville se soulève
Et que de proche en proche la fureur de la mer gagne

ces coteaux tout spirituels
Dont la dernière treille porte les étoiles
Ou plus souvent quand s’organise la grande battue

nocturne du désir
Dans une forêt dont tous les oiseaux sont de flammes
Et aussi chaque fois qu’une pire rafale découvre à la carène
Une plaie éblouissante qui est la criée aux sirènes
Je ne pensais pas que tu étais à ton poste
Et voilà qu’un petit matin de 1937

Tiens il y avait autour de cent ans que tu étais mort

En passant j’ai aperçu un très frais bouquet de violettes à tes pieds

Il est rare qu’on fleurisse les statues a
Paris
Je ne parle pas des chienneries destinées à mouvoir le troupeau
Et la main qui s’est perdue vers toi d’un long sillage égare aussi ma mémoire

Ce dut être une fine main gantée de femme
On aimait s’en abriter pour regarder au loin
Sans trop y prendre garde aux jours qui suivirent j’observai que le bouquet était renouvelé
La rosée et lui ne faisaient qu’un
Et toi rien ne t’eut fait détourner les yeux des boues diamantifères de la place
Clichy

Fourier es-tu toujours là

Comme au temps où tu t’entêtais dans tes plis de

bronze à faire dévier le train des baraques foraines

Depuis qu’elles ont disparu c’est toi qui es incandescent

Toi qui ne parlais que de lier vois tout s’est délié

Et sens dessus dessous on a redescendu la côte

Les lèvres entrouvertes des enfants boudant le sein

des mères dénudées
Et ces nacres d’épaules et ces fesses gardant leur duvet
S’amalgament en un seul bloc compact et mat d’écume

de rner
Que saute un filet de sang

Sur un autre plan

Car les images les plus vives sont les plus fugaces
La manche du temps hume la muscade

Et fait saillir la manchette aveuglante de la vie
Sur un autre plan
D’aucuns se prennent à choyer dans les éboulis au

bord des mares
Des espèces qui paraissent en voie de s’encroûter

définitivement
Mais qui les circonstances aidant ne semblent pas

incapables d’une nouvelle reptation
Et passent pour nourrir volontiers leur vermine
On répugne à trancher leurs œufs sans coque
Leur frai immémorial glisse sur la peur
Tu les a connues aussi bien que moi
Mais tu ne peux savoir comme elles sont sorties lissées et goulues de l’hivernage

Tu pensais que sur terre la création d’essai qui avait nécessité des modèles carnassiers d’ample dimension n’avait pas résisté au premier déluge alors que
précisais-tu une deuxième création sur l’Ancien
Continent et une troisième en
Amérique avaient trouvé grâce devant un second déluge de sorte que l’homme qui en était issu pouvait attendre de pied ferme et même qu’il lui appartenait de
précipiter à son avantage les créations 4, 5, etc..
Dieu de la progression pardonne-moi c’est toujours le

même mobilier
On n’est pas mieux pourvu sous le rapport des contre-moules antirat et antipunaise
Par ma foi les grands hagards de la faune préhistorique

Ne sont pas si loin ils gouvernent la conception de

l’univers
Et prêtent leur peau halitueuse aux ouvrages des

hommes
Pour savoir comme aujourd’hui le commun des mortels

prend son sort
Tâche de surprendre le regard du lamantin
Qui se prélasse au zoo dans sa baignoire d’eau

tiède
Il t’en dira long sur la vigueur des idéaux
Et te donnera la mesure de l’effort qui a été fourni
Dans la voie de
Y industrie attrayante
Par la même occasion

Tu ne manqueras pas de t’enquérir des charognards
Et tu verras s’ils ont perdu de leur superbe

Le rideau jumeau soulevé
Tu seras admis à contempler dans son sacre
Une main de sang empreinte à l’endroit du cœur sur

son tablier impeccable le boucher-soleil
Se donnant le ballet de ses crochets nickelés
Pendant que les cynocéphales de l’épicerie
Comblés d’égards en ces jours de disette et de marché

noir
A ton approche feront miroiter leur côté luxueux
Parmi les mesures que tu préconisais pour rétablir

l’équilibre de population (Nombre de consommateurs proportionné aux forces

productives)
Il est clair qu’on ne s’en est pas remis au régime

gastrosopkique
Dont l’établissement devait aller de pair avec la

légalisation des mœurs phanérogames
On a préféré la bonne vieille méthode

Qui consiste à pratiquer des coupes sombres dans la

multitude fantôme

Sous l’anesthésique à toute épreuve des drapeaux

Fourier il est par trop sombre de les voir émerger d’un

des pires cloaques de l’histoire
Epris du dédale qui y ramène
Impatients de recommencer pour mieux sauter

Sur la brèche

Au premier défaut du cyclone

Savoir qui reste la lampe au chapeau

La main ferme à la rampe du wagonnet

suspendu
Lancé dans le poussier sublime

Comme toi
Fourier

Toi tout debout parmi les grands visionnaires

Qui crus avoir raison de la routine et du malheur

Ou encore comme toi dans la pose immortelle

Du
Tireur d’épine

On a beau dire que tu t’es fait de graves

illusions
Sur les chances de résoudre le litige à

l’amiable
A toi le roseau d’Orphée

D’autres vinrent qui n’étaient plus armés seulement

de persuasion
Ils menaient le bélier qui allait grandir
Jusqu’à pouvoir se retourner de l’orient à l’occident
Et si la violence nichait entre ses cornes
Tout le printemps s’ouvrait au fond de ses yeux

Tour à tour l’existence de cette bête fabuleuse m’exalte et me trouble

Quand elle a donné de la tète le monde a tremblé il y a eu d’immenses clairières

Qui par places ont été reprises de brousse

Maintenant elle saigne et elle paît

Je ne vois pas le pâtre omnitone qui devrait

en avoir la garde
Pourvu qu’elle reste assez vaillante pour

aller au bout de son exploit
On tremble qu’elle ne se soit contaminée

dès longtemps près des marais
Sous la superbe
Toison si sournoisement

allaient s’élaborer des poisons

Le drame est qu’on ne peut répondre de ces êtres de très grandes proportions qu’il advient au génie de mettre en marche et qui livrés à leurs propres ressources
n’ont que trop tendance à s’orienter vers le néfaste à plus forte raison si le recours à un néfaste partiel et envisagé comme transitoire à l’effet même
de réduire dans la suite le néfaste entre dans les intentions dont ils sont pétris

Sans prix

A mes yeux et toujours exemplaire reste le premier

bond accompli dans le sens de l’ajustement de

structure
Et pourtant quelle erreur d’aiguillage a pu être

commise rien n’annonce le règne de
Ykarmonie
Non seulement
Oésus et
Lucullus
Que tu appelais à rivaliser aux sous-groupes des tentes

de la renoncule
Ont toujours contre eux
Spartacus
Mais en regardant d’arrière en avant on a l’impression

que les parcours de bonheur sont de plus en plus

clairsemés
Indigence fourberie oppression carnage ce sont toujours

les mêmes maux dont tu as marqué la civilisation au

fer rouge
Fourier on s’est moqué mais il faudra bien qu’on tâte

un jour bon gré mal gré de ton remède
Quitte a faire subir à l’ordonnance de ta main telles

corrections d’angle
A commencer par la réparation d’honneur
Due au peuple juif
Et laissant hors de débat que sans distinction de

confession la libre rapine parée du nom de commerce

ne saurait être réhabilitée
Roi de passion une erreur d’optique n’est pas pour

altérer la netteté ou réduire l’envergure de ton regard
Le calendrier à ton mur a pris toutes les couleurs du

spectre
Je sais comme sans arrière-pensée tu aimerais
Tout ce qu’il y a de nouveau
Dans l’eau
Qui passe sous le pont

Mais pour mettre ordre à ces dernières acquisitions et qui sait par impossible se les rendre propices
Ton vieux bahut en cœur de chêne est toujours bon
Tout tient sinon se plaît dans ses douze tiroirs.

André Breton

POIDS-LOURD


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POIDS-LOURD

Les herbes s’éveillent, sans rosées dans l’haleine du matin. Des coins de buissons dénudés, transpirent en perlant des escarbilles du train de nuit Le couvercle enfoncé éteint quelque peu la montée des bulles, entre les interstices de l’eau qui boue, et la transparence opaque devant soi. Par les narines d’une absence d’air il y avait ce matin, c’est surprenant, à la sortie des cygnes une escadrille de canards hydravions. L’effet d’assommoir du torride ? J’ai cru voir un vol d’oies sauvages passer en reflet sur l’eau. Les enfants en suivant la Charente, classe derrière classe, marchaient finir l’école à la Base Plein-Air…

Niala-Loisobleu – 2 Juillet 2018